Déjà inscrit ou abonné ?
Je me connecte

rejoignez gratuitement le cercle des lecteurs de UP’

Et si la beauté devenait une politique ?

La beauté n’est pas ce qui embellit la politique ; elle ouvre une brèche dans sa manière de penser le monde. Image © UP' Magazine, assistée par IA

Nous pensions que la catastrophe écologique finirait par nous rendre écologistes. Et si elle nous rendait au contraire plus brutaux ? À mesure que les ressources se raréfient, que les territoires deviennent vulnérables et que nos sécurités vacillent, une autre réponse au dérèglement du monde s’impose : se protéger, s’armer, fermer les frontières, accaparer avant les autres ce qui pourrait manquer demain. Dans La politique de la beauté, Delphine Batho part de cette hypothèse inquiétante pour proposer un chemin presque inverse : réintroduire les émotions, l’attachement, l’émerveillement et le sensible au cœur de la politique. Non pour détourner les yeux de la catastrophe, mais pour lui opposer un projet : vivre dans un monde beau. Et si, face au sauve-qui-peut de l’Anthropocène, la bataille politique consistait désormais à rendre le futur à nouveau désirable ?

Politique. Beauté. Avouons que les deux mots semblent aujourd’hui presque incongrus lorsqu’on les place côte à côte. La politique évoque davantage la défiance, les promesses non tenues, les rapports de force, les colères qui descendent dans la rue et cette étrange impression que les gouvernements courent derrière les crises sans parvenir à dessiner un horizon. La beauté, elle, appartient apparemment à un autre monde : celui de l’émotion, de l’harmonie, de l’émerveillement, de ce qui nous touche avant même que nous ayons besoin de l’expliquer. Alors pourquoi les réunir ? C’est précisément là que commence le livre de Delphine Batho. Sa « politique de la beauté » ne propose évidemment pas de rendre la politique plus jolie. Elle pose une question beaucoup plus profonde : à quoi sert encore la politique si elle n’est plus capable de nous dire dans quel monde nous voulons vivre ? Face à une époque qui organise de plus en plus ses décisions autour de la peur — peur de manquer, peur de perdre, peur de l’autre, peur de l’avenir —, la beauté devient le nom donné à un projet positif. Non pas embellir le monde, mais le rendre à nouveau habitable, désirable, partageable. Autrement dit, ne plus seulement gouverner pour éviter le pire, mais retrouver une raison collective de vouloir le meilleur. La beauté désigne finalement l’horizon désirable qui manque à la politique.

Quand la catastrophe ne nous rend pas plus sages

Il y avait une croyance implicite dans une partie de la pensée écologique : lorsque les effets du dérèglement climatique deviendraient suffisamment visibles, lorsque les sécheresses, les incendies, les inondations, la disparition des espèces et l’épuisement des ressources entreraient dans notre quotidien, les sociétés finiraient nécessairement par réagir. La réalité politique est beaucoup moins simple.

Une catastrophe ne produit pas spontanément de la solidarité. La peur ne conduit pas nécessairement à protéger ce qui est menacé. L’insécurité peut engendrer le partage, mais elle peut aussi provoquer exactement l’inverse : le repli, l’accaparement, la recherche d’un responsable, la désignation d’un ennemi, la tentation de la force. C’est le point de départ politique du livre de Delphine Batho. Elle écrit : « Or le trumpisme est terrible de notre époque. Il est un sauve-qui-peut de l’Anthropocène, une forme de survivalisme politique, une réaction aux effondrements écologiques. » (p. 16)

La formule est forte et constitue une interprétation politique de l’autrice. Mais elle pose une question qui dépasse largement Donald Trump : que devient la démocratie lorsque des populations commencent à penser que demain sera nécessairement plus dangereux qu’aujourd’hui ? Car la crise écologique ne menace pas seulement des paysages ou des espèces. Elle touche à quelque chose de beaucoup plus intime : notre sentiment de sécurité.

