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Flurona, Deltacron : ces fausses informations qui nous contaminent

Flurona, Deltacron : ces fausses informations qui nous contaminent

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Les fausses informations n’ont cessé de circuler depuis le début de la pandémie il y a maintenant deux ans. Elles sont abondamment relayées par les médias et les réseaux sociaux et font le miel de toutes les cohortes de complotistes, d’antivax et de militants hostiles aux mesures prises par les gouvernements. Les deux dernières fake news en date sont celles ayant trait à une prétendue combinaison du virus du Covid avec celui de la grippe, immédiatement baptisée Flurona. La deuxième fait état d’une fusion diabolique des deux variants Delta et Omicron pour accoucher d’un « supervirus » Deltacron. Dans les deux cas ces informations sont démenties par les scientifiques qui tentent de ramener des populations déboussolées à la raison, parfois comme on prêche dans le désert.

« Flurona » est un excellent exemple de la façon dont la désinformation se développe.

Un nom accrocheur a engendré de fausses déclarations et la panique d’être infecté par deux virus à la fois. En début de semaine dernière, les médias israéliens ont fait état d’une personne hospitalisée présentant des signes de grippe saisonnière et de COVID en même temps. Cette personne non vaccinée et enceinte présentait des symptômes légers et est sortie de l’hôpital sans aucune complication.

Le « cauchemar » Flurona

Une personne peut être infectée à la fois par le virus du SRAS-CoV2, responsable du COVID, et par un virus de la grippe ; c’est un cas que les médecins voient parfois sans que le malade ne soit pour autant dans une situation grave. Cependant, le Times of Israel a rendu virale une histoire banale de deux virus en utilisant le nom accrocheur et inventé de « flurona » et en rapportant qu’il s’agissait du « premier » cas de ce type dans le pays.

Plusieurs organes de presse et sites Internet ont repris l’information, et un magazine Web a transformé le rapport anecdotique en « un nouveau cauchemar qui nous empêche de dormir ». Bien sûr, les médias sociaux étaient en ébullition en raison de l’anxiété suscitée par la désinformation, comme le fait que le flurona était une combinaison de grippe et de supervirus SRAS-CoV-2. D’autres personnes malintentionnées ont créé des messages sur les réseaux sociaux se moquant de toute gravité attachée à l’une ou l’autre des infections.

Nous sommes en plein milieu d’une vague de COVID, associée à la saison de la grippe. Chaque infection respiratoire qui se déclare peut être l’une des nombreuses causes possibles. La façon dont cette histoire a été sortie de son contexte est un autre exemple du genre de désinformation sur Internet qui hante tous ceux qui essaient de combattre la véritable crise actuelle. Les médecins et les scientifiques ne semblent pas être en mesure de faire passer le bon message au public sur ce qui est réel, ce qui est traitable et ce qui est carrément faux.

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Lorsqu’une pandémie mondiale avec plus d’un million et demi de nouveaux cas par jour se heurte à une épidémie de grippe saisonnière au sein d’une population mondiale largement non vaccinée contre le COVID ou la grippe, il est logique de trouver des patients qui peuvent attraper les deux virus en même temps. Les signes et les symptômes de la grippe et du COVID sont en grande partie similaires ; c’est l’un des faits qui est souvent déformé par les militants de la désinformation pour suggérer que le COVID est simplement une grippe. Ces deux agents pathogènes se propagent par le biais de gouttelettes ou de petites particules respiratoires, mais ils pénètrent dans les cellules par des mécanismes différents. Le processus d’infection est très différent et il n’existe aucune preuve scientifique de l’existence d’un supervirus combiné. 

Une méta-analyse des études rapportées lors de la dernière saison de la grippe dans l’hémisphère nord a montré que chez les personnes atteintes du COVID-19, environ 0,8 % avaient également la grippe ; aux États-Unis, ce pourcentage était d’environ 0,4 %. Ainsi, même s’il ne s’agit pas de la co-infection la plus courante, les gens peuvent contracter les deux virus en même temps. Les petits nombres rapportés dans cet article ne suggèrent pas une gravité alarmante des co-infections ni une augmentation de la mortalité.

Une autre étude présentée lors d’une récente conférence sur les maladies infectieuses par des chercheurs américains a révélé que la co-infection était rare (0,2 %) et que les taux de mortalité n’étaient pas différents. Toutefois, la co-infection avec la grippe a entraîné une augmentation du nombre de patients atteints de COVID-19 présentant une insuffisance respiratoire et nécessitant une ventilation mécanique. Les chiffres de ces études sont faibles. D’autres études sont en cours pour déterminer comment se manifeste la co-infection par le SRAS-CoV-2 et la grippe, mais rien ne laisse entendre que le fait d’avoir les deux infections en même temps est aussi terrible que certains messages sur les médias sociaux le laissent entendre.

L’utilisation généralisée de mesures d’atténuation telles que les masques, la distanciation sociale et la fermeture des écoles a rendu la saison de la grippe 2020-2021 pratiquement inexistante, tant dans l’hémisphère nord que dans l’hémisphère sud. Cependant, les prévisionnistes de la grippe s’attendent à ce que la saison 2021-2022 au nord de l’équateur soit pire. Pourquoi ? Nous sommes beaucoup moins susceptibles de porter des masques, d’adopter une attitude de distanciation sociale ou d’empêcher nos enfants d’aller à l’école cette année. Si l’on ajoute à cela les faibles taux de vaccination contre la grippe cette saison et le risque d’incompatibilité des souches vaccinales, la probabilité de co-infection augmente.

