Lignes de vies – une exposition de légendes

arts et cultures
Le Musée d’art contemporain du Val-de-Marne (MAC VAL) propose une exposition collective du 30 mars au 25 août 2019 réunissant les gestes d’artistes de générations et de pratiques différentes, allant de la photographie à la vidéo, en passant par la peinture, l’installation, la performance ou encore l’écriture. « Lignes de vies – une exposition de légendes » s’attache à questionner les modalités et instances de construction de l’identité, ou plus précisément, des identités.
 
Toutes les œuvres données à voir dans le vaste espace d’exposition déconstruisent, analysent, critiquent ou interrogent les phénomènes et les processus qui façonnent et légitiment l’identité/les identités. Loin d’un geste narcissique ou autocentré, à travers elles les artistes reconstruisent et proposent, plus que de nouvelles identités, des identités choisies.
Frank Lamy, commissaire de l’exposition, chargé des expositions temporaires du MAC VAL »
 
Pour « Lignes de vies – une exposition de légendes », c’est vers des territoires plus intimes et personnels que l’on se tourne. En effet, les œuvres (au masculin comme au féminin) réuni-e-s dans l’exposition, font de l’autobiographie et de la biographie une matière première, plastique, générant une réflexion autour des identités, de la mise en scène et de la construction de soi. Il s’agit d’interroger les relations entre l’art et la vie, et à terme, de questionner l’effectivité de l’art, son inscription dans le réel, au travers de postures artistiques diverses qui, toutes, mettent en œuvre (entre illustration et activation) la dissolution de cette supposée frontière.
 
Simon Faithfull, 0º00 Navigation Part I: A Journey Across England, 2009.  Vidéo et super8 transférés sur DVD, 51 min. Courtesy galerie Polaris.

 
Considérant que l’identité est une fiction qui se performe, un récit multiple et fragmenté, se raconter, faire de sa biographie – de sa geste – une matière première est donc un acte de déconstruction, d’affirmation, d’« empuissancement », de révolution moléculaire. Un geste politique de reprise en main de la narration de sa propre légende.
Le moi est une « fiction politique » (Paul B. Preciado entre autres), un « puzzle social » qui vient « tenir lieu d’identité aussi bariolé qu’est inexistante l’imaginaire unité qui en serait le socle » (Clément Rosset), une légende.
Suivant le parallèle entre personne et personnage romanesque établi par Clément Rosset, il est possible d’affirmer que le moi « ne constitue pas l’unité d’une identité personnelle mais l’agrégat de qualités qui lui sont reconnues ou pas au hasard de l’humeur de son entourage. » (Loin de moi, Minuit, 1999, p. 88). Ou, pour le dire autrement : « Le jetire toute sa substance du tuqui la lui alloue.e », Op. cit, p. 50.
 
Abraham Poincheval, Ours, 2014.  Matériaux mixtes, 160 x 220 x 110 cm.  © Musée de la chasse et de la nature.  Courtesy Semiose galerie, Paris.  
Photo © S. Lloyd. © Adagp, Paris 2019.

Moi, une légende ?

Les œuvres réunies dans cette exposition déconstruisent, analysent, critiquent, mettent en questions les phénomènes, les processus, les instances de construction et de légitimation de l’identité/des identités. Loin d’un geste narcissique, autocentré, ces artistes et ces œuvres reconstruisent et proposent non pas tant de nouvelles identités que des identités choisies.
Le Sujet, le capitalisme, l’autoportrait se développent historiquement en parallèle et constituent autant d’éléments d’un système de domination et de contrôle global. Déconstruire l’autoportrait, la représentation de soi, participe peut-être d’une entreprise de lutte généralisée. Écrire (quels que soient les moyens choisis de cette écriture) son autobiographie revient très certainement, et par essence, à écrire sa propre vie, à l’inventer. Autoportraits, journaux intimes, mémoires, cartographies émotionnelles, bio art et modifications corporelles, art d’attitude, autofictions, mise en scène de soi, infiltration des systèmes de représentation (T.V., cinéma, YouTube, Facebook, littérature…) et de légitimation (auteur, état civil…) autant de fictions multiples mises en actes par les artistes, autant d’outils. Cette réflexion s’inscrit dans une mise en perspective critique du narcissisme et de l’exhibitionnisme contemporain, mais également la promesse de réalisation de soi par la consommation exaltée par les forces marketing. Il s’agit ici non pas tant de se représenter que de se construire, de s’inventer, de choisir, de refuser les assignations.
 
Cécile Paris, 3977, 2019.  Pièce unique constituée d’un ensemble de cahiers écris et cousus, 21 X 13 cm, épaisseur 7 cm.  © Cécile Paris.
© Adagp, Paris 2019.

 
Quelle place laisser à la famille, à l’Histoire, à la transmission, à l’héritage ? Au nom propre ? Aux relations avec le vivant, avec le cosmos ? Qu’est-ce qu’une vie ? Un événement ? Quid de la destinée ? Quels rôles performer ? Quels masques adopter ? Comment faire avec les autres, le genre, l’économie, le souvenir, le temps qui passe, les identités fluides, multiples, mouvantes, le morcellement, le travestissement, l’hybridation, la mise en scène, les masques, les personnages… ?
 

Des œuvres situées entre le je et le jeu

Au cœur de la salle d’exposition se déploie un espace de lecture. Y sont rassemblés des livres de diverses natures (catalogues, livres d’artistes, romans, ouvrages théoriques…) ayant tous en commun d’être écrits à la première personne du singulier par des artistes plasticiens. Ce cabinet de lecture pointe l’origine et la dynamique littéraire de ce projet qui propose aux visiteurs et visiteuses un temps suspendu.
 
Tout au long de l’exposition, en partenariat avec Synesthésie ¬ MMAINTENANT, est également activé le projet HERstory initié par Julie Crenn et Pascal Lièvre. Véritable collecte de paroles féministes et activistes et archive en mouvement, ce protocole invite des personnalités à témoigner devant la caméra et en public (les 6 et 7 avril, 4 et 5 mai, 1er et 2 juin, 7 et 8 juillet au MAC VAL, du 13 au 17 mai à Synesthésie ¬ MMAINTENANT).
 
Pour prolonger cette exploration, une publication accompagne le projet. Réunissant une dizaine de prises de paroles à la première personne du singulier, elle ouvre les perspectives vers la recherche, le cinéma, le post-féminisme, la pop, la littérature ou encore l’histoire de l’art avec des textes de Noémie Aulombard, Érik Bullot, Julie Crenn et Pascal Lièvre, Éric Fassin, Agnès Gayraud, Yannick Haenel, Sophie Orlando, Philippe Vasset…
 
Tout ceci doit être considéré comme dit par un personnage de roman – Roland Barthes par Roland Barthes, Seuil, 1975 »
 
Commissariat : Frank Lamy, assisté de Julien Blanpied et Ninon Duhamel
 

« Lignes de vies – une exposition de légendes » du 30 mars au 25 aout 2019 – Musée d’art contemporain du Val-de-Marne – Place de la Libération – 94400 – Vitry-sur-Seine
 
Photo d’entête : Edi Dubien, À 6h du matin l’hiver, 2017.  Acrylique sur toile, 162 x 130 cm. Photo © Edi Dubien. © Adagp, Paris 2019.
 

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