« La peur que génèrent les pertes, tangibles, de toutes les formes de sécurité qui nous entourent, a des conséquences politiques partout dans le monde. » (p. 17)

Sécurité alimentaire, énergétique, économique, territoriale, climatique : lorsque ces fondations paraissent se fissurer simultanément, l’avenir cesse d’être une promesse. Il devient une menace. Et la politique change de nature.

Quand il n’y en aura plus pour tout le monde

Delphine Batho décrit alors un basculement idéologique : celui d’un monde qui ne croit plus réellement à l’abondance future et commence à organiser la compétition pour ce qui restera.

Elle écrit : « Désormais, seule compte la loi du plus fort. Partout, sous des formes différentes, la même idéologie, une contre-révolution à la philosophie des Lumières. » (p. 17)

Il faut évidemment lire cette phrase pour ce qu’elle est : une thèse politique, et non le constat scientifique d’une disparition universelle des règles internationales ou démocratiques. Mais l’intuition qui la sous-tend mérite attention. Pendant des décennies, la mondialisation s’est développée sur une représentation implicite d’un monde extensible : davantage de production, davantage de commerce, davantage de consommation, davantage de ressources transformées. Or la planète, elle, n’est pas extensible.

Que se passe-t-il lorsque cette évidence physique entre brutalement dans le champ politique ? Pour l’auteure, une logique dangereuse apparaît : si les ressources de demain seront insuffisantes, il faudrait s’en assurer la maîtrise aujourd’hui. « La règle du jeu de cette nouvelle phase de l’Anthropocène est qu’il n’y a plus de règle de jeu : libre cours à la prédation du maximum de ressources en prévision de la pénurie. Plus celle-ci se précise, plus il fau faire preuve de voracité. Voilà ce qui explique que la guerre revienne en force dans nos vies […]. » (p. 17)

Nous entrons alors dans un paradoxe vertigineux : plus nous prenons conscience des limites de la planète, plus nous pourrions être tentés d’accélérer la prédation de ses ressources. Non plus : « Il faut préserver puisqu’il n’y en aura pas assez. » Mais : « Prenons notre part avant qu’il n’y en ait plus. »

La rareté comme nouvelle géopolitique

C’est ici que le raisonnement écologique rencontre directement la géopolitique.

« Quand les terres entières sont promises à devenir inhabitables, l’exacerbation des tensions géopolitiques pour l’accaparement des ressources vitales et stratégiques s’achemine vers un paroxisme. La course folle à la guerre n’a pas commencé avec l’invasion de l’Ukraine, ni avec les pogroms du 7 octobre, ni avec le second mandat de Trump. Les dépenses d’armement augmentaient déjà à l’échelle mondiale depuis plus de dix ans. » (p. 17-18)

Sur ce dernier point, les chiffres donnent du poids au constat chronologique : les dépenses militaires mondiales augmentent depuis plus d’une décennie. Cela ne démontre évidemment pas que la crise écologique serait la cause de ce réarmement. Les guerres en cours, les rivalités entre puissances, les stratégies nationales et la recomposition de l’ordre international constituent des facteurs majeurs. Mais le dérèglement climatique peut aggraver des vulnérabilités préexistantes autour de l’eau, des récoltes, des déplacements de populations, des territoires ou de certaines matières premières.

Le risque serait donc d’établir une causalité trop simple : climat égale rareté, rareté égale guerre. L’histoire et la géopolitique sont autrement plus complexes. Mais l’idée centrale demeure : un monde qui prend conscience de sa finitude peut choisir la coopération ou transformer cette finitude en compétition.

Et c’est précisément ici qu’apparaît un concept essentiel du livre.

