La France sommée de prendre plus sérieusement en compte le réchauffement climatique

La France sommée de prendre plus sérieusement en compte le réchauffement climatique

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Le Haut conseil pour le climat (HCC), organisme indépendant composé de treize experts, créé fin 2018, a remis son rapport 2021 ce 29 juin au gouvernement. La politique climatique française est sévèrement critiquée, les rapporteurs jugeant que les efforts de la France sont « insuffisants » pour respecter ses objectifs. Alors que les deux-tiers de la population française sont déjà « fortement ou très fortement exposés au risque climatique », le HCC appelle à redoubler nos efforts et à mettre en œuvre sans tarder des politiques planifiées d’adaptation.

S’il reste encore des Français qui pensent que le réchauffement climatique ne les affectera que très marginalement, la lecture du dernier report du HCC devrait leur faire l’effet d’une douche froide. Vagues de chaleur à répétition, montée des eaux, vagues submersives, érosion du littoral, sécheresse et inondations, phénomènes météorologiques extrêmes, incendies de forêts… Les rapporteurs rappellent que deux Français sur trois sont déjà « fortement ou très fortement » exposés aux risques climatiques.

La hausse des températures moyennes en France atteint 1,7 °C depuis 1900 (contre +1,1°C au niveau mondial), avec une accentuation sensible du réchauffement au cours des trente dernières années. Plusieurs régions se retrouvent en état de vulnérabilité face aux risques climatiques et plus particulièrement la Bretagne et la région PACA.

Des efforts insuffisants

Il y a urgence à agir ; or les efforts de la France pour lutter contre le réchauffement climatique sont toujours « insuffisants » pour respecter ses objectifs, juge le Haut Conseil pour le Climat. L’institution avait déjà tiré la même conclusion en 2019. La France s’est à ce stade engagée à réduire ses émissions de CO2 de 40% d’ici à 2030 par rapport à 1990. Mais de nouveaux objectifs de l’Union européenne visent à réduire les émissions à 55% d’ici à 2030, forçant Paris à revoir sa copie.

En raison du retard accumulé par la France, le rythme actuel de réduction annuelle devra pratiquement doubler pour atteindre au moins 3 % dès 2021 et 3,3 % en moyenne sur la période du troisième budget carbone (2024-2028) », prévient le rapport qui note en outre une fragilisation des forêts françaises et de leur aptitude à capter le carbone. Une situation qui trouve son origine dans des récoltes de bois en progression, l’augmentation des sécheresses, des phénomènes météo extrêmes et des incendies qui affectent les arbres, ou encore l’artificialisation des sols.

Le document regrette des politiques publiques encore trop peu alignées sur les objectifs climatiques. Il salue toutefois des « progrès », « certains d’ordre structurel », dans les secteurs du bâtiment, de l’industrie et de la transformation d’énergie. En revanche, les émissions des transports, premier secteur émetteur (31%), stagnent, et le secteur agricole voit ses émissions diminuer lentement.

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Le HCC estime également que le plan de relance post-pandémie « est bien positionné à l’échelle mondiale », avec un tiers de la somme (28 milliards d’euros) destiné à la baisse des émissions, mais appelle toutefois à pérenniser ces financements pour contribuer aux changements structurels vers une économie bas-carbone. Pour accélérer cette transition, il suggère certaines mesures comme avancer la date d’arrêt de vente des véhicules thermiques à 2030, la sortie des énergies fossiles pour le chauffage des bâtiments ou la fin des exemptions de taxes sur le fioul, notamment à usage agricole.

