Mutations sociales et nouvelles solidarités

Primaire socialiste : une victoire historique pour le revenu universel ?

revenu universel
La victoire ce dimanche 22 janvier 2017 de Benoit Hamon au premier tour de la primaire socialiste (36%), largement impulsée par sa campagne autour du revenu universel, démontre que l’idée est porteuse de sens pour une partie des électeurs français. Tour d'horizon d'une impulsion qui dérange.
 
La proposition de revenu de base du candidat socialiste Benoît Hamon est l’un des principaux thèmes ayant attiré l’attention des médias ces derniers jours. Sa victoire au premier tour place le revenu universel en tête des débats, preuve que cette proposition représente une solution crédible, nécessaire et porteuse d’espoir pour un grand nombre de citoyens.
 
C’est un signal très positif que salue le Mouvement Français pour un Revenu de Base (MFRB) : « C’est une belle victoire, pas seulement pour Hamon mais aussi pour l’idée du revenu de base. Ce vote d’adhésion montre que des centaines de milliers de Français veulent que le revenu de base soit au cœur du débat politique. La présence de Hamon dans la course à la présidentielle assure que le débat sur cette idée se poursuivra à l’échelle nationale et européenne » a déclaré Nicole Teke, coordinatrice relations publiques du MFRB.
 
Le réseau européen pour le revenu de base (UBIE) s’est également réjoui de ces résultats : « Pour la première fois dans une élection européenne, le revenu universel pourrait être l’élément qui fera la différence. Nous suivrons de près cette élection qui s’annonce très prometteuse » assure Daniel Fehrer, membre du bureau de UBIE.
 
Le revenu de base émerge comme une nouvelle revendication sociale en Europe et dans le monde. Il reprend l’idée du philosophe Thomas Paine qui s’exclamait, en 1792, du haut de la tribune de l’Assemblée Nationale : « Sans revenu, point de citoyen ».
Le revenu de base est très différent des dispositifs existants comme le revenu de solidarité active (RSA) : il est individuel et versé sans condition de recherche d’emploi, il n’est pas stigmatisant et les démarches pour l’obtenir sont beaucoup moins complexes aux dires du MFRB.
On ne travaille plus aujourd’hui comme on le faisait avant, et la société doit trouver de nouveaux moyens de s’adapter aux évolutions du monde du travail ; c’est en substance ce qu’indiquait le rapport du Conseil National du Numérique rendu en janvier 2016 dans lequel l’instauration d'un revenu minimum universel permettrait à chacun de vivre décemment. Cette mesure pourrait sonner le glas du travail salarié, déjà mis à mal par la précarité, l’augmentation du travail indépendant ou la multiplication des employeurs. 
Le revenu de base constituerait un nouveau droit accordé à tous les citoyens au même titre que le droit de vote et l’accès à l’éducation. Il se veut une réponse pratique aux articles 1 et 25 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Pourrait-il être un moyen de relever les défis du XXIe siècle ?
 
On stabilise les perspectives d’avenir des citoyens, qui seront plus enclins à prendre des risques car ils sauront que quoiqu’il arrive, s’ils ratent, ils trouveront un filet de sécurité. C’est plus efficace que d’agiter le bâton en disant, attention, si vous ne travaillez pas, on vous coupe les vivres. »
Jean-Marc Ferry, philosophe
 
Ce débat de société en est encore à ses prémices et il est normal que de nombreux citoyens soient encore sceptiques vis-à-vis de l'implémentation du revenu de base malgré l’implication du MFRB, dévoué à continuer d'éclairer le débat, notamment sur la question du financement qui fait l'objet de tant d'attaques confuses.
Loin d'apporter un coût supplémentaire à la société, le revenu universel représente un investissement pour l’avenir en répondant à de nombreux enjeux économiques et sociétaux et en participant à une plus grande justice sociale.
Pour le MFRB, le revenu de base ne doit pas détruire la protection sociale mais en devenir l’un des nouveaux piliers. Une perspective partagée par un autre candidat à cette primaire Jean-Luc Bennahmias, ainsi que par plusieurs autres candidats à la présidentielle, dont Yannick Jadot (Europe Ecologie-Les Verts) et Charlotte Marchandise (candidature citoyenne issue de LaPrimaire.org), qui ont eux aussi placé le revenu de base au cœur de leur programme.

