Les fantômes de la nuit – Des chauves-souris et des hommes

Les fantômes de la nuit – Des chauves-souris et des hommes, de Laurent Tillon – Editions Actes sud/Mondes sauvages, 1er février 2023 – 288 pages

Parmi les mille et un êtres auxquels le chêne est lié – arbre dont Laurent Tillon nous a fait découvrir l’intimité et la palpitante histoire dans son précédent ouvrage -, il en est un particulièrement cher à l’auteur : la chauve-souris. Ou plutôt les chauves-souris car il en existe plusieurs dizaines d’espèces en France (record européen) et plusieurs centaines dans le monde. L’auteur revient à travers ce livre à ses premiers amours : les chauves-souris forestières, qu’il étudie depuis les années 1990.

La forêt, la nuit : l’occasion de solliciter d’autres sens que la vision et de découvrir une facette méconnue de cet écosystème qui pourrait nous paraître si familier de prime abord. Laurent Tillon n’a pas son pareil pour recréer en quelques lignes des ambiances forestières puissantes et immersives. Il nous emmène sur le terrain de ses recherches, en haut des arbres ou dans les grottes, en France comme sous les tropiques. Depuis les grottes de la préhistoire, les hommes côtoient les chauves-souris, le plus souvent sans le savoir tant elles sont furtives. Qu’elles nous effraient ou nous fascinent, elles demeurent, pour la plupart, encore méconnues et mal-aimées.

Passionné depuis l’enfance, Laurent Tillon invite le lecteur à pénétrer discrètement dans leur intimité pour découvrir des animaux aux capacités surpassant de loin les pouvoirs de nos super-héros.
On découvre que les chauves-souris sont les plus grosses consommatrices d’insectes nocturnes – les meilleures ennemies des moustiques ! On s’émerveille devant leurs incroyables capacités de vol et la précision de leur système d’écholocation, même dans le noir le plus profond, devant les secrets de leur exceptionnelle longévité et de leur résistance aux virus. On est captivé par leur vie sociale riche et solidaire, et l’on s’amuse à les voir déjouer avec une aisance confondante les tentatives de l’auteur pour les étudier, le narguant à voler juste sous son nez tout en restant insaisissables. Et cette étrange sensation où les rôles semblent s’inverser, où l’homme a la très nette impression que ce sont elles qui l’étudient : l’observateur observé …

Alors que de multiples crises émergent (biodiversité, climatiques et sanitaires), les chauves-souris offrent des éclairages passionnants sur la manière de reconsidérer nos façons de vivre. Comment pouvons-nous cohabiter de manière plus apaisée avec les chauves-souris ? Un voyage passionnant dans un univers fascinant, à la fois si proche et si étrange…

Laurent Tillon est responsable biodiversité de l’Office national des forêts (ONF), en charge des inventaires faunistiques, notamment des mammifères (en particulier les chauves-souris, dont il est un grand spécialiste) et des batraciens. Il vit au cœur de la forêt de Rambouillet, qui lui a inspiré son dernier essai, Être un chêne (Actes Sud, 2021), best-seller de la collection « Mondes sauvages ».

« Mondes sauvages » est une collection pour repenser notre relation à la nature, mettre en lumières d’autres manières d’être vivant et créer les conditions d’une nouvelle alliance.
La nation iroquoise avait l’habitude de demander, avant chaque palabre, qui, dans l’assemblée, allait parler au nom du loup.
En se réappropriant cette ancienne tradition, la collection “Mondes sauvages” souhaite offrir un lieu d’expression privilégié à tous ceux qui, aujourd’hui, mettent en place des stratégies originales pour être à l’écoute des êtres vivants. La biologie et l’éthologie du XXIe siècle atteignent désormais un degré de précision suffisant pour distinguer les individus et les envisager avec leurs personnalités et leurs histoires de vie singulières. C’est une approche biographique du vivant. En allant à la rencontre des animaux sur leurs territoires, ces auteurs partent en “mission diplomatique” au coeur du monde sauvage.
Ils deviennent, au fil de leurs expériences et de leurs aventures, les meilleurs interprètes de tous ces peuples qui n’ont pas la parole mais avec lesquels nous faisons monde commun. Parce que nous partageons avec eux les mêmes territoires et la même histoire, parce que notre survie en tant qu’espèce dépend de la leur, la question de la cohabitation et du vivre-ensemble devient centrale. Il nous faut créer les conditions d’un dialogue à nouveaux frais avec tous les êtres vivants, les conditions d’une nouvelle alliance.

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