Le « capitalisme de la finitude »

Delphine Batho emprunte à l’économiste et historien Arnaud Orain une expression particulièrement éclairante : le « capitalisme de la finitude ». « Nous sommes dans un nouveau régime que l’économiste et historien Arnaud Orain appelle « le capitalisme de la finitude ». Il y a un effet de synergie entre la surproduction, la surconsommation, la rareté des ressources, les limites planétaire et la mise en data du monde au travers du numérique. » (p. 18-19)

Dans Le Monde confisqué, Arnaud Orain décrit un capitalisme qui change de logique lorsque s’installe la conviction que le monde est fini, que ses ressources comme ses marchés sont limités et qu’il faut donc s’assurer le contrôle des espaces, des matières premières et des échanges. Il rapproche notre époque de précédentes périodes historiques marquées par les monopoles, la compétition entre puissances et la militarisation du commerce.

Le mot important est peut-être moins « capitalisme » que finitude. Nous avons longtemps organisé nos sociétés comme si le monde était ouvert. Nous découvrons qu’il est clos. L’atmosphère est limitée. Les sols sont limités. L’eau douce est limitée. Certaines matières premières sont limitées. La capacité des écosystèmes à absorber nos déchets est limitée. Et voici que cette finitude physique rencontre une autre concentration : celle du monde numérique.

Après les ressources, l’accaparement de nos vies numériques

Car les territoires à conquérir ne sont plus seulement terrestres ou maritimes. Ils sont aussi numériques. Données personnelles, infrastructures de cloud, intelligence artificielle, réseaux sociaux, moteurs de recherche, commerce en ligne : une part considérable de nos existences passe désormais par des infrastructures contrôlées par un nombre réduit d’acteurs privés.

Delphine Batho pousse très loin le raisonnement : « S’organise ainsi le remplacement du gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple, par le gouvernement du monopole des algorithmes et des plateformes numériques. » (p. 19)

Là encore, il faut distinguer la formule polémique du constat. Les démocraties n’ont évidemment pas été littéralement remplacées par les plateformes. Mais la question du pouvoir acquis par les grandes entreprises technologiques est devenue incontournable : elles organisent une partie de notre accès à l’information, structurent l’espace public numérique et disposent d’une capacité technologique et économique qui pose aux États de nouveaux problèmes de souveraineté.

La bataille pour les ressources du XXIe siècle ne se joue donc plus seulement autour du pétrole, du gaz, de l’eau, des terres agricoles ou des minerais critiques. Elle se joue aussi autour de cette ressource devenue extraordinaire : notre attention.

Et nous voilà revenus aux émotions.

La peur est devenue une matière première politique

Car dans cet univers numérique, la peur possède une propriété précieuse : elle capte l’attention. Ce qui indigne, inquiète, scandalise ou effraie circule vite. Dès lors, nos angoisses ne sont plus seulement des conséquences de la crise écologique, sociale ou géopolitique. Elles deviennent elles-mêmes un enjeu de pouvoir.

C’est ici que La politique de la beauté effectue son retournement le plus intéressant.

Delphine Batho écrit : « La surchauffe écologique est un puissant facteur de désagrégation des sociétés, qui provoque un affolement dont la résultante politique est la montée des totalitarismes, alors qu’il pourrait et qu’il peut en être autrement. A condition de faire d’abord une place aux émotions et au sensible, car on ne lutte pas contre des angoisses en le rejetant brutalement. On écoute, on donne de la place à l’expression des peurs et, surtout, on éclaire l’issue d secours. » (p. 21)

La relation directe qu’elle établit entre « surchauffe écologique » et montée des totalitarismes relève de sa grille d’analyse et mérite discussion. Mais la seconde partie de sa proposition ouvre une piste beaucoup plus large : on ne répond pas à une peur en expliquant à celui qui l’éprouve qu’il a tort d’avoir peur.

C’est peut-être là que l’écologie politique a parfois rencontré une limite. Elle a énormément parlé à notre raison. Elle nous a donné des degrés Celsius, des gigatonnes de carbone, des concentrations de CO₂, des trajectoires, des scénarios, des budgets carbone, des seuils, des dates. Tout cela était indispensable. Mais pendant que nous mesurions la catastrophe, avons-nous suffisamment écouté ce qu’elle produisait en nous ?

Et si l’éco-anxiété n’était pas une maladie ?