Pour la semaine se terminant le 25 décembre 2021, les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies ont signalé que 6,2 % des personnes testées pour la grippe étaient positives, et que 1 825 personnes ont été admises dans les hôpitaux américains pour cause de grippe cette semaine-là. Il est donc plus important de savoir et de parler du fait que, dans les semaines à venir, nous verrons beaucoup de personnes malades du COVID-19 et de la grippe, des infections simples de l’une ou l’autre, mais peu de co-infections, comme le voudraient les mathématiques.

Il serait bien que chacun d’entre nous se rapproche de l’opinion des médecins qui souhaitent dans leur immense majorité voir les médias et les influenceurs se concentrer sur des sujets qui sont proportionnellement plus pertinents pour les masses, plutôt que sur des anecdotes sensationnelles. Il existe de nombreux endroits sur Internet où l’on trouve des informations fiables et crédibles. En ce qui concerne la grippe et le COVID-19, ce sont deux maladies graves en soi. Mais le plus important est que des vaccins sûrs et efficaces permettent de les prévenir. Il existe des mesures d’atténuation communes qui fonctionnent contre les deux, que toute personne raisonnable dans le monde devrait connaître et utiliser. Concentrons-nous sur ces mesures.

Et maintenant, l’hybride Deltacron

Flurona est dont une fausse in formation qui devrait faire pschitt comme le disait un ancien président de la République. Mais les amateurs de fausses nouvelles ont beaucoup de ressources. Est ainsi apparu dans les médias, quasiment en même temps, l’apparition d’un autre supervirus encore plus inquiétant : le Deltacron, une mutation hybride du coronavirus, mariage du variant Delta et Omicron.

Ce sont des médias chypriotes qui ont rapporté cette « découverte » samedi dernier. Les variants Delta et Omicron se recombineraient-ils ? Ce scénario a été esquissé par Leondios Kostrikis, professeur à l’Université de Chypre  lors d’un entretien avec la télévision chypriote Sigma TV Friday ; ils  ont été repris par l’agence Bloomberg ce vendredi. Le mot Deltacron s’est immédiatement répandu sur internet et s’est placé en tête des mots les plus employés sur Twitter ce dimanche.

Selon ce professeur «il existe actuellement des co-infections omicron et delta et nous avons trouvé une souche qui est une combinaison des deux». Cette combinaison particulièrement inquiétante est décrite comme « le fond génétique du variant Delta ainsi que certaines des mutations d’Omicron ».  S’il est possible que des coronavirus se combinent génétiquement, c’est rare, et les scientifiques qui ont analysé la découverte du « Deltacron » affirment que c’est peu probable.

Les séquences chypriotes « Deltacron » rapportées par plusieurs grands médias semblent être très clairement une mauvaise manipulation de laboratoire, a tweeté Tom Peacock, virologue au département des maladies infectieuses de l’Imperial College de Londres, au cours du week-end. Plusieurs scientifiques ont très vite rejoint cette hypothèse de contamination de laboratoire en analysant les séquences génétiques des 25 cas chypriotes du Deltacron déposés sur la base de données internationale Gisaid. Selon leurs investigations, des échantillons de patients contaminés par Omicron, et d’autres par Delta, se seraient retrouvés par erreur dans la même analyse, laissant ainsi penser à une fusion entre les deux variants.

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Jeffrey Barrett, responsable de l’initiative génomique COVID-19 au Wellcome Sanger Institute de Grande-Bretagne, a déclaré que les mutations présumées sont situées dans une partie du génome qui est vulnérable aux erreurs dans certaines procédures de séquençage. « Il ne s’agit presque certainement pas d’un recombinant biologique des lignées Delta et Omicron », a-t-il affirmé ce lundi 11 janvier.

Les scientifiques ne cessent de lutter contre un déluge de désinformation sur COVID-19, dont une grande partie circule en ligne. « N’utilisons pas des mots comme Deltacron, Flurona ou Flurone. S’il vous plaît », a tweeté Maria van Kerkhove, épidémiologiste spécialiste des maladies infectieuses à l’OMS. « Ces mots impliquent une combinaison de virus/variants et ce n’est pas ce qui se passe », a-t-elle ajouté.

Avec Scientific American et AFP

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contact@ottafr.live
12 jours

Sauf qu’en matière de désinformations c’est bien avec les « vaccins » covid que nous en avons. Quand aux populations déboussolés, c’est qui qui les rendent folles ? Certainement pas les complotistes comme vous dites, mais les pseudoscientifiques et les politiques qui s’improvisent médecins en distillant quotidiennement depuis 2 ans des informations fausses, anxiogènes et mensongères. Quand à l’opinion des médecins qui sont dans la plupart des cas totalement soumis à la doxa officielle, par crainte, et ne remettant surtout pas en cause la stratégie actuelle, alors qu’on ne peut que constater un échec total de la vaccination de masse face aux… Lire la suite »

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