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En France on redoute le variant Delta, mais on tombe le masque et lève le couvre-feu…

En France on redoute le variant Delta, mais on tombe le masque et lève le couvre-feu…

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Pour faire rempart à l’émergence du variant Delta, qui est 60% plus transmissible que l’Alpha selon les autorités britanniques, les scientifiques insistent sur l’importance de la vaccination complète, avec les deux doses. Les vaccins auraient une efficacité réduite contre ce variant mais seraient le seul moyen de s’en prémunir et d’éviter les cas graves. Toutefois une proportion encore trop faible des Français a pu bénéficier des deux doses de vaccin. Le champ semble donc libre pour Delta, d’autant que le premier ministre Jean Castex vient d’annoncer la fin du masque en extérieur et la levée du couvre-feu. Une situation paradoxale qui trouverait ses ressorts dans la lassitude de la population et la perspective d’élections locales qui s’annoncent difficiles pour le gouvernement.

Former un « bloc des vaccinés ». Selon l’image du président du Conseil scientifique Jean-François Delfraissy, accentuer la campagne de vaccination a un objectif majeur : empêcher le développement du variant Delta et l’émergence d’autres variants parmi des populations qui ne sont que partiellement, voire pas du tout, protégées. Car au-delà des variants Alpha ou Delta, la perspective qui inquiète les scientifiques est l’apparition de futurs variants beaucoup plus résistants aux vaccins. « Augmenter la part de la population immunisée au moyen des vaccins actuels, qui sont sûrs et efficaces, est une stratégie-clé pour minimiser l’émergence de nouveaux variants et mettre fin à la pandémie de Covid », souligne une étude publiée le 10 juin dans la revue Nature.

Une efficacité réduite…

Toutefois, plusieurs travaux en laboratoire montrent que le variant Delta (auparavant appelé « variant indien ») semble résister davantage aux vaccins que d’autres variants (c’est ce qu’on appelle «l’échappement immunitaire »). L’une de ces études a été réalisée par les autorités britanniques et publiée début juin dans la revue médicale The Lancet. Ses conclusions : chez des gens vaccinés avec deux doses de Pfizer/BioNTech, le niveau d’anticorps neutralisants est près de six fois moins élevé en présence du variant Delta qu’en présence de la souche historique du virus (qui a servi à concevoir les vaccins). À titre de comparaison, cette réduction n’est «que» de 2,6 fois face au variant Alpha (ou «variant anglais »), et de 4,9 fois face au variant Beta (« sud-africain »).

Une autre étude, faite en France par l’Institut Pasteur, conclut que les anticorps neutralisants produits par la vaccination avec Pfizer/BioNTech sont trois à six fois moins efficaces contre le variant Delta que contre le variant Alpha.

… mais efficacité quand même

Même s’il s’agit une indication essentielle, les niveaux d’anticorps mesurés en laboratoire ne suffisent pas à déterminer l’efficacité d’un vaccin. En effet, cela ne prend pas en compte l’autre volet de la réponse immunitaire, l’immunité cellulaire (activée par les lymphocytes). D’où l’importance de regarder ce qui se passe dans la vraie vie. Et les premiers résultats en population réelle sont relativement rassurants.

Selon des données dévoilées ce 14 juin par les autorités britanniques, la vaccination avec Pfizer/BioNTech et AstraZeneca est aussi efficace pour empêcher les hospitalisations quand il s’agit du variant Delta que quand il s’agit du variant Alpha. Deux doses permettent d’éviter 96% (pour Pfizer/BioNTech) et 92% (pour AstraZeneca) des hospitalisations dues au variant Delta, selon cette étude portant sur 14.000 personnes. De précédentes données officielles anglaises communiquées fin mai parvenaient à des conclusions comparables pour les formes moins graves de la maladie.

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Deux semaines après la deuxième dose, le vaccin Pfizer/BioNTech est efficace à 88% contre la forme symptomatique du Covid provoquée par le variant Delta, contre 93% quand il s’agit du variant Alpha. De son côté, AstraZeneca affiche des performances de 60% et 66% contre ces variants. Des données similaires ont été publiées lundi dans The Lancet par les autorités écossaises.

Enfin, les concepteurs du vaccin russe Spoutnik V ont assuré mardi sur Twitter qu’il était « plus efficace contre le variant Delta » que n’importe quel autre vaccin à ce stade. Ils n’ont toutefois pas publié leurs données, envoyées selon eux à une revue médicale.