Miser tout de suite sur l’adaptation

Le rapport appelle à miser dès maintenant sur l’adaptation. Un important chapitre y est consacré. « Il faut être proactif dans notre adaptation au changement climatique, conseille Corinne Le Quéré, présidente du HCC. Notre plan d’adaptation (PNACC) doit se transformer en stratégie nationale avec des objectifs quantifiés et des délais précis », estime-t-elle. L’adaptation au changement climatique ne peut plus se réduire à des réponses ponctuelles et réactives écrivent les rapporteurs, mais doit devenir « transformationnelle et proactive », pour anticiper sur la poursuite des conséquences du changement climatique « qui sort des plages de variabilité naturelle » et dont les effets sont déjà visibles. Le changement climatique se caractérise par des modi­fications de l’intensité et de la fréquence des extrêmes météorologiques et climatiques, mais également de la récurrence d’événements d’intensité moyenne, de leur date d’apparition, de leur localisation et de leurs interactions. Ces tendances, préviennent les rapporteurs, vont se poursuivre en fonction du niveau de réchauffement.

Il est donc « indispensable de se doter d’outils robustes et fiables pour identifier et mesurer les impacts du changement climatique et permettre le développement de services climatiques coordonnés ».  L’analyse des risques demande ainsi de « regarder les évolutions les plus notables dans la distribution des processus hydro-climatiques ». Elles doivent être mises en regard de l’occupation des sols, notamment les littoraux, des vallées fluviales ou des montagnes. Les rapporteurs rappellent que le réchauffement climatique aura des impacts sur les conditions de vie et de travail, la santé, le niveau de vie ou le bien-être. « Il se traduira pour les surfaces terrestres par une dégradation en quantité ou en qualité des ressources en eau et en biodiversité. Il affectera également les biens et les infrastructures. Il pèsera enfin­ sur la stabilité fi­nancière avec la perte de valeur de certains actifs, par exemple en agriculture ".

Pour le HCC, « adaptation et atténuation sont toutes deux indispensables et complémentaires ». Il n’est pas possible de continuer à émettre des gaz à effet de serre en pensant qu’il sera possible de s’adapter à n’importe quel niveau de changement climatique. Les synergies entre atténuation et adaptation sont nombreuses, même si elles ne sont pas systématiques. Leurs interactions doivent être anticipées et optimisées.

Les rapporteurs estiment nécessaire de considérer les liens entre inégalités socioéconomiques et territoriales et vulnérabilité différentielle aux aléas. Il faut, écrivent-ils « arbitrer entre indemnisation et non-indemnisation et poser la question de la responsabilité fi­nancière de ceux qui se sont exposés aux risques en pleine conscience, alors même que tous les dommages ne sont pas indemnisables ». Autant de questions qui n’ont pas été abordées dans le projet de loi climat et résilience.

Le HCC demande donc la mise en œuvre d’une stratégie nationale d’adaptation au changement climatique « dotée d’objectifs quantifiés et de délais précis, en identifiant des secteurs prioritaires avec l’ensemble des parties prenantes et des territoires ". 

Pour nos confrères d’Actu-environnement, l’ONG Greenpeace fait une lecture très sombre du rapport du HCC : « Comme dans ses précédentes publications, le HCC souligne ce que le Gouvernement et Emmanuel Macron sont les derniers à faire semblant d’ignorer : leur inaction pèse lourdement sur la trajectoire climatique de la France », juge l’association. « À la lecture de ce rapport, l’attentisme caractéristique de ce quinquennat devient frappant. L’affaiblissement du second budget carbone, qui fixe les plafonds d’émissions à ne pas dépasser pour la période 2019-2023, combiné au rehaussement de l’objectif européen pour 2030, prépare un cocktail explosif pour le prochain exécutif », estime Clément Sénéchal, chargé de campagne climat pour Greenpeace France.

Il y a fort à parier que ce rapport du HCC pèsera lourd dans les prochaines échéances électorales en servant de bilan des politiques climatiques d’un gouvernement empêtré, par surcroît, dans un calendrier judiciaire qui ne lui est pas favorable : les décisions du Conseil d’Etat et du tribunal administratif de Paris, jugeant l’Etat pour « inaction climatique » et « carence fautive », sont attendues de façon imminente.  

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