Comment le mettre en place ?

Pour le MFRB, l’instauration du revenu de base doit améliorer le système de protection sociale. Il existe différents types de financement, en fonction du montant qui est souhaité :
- Simplifier le système socio-fiscal
- Accroître la fiscalité écologique
- Augmenter la taxe sur les transactions financières
- Lutter contre l’évasion et l’optimisation fiscale des multinationales
- Mieux imposer le patrimoine
- Intégrer certaines subventions à l’emploi
- Repenser le système de création monétaire
- Verser des monnaies locales complémentaires...
L’allocation universelle d’un revenu ne doit pas être comprise comme une forme d’assistance, ni même de protection sociale, plaçant les individus dans la dépendance de l’Etat-providence. Il faut la comprendre au contraire comme le type même de ce qu’Anthony Giddens appelle une ‘politique générative’. Elle doit donner aux individus des moyens accrus de se prendre en charge, des pouvoirs accrus sur leur vie et leurs conditions de vie. »
André Gorz, philosophe

Qui soutient le revenu de base ?

Un nombre croissant d’élus soutiennent aujourd’hui le principe du revenu de base. Tour d’horizon. • Delphine Batho (députée PS, ancienne ministre) • Benoît Hamon (député PS, ancien ministre) • Monique Robin (députée PS) • Isabelle Attard (députée sans parti) • Cécile Duflot (députée EELV, ancienne ministre) • Jean Desessard (sénateur EELV) • Julien Bayou (conseiller régional EELV) • Karima Delli (députée européenne EELV) • Michèle Rivasi (députée européenne EELV) • Frédéric Lefebvre (député Les Républicains) • Christine Boutin (députée, Parti Chrétien Démocrate) • Dominique de Villepin (ancien premier ministre, ex-UMP) • Corinne Morel Darleux (conseillère régionale, Parti de gauche).
Parallèlement, des personnalités, des philosophes et des économistes s’intéressent de plus en plus à cette idée comme Edgar Morin, Jean-Marc Ferry, Cynthia Fleury, David Graeber, Gaspard Koenig, Yann Moulier-Boutang ou Bernard Stiegler.

Les réseaux à travers le monde

En 2013, une initiative citoyenne européenne pour le revenu de base a été lancée dans 25 pays. L’initiative a récolté près de 300 000 signatures, dont 34 députés européens de tous bords politiques.
Elle a impulsé la création d’une nouvelle alliance européenne pour le revenu de base, Unconditional Basic Income Europe (UBIE). Elle coordonne les actions de promotion du revenu de base à l’échelle européenne et milite en faveur de son instauration dans tous les pays d’Europe.
Le Basic Income Earth Network (BIEN), alliance mondiale pour le revenu de base fondée en 1986, est composée d’universitaires et d’activistes. Elle organise un congrès tous les deux ans, le dernier ayant eu lieu en Corée du Sud en juillet 2016.

Expérimentations et projets pilotes

États-Unis, années 1960. Impulsées par Milton Friedman sous le concept d’impôt négatif, elles ont été menées dans quatre États, totalisant près de 9000 foyers sur une moyenne de trois années. Elles ont relativisé la crainte de l’oisiveté, car la diminution de l’emploi n’a pas été généralisée à l’ensemble de la population mais à certains groupes sociaux précis tels les femmes seules et les jeunes étudiants.
 
Namibie, démarré en 2008. Ce projet pilote a sorti les habitants d’une situation d’extrême pauvreté. Il a dynamisé l’activité économique du village et particulièrement la création d’entreprise individuelle, diminuant de façon drastique le chômage. Il a amélioré la santé des habitants, favorisé l’éducation des enfants et permis la prise d’autonomie et responsabilisé la communauté d’Otjivero.
 
