Comment mettre l’intelligence artificielle, les données et les technologies numériques au service d’une agriculture plus durable ? AgroParisTech et Télécom Paris ont décidé de conjuguer leurs expertises pour former des ingénieurs capables de comprendre aussi bien les systèmes vivants que les algorithmes. Dès la rentrée 2027, un nouveau double diplôme associera agronomie, environnement et numérique. Une initiative qui traduit une conviction : les transitions agricoles ne pourront réussir sans faire dialoguer des disciplines trop souvent séparées.
Quand le numérique rencontre le vivant
L’agriculture de demain devra relever plusieurs défis simultanément : s’adapter au changement climatique, préserver les ressources naturelles, réussir sa transition agroécologique et énergétique, tout en garantissant la souveraineté alimentaire. Pour y parvenir, les technologies numériques offrent des perspectives considérables, à condition de ne pas oublier les réalités du terrain.
C’est tout l’enjeu du partenariat annoncé ce 8 octobre 2026 entre AgroParisTech et Télécom Paris. Les deux grandes écoles créent un double diplôme d’ingénieur associant sciences agronomiques et environnementales, intelligence artificielle, analyse des données et systèmes connectés.
L’objectif n’est pas simplement d’introduire davantage de numérique dans les exploitations agricoles, mais de former des professionnels capables de comprendre les écosystèmes, les contraintes des agriculteurs et les limites des outils technologiques.
« Pour concevoir des solutions numériques utiles à l’agriculture, il faut comprendre les systèmes dans lesquels elles seront déployées », souligne Patrick Olivier, directeur de Télécom Paris.
Quatre années pour apprendre à penser ensemble
Ouvert à la rentrée universitaire 2027, ce cursus se déroulera sur quatre années de formation d’ingénieur et permettra d’obtenir simultanément les diplômes des deux établissements. Dans un premier temps, il accueillera cinq à dix étudiants par promotion et par école.
Les élèves d’AgroParisTech approfondiront leurs compétences en intelligence artificielle, réseaux, télécommunications et objets connectés. Ceux de Télécom Paris découvriront les sciences agronomiques et environnementales afin d’appliquer leurs connaissances numériques aux problématiques agricoles concrètes.
Les futurs diplômés pourront notamment travailler dans la recherche et développement, la conception d’outils d’aide à la décision, l’analyse de données agricoles ou le conseil en transition agroécologique. Le double diplôme prépare à des fonctions à l’interface de l’agriculture, de l’environnement et des technologies numériques.
Ces compétences ont vocation à répondre aux besoins des entreprises agricoles et agroalimentaires,
des acteurs de l’agritech, des instituts de recherche et des organismes intervenant dans les politiques
publiques agricoles et environnementales.
Cette formation s’inscrit dans le programme AgriTransitions 2030, soutenu par France 2030. Doté d’un budget de 8,1 millions d’euros, dont 4,5 millions de subventions, ce projet prévoit 18 dispositifs de formation pour accompagner les transitions agroécologique, énergétique et numérique.
Une technologie qui doit rester au service de l’agriculture
Au-delà de cette nouvelle formation, l’initiative pose une question essentielle : comment éviter que la transformation numérique de l’agriculture ne se résume à une accumulation de capteurs, de données et d’algorithmes ?
Car une exploitation agricole n’est pas une usine comme les autres. Elle dépend de sols vivants, de cycles biologiques, de conditions climatiques changeantes et de savoir-faire humains que les modèles numériques ne peuvent entièrement reproduire.
La véritable innovation pourrait donc résider moins dans la sophistication des technologies que dans leur capacité à répondre aux besoins réels des agriculteurs, à préserver les écosystèmes et à accompagner des pratiques plus durables.
En rapprochant les sciences du vivant et celles du numérique, AgroParisTech et Télécom Paris font ainsi le pari d’une ingénierie moins cloisonnée, où la technologie ne prétend pas remplacer la connaissance du terrain, mais vient l’enrichir.
Une orientation prometteuse, à condition que l’agriculture de demain ne soit pas seulement plus intelligente technologiquement, mais aussi plus respectueuse du vivant.
Source : CP conjoint AgroParisTech – Télécom Paris, 8 octobre 2026