La question devient alors profondément intime. Nous appelons « éco-anxiété » la peur provoquée par la dégradation du monde vivant et l’anticipation de catastrophes environnementales. Le mot peut donner l’impression que quelque chose dysfonctionne chez celui qui ressent cette inquiétude.

Mais si c’était parfois exactement l’inverse ? Si cette inquiétude signifiait simplement que nous avons compris ? Et surtout que nous sommes attachés à ce qui disparaît ?

On ne pleure pas une forêt dont on se moque. On ne souffre pas de voir disparaître une espèce dont l’existence nous est totalement indifférente. On n’éprouve pas d’angoisse devant la transformation d’un paysage auquel rien ne nous relie.

La douleur écologique possède donc son envers : l’attachement. Et c’est pourquoi cette phrase très simple de Delphine Batho devient centrale : « Les émotions […] font notre humanité. » (p. 21) Voilà le véritable point de bascule du livre.
Jusqu’ici, Delphine Batho nous décrivait essentiellement ce que la peur pouvait produire de pire : repli, prédation, autoritarisme, accaparement. Désormais, elle se demande ce que nos émotions pourraient produire d’autre. Et c’est ici seulement que l’on comprend vraiment le titre : La politique de la beauté.

Le défaitisme écologique est aussi une impasse

La tentation est grande, face à l’ampleur des bouleversements, de faire de la résistance le dernier horizon politique : sauver ce qui peut encore l’être, empêcher le pire, ralentir les destructions, préserver quelques espaces. C’est indispensable. Mais pour Delphine Batho, ce n’est pas suffisant. Car une société ne se met pas en mouvement uniquement pour empêcher quelque chose. Elle a besoin de savoir vers quoi elle veut aller.

C’est sans doute l’une des propositions les plus importantes du livre : « Le défaitisme rime avec un vide de projet car la question n’est pas la résistance mais d’ouvrir un nouvel horizon, celui d’un objectif explicite et non invisible ou évanescent : vivre dans un monde beau. » (p. 23)

Voilà le mot essentiel : vivre. Et non simplement survivre.

Toute l’opposition construite depuis le début du livre devient alors lisible. D’un côté, le « survivalisme politique » : protéger son territoire, ses ressources, ses frontières, son niveau de vie, sa puissance, avant que les autres ne viennent prendre leur part. De l’autre, une politique qui ne se contente pas d’organiser la survie dans un monde dégradé, mais cherche encore à définir le monde dans lequel nous désirons vivre.

Cette distinction est considérable. Car le projet écologique a souvent été formulé dans le langage de ce qu’il faut éviter : éviter deux degrés supplémentaires, éviter l’effondrement de la biodiversité, éviter l’épuisement des ressources, éviter la pollution, éviter la catastrophe.

Nous savons remarquablement bien décrire le monde que nous ne voulons pas. Mais savons-nous encore raconter celui que nous voulons ?

« Vivre dans un monde beau »

C’est ici que le mot « beauté » acquiert son véritable sens politique. Il ne s’agit évidemment pas de transformer la planète en carte postale.

Un monde beau, dans cette perspective, est un monde habitable. Un monde où respirer ne rend pas malade. Où une rivière peut être une rivière avant d’être une ressource. Où les enfants connaissent encore le chant des oiseaux autrement que par un fichier numérique. Où les villes laissent une place aux arbres, au silence, à l’ombre, à l’eau. Où produire ne signifie pas nécessairement détruire. Où le progrès se mesure aussi à ce que nous avons réussi à transmettre. La beauté devient alors une manière de nommer la qualité sensible du monde commun.

Et cette idée change profondément le récit écologique. Car nous ne sommes plus seulement sommés de renoncer. Nous pouvons désirer. Nous ne sommes plus uniquement invités à réduire. Nous pouvons construire. Nous ne sommes plus condamnés à défendre les restes d’un monde qui disparaît. Nous pouvons imaginer celui qui vient. C’est pourquoi Batho écrit : « L’affirmation d’une voie positive est la clé. […] Nous devons regarder devant dans un esprit de conquête. » (p. 23)

Le choix du mot « conquête » est presque provocateur dans un livre écologique. Mais il est révélateur. Il s’agit de reprendre à ceux qui promettent puissance, domination et protection le monopole de l’avenir. L’écologie ne peut pas seulement dire : « arrêtons ». Elle doit aussi pouvoir dire : « allons-y ».