Canada, années 1970. La province du Manitoba a mis en place le programme Mincome à Winnipeg et Dauphin. Distribué à tous les habitants, ce revenu a montré une baisse des hospitalisations et de la criminalité, une augmentation de la fréquentation scolaire et de la formation.
 
Inde, depuis 2011. Trois projets sont coordonnés par SEWA, une association indienne promouvant le droit des femmes et sont financés par l’Unicef. Les résultats: réduction de la pauvreté, désendettement des familles, émancipation des femmes, développement de la confiance des habitants au sein du village.
 
En Finlande, le gouvernement s’est prononcé en faveur d’expérimentations d’un revenu de base dans le pays. En septembre 2015, une équipe de chercheurs, d’universitaires et de think-tanks a été mandatée pour préparer un projet-pilote pour 2017.
 
Les Pays-Bas sont également intéressés par la question du revenu de base et ont prévu de mettre en place un projet expérimental dans la ville d’Utrecht en 2016 et dans plusieurs autres villes du pays.
 
En Suisse, le revenu de base fait aussi son chemin. En juin 2016, les citoyens helvètes ont voté pour ou contre le revenu de base. Le « oui » a obtenu 23%, un chiffre important pour une idée inconnue quelques années auparavant !
 
En Espagne, une initiative législative a vu le jour début 2014. L’objectif : récolter 500 000 signatures en moins d’un an, pour qu’une proposition de loi pour un revenu de base soit déposée au Parlement espagnol.
 
En Iran, l’État fournit depuis 2010 un revenu à chaque citoyen résidant dans le pays, en remplaçant les subventions aux combustibles et aux aliments par des transferts directs à la population.
 
En Alaska, le Fonds Permanent de l’Alaska verse un dividende citoyen depuis 1982. Ce dividende, issu de la manne pétrolière, permet de distribuer un revenu de base, qui s’élève actuellement à plus de 2 000 $ par an et par habitant.
 
Au Brésil, le revenu de base est présent dans la constitution depuis 2004 et a inspiré la création de la Bolsa familia. De son côté, l’association citoyenne ReCivitas, après avoir expérimenté dans un village un revenu de base de 2008 à 2014, lance en janvier 2016 la « basic income start-up », un fond de garantie pour un revenu de base versé à vie.
 
 
(1)    Le Mouvement Français pour un Revenu de Base est une association transpartisane et indépendante, qui cherche à rassembler toutes les forces progressistes souhaitant instaurer le revenu de base en France.

A LIRE : "Revenu de Base : un outil pour construire le XXIe siècle". Collectif coordonné par Jean-Éric HYAFIL et le MFRB, publié par Les éditions Yves Michel en septembre 2016

A LIRE : "Revenu de Base : comment le financer" - Panorama des modalités de financement. Collectif coordonné par Jean-Éric HYAFIL et Thibault LAURENTJOYE, publié par les Editions Yves Michel en septembre 2016

 
A LIRE AUSSI :
 
Un revenu pour tous ! : Précis d’utopie réaliste, Baptiste Mylondo, Utopia, “Controverses”, 2010
Pour un revenu sans condition : Garantir l’accès aux biens et services essentiels, Baptiste Mylondo, Utopia, “Controverses”, 2012
Le financement d’un revenu de base inconditionnel, Albert Jorimann et Bernard Kundig (dir.), Seismo, 2010
Une clémente économie : Au-delà du revenu d’existence, Yoland Bresson, L’Esprit Frappeur, 2008
L’allocation universelle. Pour un revenu de citoyenneté, Jean-Marc Ferry, Cerf, “Humanités”, 1995
Basic Income : An Anthology of Contemporary Research, Karl Widerquist, José A. Noguera, Yannick Vanderborght et Jurgen De Wispelaere (dir.), Wiley-Blackwell, 2013
L’allocation universelle, P. Van Parijs, Y. Vanderborght, La Découverte, 2005
Un revenu pour exister, revue Mouvements, 2013
“La crise c’est has been”, Hélène Pouille, 2014 (http://revenudebase.tumblr.com)
 

 

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