Une dose ne suffit pas

En laboratoire ou en vie réelle, les études convergent sur un point : recevoir une seule dose de vaccin n’apporte qu’une protection limitée contre le variant Delta. « Après une seule dose de Pfizer/BioNTech, 79% des personnes avaient une réponse anticorps détectable contre la souche originelle (du virus), mais cela tombait à 50% pour le variant Alpha, 32% pour le variant Delta et 25% pour le variant Beta », conclut l’étude en laboratoire publiée début juin dans The Lancet. Selon celle de l’Institut Pasteur, une dose unique d’AstraZeneca serait « peu ou pas du tout efficace » contre le variant Delta.

Des tendances confirmées en vie réelle : selon les autorités britanniques, une seule dose de l’un ou l’autre des deux vaccins n’est efficace qu’à 33% pour empêcher la forme symptomatique de la maladie provoquée par le variant Delta (et 50% quand il s’agit du variant Alpha). En revanche, quand il s’agit d’éviter les hospitalisations dues au variant Delta, la première dose de Pfizer/BioNTech offre déjà une protection très haute (94%). Parmi tous les vaccins autorisés, seul celui de Janssen s’attribue avec une dose unique. Mais on ne dispose pas de données spécifiques sur son efficacité contre le variant Delta.

Face au risque que les gens soient insuffisamment protégés contre le variant Delta si leur vaccination n’est pas complète, le gouvernement britannique a décidé lundi de réduire l’intervalle entre les doses. Pour les plus de 40 ans, il passe de 12 à 8 semaines. En France, cet écart peut désormais être réduit à 3 semaines (contre un minimum de 5 semaines auparavant) pour les vaccins de Pfizer/BioNTech et Moderna.

Et après ?

 « Il ne faut pas tout baser sur la vaccination », déclare à l’AFP l’épidémiologiste Antoine Flahault. Il juge crucial de « garder très basse la circulation du virus », via toutes les autres mesures de contrôle (gestes barrières, repérage des cas pour casser les chaînes de transmission, mesures de restrictions là où c’est nécessaire…). Car plus le virus circule, plus il a l’occasion de muter et donc de donner naissance à d’autres variants.

Pourtant, au regard de l’amélioration plus rapide que prévu de la situation sanitaire, la vie des Français va redevenir presque normale avec la fin de l’obligation du port du masque à l’extérieur dès jeudi 17 juin et la levée du couvre-feu à partir de dimanche. À partir du 20 juin à 06H00, les Français vont ainsi pouvoir sortir sans restriction pour la première fois depuis l’instauration il y a huit mois des premiers couvre-feux pour faire face à la deuxième vague de l’épidémie de Covid-19.

Cette libération intervient dix jours avant la date prévue du 30 juin car « la situation s’améliore plus vite que nous l’avions espéré », a annoncé le Premier ministre Jean Castex dans une déclaration à l’issue du Conseil des ministres. « Il est normal que nous ajustions nos mesures », a-t-il précisé, en annonçant d’abord que l’obligation générale du port du masque était levée en extérieur tout en restant en vigueur dans les lieux clos (commerces, bureaux, transports…) A l’extérieur, il faudra cependant continuer à le porter « quand on se regroupe et quand on se trouve dans un lieu bondé, une file d’attente, sur un marché ou dans les tribunes d’un stade », selon le Premier ministre. La France suit ainsi l’exemple de plusieurs pays européens, comme la Belgique, tandis que d’autres, dont l’Allemagne ou l’Espagne, s’orientent vers une levée progressive du port du masque.

« On avance de manière pragmatique et proportionnée », a souligné Emmanuel Macron lors d’une déambulation à Vivatech, premier grand salon professionnel à se tenir en France depuis l’allègement des restrictions sanitaires. Exprimant sa « joie qu’on puisse passer une étape supplémentaire, parce que nos résultats sont bons et qu’on a collectivement été disciplinés », le chef de l’Etat a cependant appelé à la “prudence” car « rien n’est gagné », invitant les Français « à se faire vacciner, seul moyen de combattre durablement cette épidémie ».

De nombreux experts s’accordent sur le fait que le port du masque en extérieur ne présente « pas beaucoup d’intérêt » pour lutter efficacement contre le virus, selon l’épidémiologiste Antoine Flahault, tout en insistant sur l’importance du respect des gestes barrières de base comme le lavage des mains ou la distanciation sociale.

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“Continuer, continuer” à vacciner

La France était par ailleurs l’un des derniers pays à maintenir un couvre-feu avec l’Italie et la Grèce. Mais les appels à le lever se sont multipliés ces derniers jours, surtout depuis la dérogation controversée accordée par le gouvernement à Roland-Garros pour que la demi-finale entre Novak Djokovic et Rafael Nadal puisse se terminer en présence de spectateurs. L’obligation de rentrer chez soi à 23H00 était d’ailleurs de moins en moins respectée, comme l’ont montré les rassemblements lundi soir pour célébrer la victoire de la France sur l’Allemagne à l’Euro de football. Jean Castex a averti que la levée du couvre-feu n’empêcherait pas le maintien des protocoles sanitaires pour les lieux publics et pour la fête de la musique de lundi prochain. Les concerts sauvages suscitant des attroupements sur la voie publique ne seront pas acceptés, a-t-il prévenu.