Passer de l’écologie du renoncement à l’écologie du désir

C’est peut-être ici que se trouve la proposition politique la plus stimulante du livre. Depuis des décennies, l’écologie traîne derrière elle un imaginaire de la privation. Moins de voiture, moins d’avion, moins de viande, moins d’énergie, moins de consommation, moins de béton, moins de croissance. Même lorsqu’elles sont justifiées, ces injonctions finissent par dessiner, dans l’imaginaire collectif, une politique du « moins ».

Or les adversaires de l’écologie proposent exactement l’inverse : davantage de puissance, davantage de production, davantage de consommation, davantage de liberté apparente.

Le combat est donc profondément asymétrique. Aux uns, le désir. Aux autres, la culpabilité. La « politique de la beauté » tente de renverser cette distribution.

Et si une ville avec moins de voitures n’était pas seulement une ville où l’on réduit les émissions, mais une ville où les enfants peuvent jouer dehors ? Et si manger autrement n’était pas seulement réduire son empreinte carbone, mais retrouver des goûts, des saisons, des paysages agricoles ? Et si protéger une forêt ne consistait pas seulement à conserver un puits de carbone, mais à préserver un lieu dont la présence nous est nécessaire ? Alors l’écologie cesse d’être uniquement une politique de limitation. Elle devient une politique de désirabilité du monde.

Nous ne sauverons pas seulement ce que nous comprenons

Depuis un demi-siècle, le mouvement écologique s’est donné pour mission de nous faire comprendre. Comprendre le climat. Comprendre les écosystèmes. Comprendre les limites planétaires. Comprendre les cycles de l’eau, du carbone, de l’azote. Comprendre les conséquences de nos modes de production et de consommation.

Une seconde bataille commence peut-être : réapprendre à ressentir. Non pas contre la science, mais avec elle. Car savoir qu’une forêt stocke du carbone ne dit pas ce que nous éprouvons lorsque nous entrons sous ses arbres. Connaître le nombre d’espèces disparues ne raconte pas le silence qui s’installe lorsqu’un oiseau ne revient plus. Mesurer la température d’un fleuve ne dit rien de notre désir de pouvoir encore nous asseoir sur sa rive.

La politique de la beauté commence peut-être exactement là : lorsque le savoir cesse d’être extérieur à nous. Lorsque ce qui disparaît nous manque. Lorsque ce qui est menacé nous devient précieux. Lorsque protéger cesse d’être seulement raisonnable pour devenir désirable.

Mais peut-on gouverner avec la beauté ?

Reste évidemment la question la plus difficile : peut-on faire une politique avec cela ?

Une émotion n’est pas une loi. L’émerveillement n’est pas un budget. La beauté ne décide ni d’un mix énergétique, ni d’une fiscalité carbone, ni d’un partage des ressources, ni d’une politique industrielle.

Et surtout : qui définit ce qui est beau ? Le paysage des uns peut être le lieu de travail des autres. Une éolienne peut être perçue comme la marque d’une transition nécessaire ou comme une blessure faite à un horizon. Une forêt peut être un écosystème à protéger, une ressource économique, un territoire de chasse, un espace sacré ou simplement le paysage dans lequel quelqu’un a grandi.

La beauté est subjective. Et heureusement. Une politique de la beauté ne peut donc devenir une politique du « beau » décrété d’en haut. Elle ne peut substituer le goût à la démocratie, ni l’émotion à la délibération, ni l’esthétique à la justice sociale. C’est à cet endroit que le concept devra être jugé politiquement : lorsqu’il faudra passer du récit aux arbitrages. Mais sa force est ailleurs. Il rappelle que derrière chacune de nos décisions collectives existe une certaine idée du monde dans lequel nous voulons vivre.