En faisant ces annonces quatre jours avant les élections départementales et régionales, qui s’annoncent difficiles pour la majorité, le Premier ministre a défendu le bien-fondé de la stratégie de sortie de crise annoncée fin avril, et que « certains trouvaient trop rapide et pas assez prudente ».

Il s’est ainsi félicité que les contaminations aient baissé à 3.200 cas quotidiens en moyenne sur 7 jours – au plus bas depuis août 2020 – et que moins de 2.000 personnes soient hospitalisées dans les services de réanimation. Cette nette amélioration s’explique, selon lui, par “la mobilisation des Français” mais aussi par le “succès de la campagne vaccinale” avec plus de 30 millions de personnes ayant reçu une première dose. L’arrivée des adolescents dans les centres de vaccination a donné un coup de fouet puisque 41% des rendez-vous (105.000 sur 260.000) pris mardi l’ont été pour des mineurs, a indiqué mercredi Doctolib.

Il faut « continuer, continuer, continuer à nous vacciner », a martelé Jean Castex, en fixant trois objectifs pour la fin août : 40 millions de primo-vaccinés, 35 millions de totalement vaccinés et 85% des plus de 50 ans et des adultes atteints de comorbidités ayant reçu une première dose.

Si l’on suit les hautes autorités de l’Etat, tout cela annonce des jours meilleurs ; sauf si le variant Delta nous prend de vitesse.

Pour traquer Delta, encore faut-il pouvoir le détecter

L’enjeu est donc de le traquer dès ses premières apparitions pour éviter sa propagation et l’arrivée d’une nouvelle vague qui s’avèrerait catastrophique tant l’opinion est lasse de cette pandémie qui n’en finit pas. Mais pour traquer ce variant, dont les scientifiques affirment qu’il est probablement 40 à 60 % plus transmissible que la souche «anglaise» en ce moment majoritaire dans l’Hexagone, encore faut-il le détecter. Et c’est là que le bât blesse.  

En Angleterre, le variant Delta a remplacé l’Alpha en quelques semaines seulement. Aujourd’hui, en France, cela paraît absurde, mais on ne sait pas quelle proportion de cette nouvelle version du coronavirus circule effectivement. Le ministre de la Santé Olivier Véran n’était pas très précis dans sa dernière intervention devant la presse, avançant quelques chiffres : « entre 2 et 4 % des cas positifs » de Covid-19 dépistés en France, soit « 50 à 150 nouveaux diagnostics » par jour. Pourquoi une telle imprécision ? Après un an et demi de pandémie, le réseau de séquençage et de criblage français n’est pas encore suffisamment développé pour permettre un suivi fin des variants arrivants sur le territoire.

Deux techniques sont utilisées par les biologistes : le criblage et le séquençage. Le criblage est la plus rapide et repose sur la même technique PCR que les tests classiques. Il permet aux scientifiques d’aller chercher des mutations caractéristiques des variants connus. Cela signifie que cette technique fonctionne seulement si l’on connait ce que l’on va chercher. Or le variant Delta est inconnu des systèmes de criblage actuels. Selon le quotidien Libération, Santé publique France a commencé à distribuer des kits pour permettre de détecter Delta dans les tests de criblages, mais le système commence seulement cette semaine à être totalement opérationnel.

L’autre technique de détection du variant est le séquençage complet du génome du virus. Or en la matière la France est en retard par rapport à ses voisins notamment britanniques. Nous alertions dans UP’ sur les conséquences que pourraient avoir ce handicap depuis plusieurs mois. Nous ne sommes pas équipés pour séquencer en masse :  le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies préconise de séquencer au moins 10% du total des nouveaux cas positifs. En France, nous arrivons difficilement à 5 %. Les autorités de santé ont préféré opter pour des enquêtes « flash » bimensuelles. La dernière date du 25 mai, réactualisée le 11 juin ; elle précise dans un style laconique que le variant Delta est « très rarement détecté mais tendance à l’augmentation du nombre de cas et de clusters liés à des transmissions autochtones. »

Nous devrons donc attendre le prochain point épidémiologique, dans une quinzaine de jours, pour savoir où en est la variant Delta et si nous avions tort de nous inquiéter. Un rythme qui n’est pas celui du variant Delta ; les Anglais chez qui il représente déjà 90% des cas en circulation en savent quelque chose, tout comme 62 pays dans lesquels, selon l’OMS, Delta s’est déjà implanté.

Avec AFP

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