Deux réponses à la peur

Et nous retrouvons finalement le point de départ du livre. La crise écologique provoque de la peur. Cette peur peut engendrer une politique de la forteresse : protéger ce que nous possédons, accaparer ce qui pourrait manquer, fermer nos frontières, renforcer nos armées, exploiter les ressources restantes avant les autres. C’est le « sauve-qui-peut de l’Anthropocène » décrit par Delphine Batho.

Mais la même conscience de la fragilité du monde peut produire une réponse exactement inverse. Si l’eau devient rare, décidons de la partager. Si une forêt devient précieuse, protégeons-la. Si les paysages deviennent fragiles, prenons-en soin. Si les espèces disparaissent, considérons leur présence comme une richesse. Si nos enfants risquent d’hériter d’un monde moins habitable, faisons de son habitabilité un projet collectif.

Voilà pourquoi la beauté n’est finalement pas, dans ce livre, un ornement ajouté à l’écologie. Elle en devient l’horizon politique. Face à la finitude, deux imaginaires se dessinent. Celui de la prédation : il n’y en aura pas assez pour tout le monde, prenons notre part. Et celui du commun : il n’y en aura pas assez si nous continuons ainsi, inventons une autre manière de vivre ensemble.

C’est peut-être là que La politique de la beauté devient plus qu’un livre sur l’écologie. Il pose une question à toute la politique contemporaine : quel avenir sommes-nous encore capables de faire désirer ? Car on ne mobilise pas durablement une société en lui demandant seulement d’avoir moins peur de la catastrophe. Il faut pouvoir lui montrer quelque chose au-delà. Un paysage. Une possibilité. Un horizon. Un monde dans lequel nous aurions envie de vivre. Un monde beau.

La politique de la beauté – Une nouvelle écologie, de Delphine Batho – Editions de l’Aube / Collection « Monde en cours » dirigée par Jean Viard, 19 juin 2026 

 

 

 

 

 

 

2 Commentaires
Les plus anciens
Les plus récents Le plus de votes
Inline Feedbacks
View all comments
Hugues F
25 jours

désagréable de lire un article qui a tous les tics de l’IA, j’espère que le livre n’est pas sur le même ton!

patricia.fetnan@gmail.com
21 jours

«  On a fabriqué du Beau, et c’est pour Nous ! » : de la part de mes élèves de 3 ans, devant une Fresque sur un mur de la cour de récréation.
«  Ça bascule et ça bouscule ! C’est ma planète ? »
Reste à continuer de s’éblouir devant toute la Beauté du Monde et la chanter pour pouvoir
«  Faire- Monde », ensemble, Humains et non- Humains :
«  C’est le Printemps qui pousse ! »
Avant : «  T’es la maîtresse des cerises. »
Et plus, dans «  L’histoire du Cerisier », école du cerisier, YouTube
Maintenant, Vivants !

Article précédent

De quoi sommes-nous encore capables ? Douze raisons d'espérer en la France de 2026

Prochain article

Des mondes en transformation : quand l’écologie se pense depuis les territoires

Derniers articles de Analyses

REJOIGNEZ

LE CERCLE DE CEUX QUI VEULENT COMPRENDRE NOTRE EPOQUE DE TRANSITION, REGARDER LE MONDE AVEC LES YEUX OUVERTS. ET AGIR.
logo-UP-menu150

Déjà inscrit ? Je me connecte

Inscrivez-vous et lisez trois articles gratuitement. Recevez aussi notre newsletter pour être informé des dernières infos publiées.

→ Inscrivez-vous gratuitement pour poursuivre votre lecture.

REJOIGNEZ

LE CERCLE DE CEUX QUI VEULENT COMPRENDRE NOTRE EPOQUE DE TRANSITION, REGARDER LE MONDE AVEC LES YEUX OUVERTS ET AGIR. 

Vous avez bénéficié de 3 articles gratuits pour découvrir UP’.

Profitez d'un accès illimité à nos contenus !