Changement climatique : six Français sur dix vivent dans un environnement à risques

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Inondations, submersions marines, tempêtes, mouvements de terrain, érosion côtière, feux de forêt, vagues de chaleur, avalanches, séismes, … la liste continue de s’allonger mais surtout de se répéter, entraînant de plus en plus de risques pour les populations. Et – on vient de l’apprendre – six Français sur dix sont déjà concernés. Le Commissariat général au développement durable vient en effet de publier une étude révélant que, même si « la mortalité liée aux risques naturels majeurs d’origine climatique est modeste en France », le nombre de personnes vivant dans un environnement à risque, lui, s’aggrave.

Evidemment, tout va dépendre du lieu où l’on vit.
Avec ses grandes façades et territoires maritimes, ses 883 communes en bord de mer, lagunes ou étangs salés et 87 situées sur des estuaires ou deltas, ses 20 000 kilomètres de littoral et ses 620 000 kilomètres de rivières pour l’hexagone et ses territoires (1), la France est particulièrement surexposée aux subversions marines et inondations.
22 % des zones côtières sont également soumises à un phénomène d’érosion et aucune région côtière française n’est épargnée par le phénomène de recul du trait de côte. C’est donc 650 km de littoral en recul, dont 270 km à une vitesse moyenne de 50 cm par an (17 % des côtes artificialisées en France métropolitaine et 12 % dans les régions et territoires d’outre-mer).
La densité de population sur les côtes est actuellement 2,5 fois plus élevée que la moyenne nationale, avec une tendance d’évolution prévue à la hausse.

La France est aussi le quatrième pays européen le plus boisé avec 16,9 millions d’hectares de forêt sur son territoire métropolitain. L’importance de ses surfaces boisées la rend vulnérable au risque incendie de forêt, notamment en période estivale. Les régions du Sud-Ouest avec le massif aquitain (Nouvelle-Aquitaine) et du Sud-Est avec ses forêts méditerranéennes (Auvergne-Rhône-Alpes, Corse, Occitanie, Provence-Alpes-Côte d’Azur) sont les régions les plus exposées à ce risque. Près de deux communes sur dix (19 %) sont exposées au risque incendie, à savoir les feux de forêt.

Une extrême diversité des caractéristiques climatiques et géomorphologiques du pays sous-tend donc l’exposition de ses territoires, sans oublier les sols argileux propices au retrait-gonflement d’argiles (Sud-Ouest, Centre), cyclones tropicaux (Antilles), etc.

D’après le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), « avec le changement climatique, certains événements extrêmes météorologiques peuvent devenir plus fréquents, plus répandus ou plus intenses ». Le GIEC considère également que la nature et la gravité des impacts de ces événements sont notamment corrélées à la vulnérabilité ou à la sensibilité et à la capacité d’adaptation des populations.

Quelles sont les communes les plus exposées ?

Sources : MTES, Gaspar, 2017 ; Insee, RP, 2014 ; © IGN, BD Carto®, 2016. Traitements : SDES, 2019

Le niveau d’exposition des populations, défini comme étant d’autant plus fort que la densité de population et que le nombre de risques climatiques identifiés par commune s’avèrent élevés, présente de fortes disparités territoriales, selon la carte 1 présentée ci-contre.
Sur la base de ce critère, il ressort que 3 % des communes françaises sont très fortement exposées, 12,5 % fortement, 11,5 % moyennement, 20 % faiblement et 33 % très faiblement. Un cinquième des communes ne sont pas exposées actuellement à des risques climatiques.

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L’indice d’exposition des personnes se décline selon ces mêmes classes : très fort (15 % de la population), fort (47 %), moyen (6,5 %), faible (20 %), très faible (6 %), nulle (5,5 %). Les risques climatiques concernent plus de six Français sur dix. Ils se concentrent sur environ 15 % de la surface du territoire ou 15 % des communes.

Pourquoi ? La localisation des populations dans des territoires à enjeux s’explique notamment par une implantation historique des villes le long des cours d’eau, utilisés alors comme voies de transport et renforcée depuis. Ce constat vaut également pour les territoires littoraux, confrontés à une urbanisation toujours croissante, en lien avec la pression touristique.

Les 28 657 communes exposées aux risques naturels de type climatique peuvent être classées en six catégories de territoires (carte 2 ci-contre), homogènes en termes d’exposition aux risques climatiques :

Vulnérabilité aux inondations et mouvements de terrain 
Cette catégorie rassemble deux tiers de la population française (soit 44 millions d’habitants) et près de la moitié des communes françaises (soit 17527). Toutes sont exposées à l’aléa inondation et les mouvements de terrain concernent de surcroît 61 % d’entre elles. Ces territoires sont confrontés aux inondations par débordement de cours d’eau, à savoir les abords des cinq grands fleuves (Garonne, Loire, Rhin, Rhône, Seine) et de leurs affluents, ou aux submersions marines comme les littoraux de la Charente-Maritime aux Hauts-de-France.

Sept communes de Guyane, traversées par de grands fleuves à l’est, à l’ouest et au sud dans le parc amazonien, figurent également dans cet ensemble. Les communes urbaines et périurbaines, ainsi que des communes rurales proches des villes sont surreprésentées dans cette catégorie. Ces territoires comptent environ 1,3 fois plus d’habitants et de zones artificialisées que la moyenne nationale. A contrario, les résidences secondaires y sont sous-représentées. Globalement, ces territoires concentrent en moyenne plus de population, d’habitations ou d’équipements : équipements d’enseignement ou de santé (1,4 fois plus), installations sportives ou maisons individuelles (1,2 fois plus). Ces dernières sont particulièrement vulnérables au retrait-gonflement d’argiles, notamment dans les plaines de Scarpe-Escaut au Nord et dans les formations argileuses du Sud-Ouest.

L’ensemble de ces territoires gagne également des habitants en raison d’un solde naturel positif, équivalent à 1,5 fois la moyenne française. La vitalité dont bénéficient ces zones peut être de nature à accentuer leur vulnérabilité aux inondations ou à fragiliser leur résilience face à un événement extrême. Ces territoires se caractérisent par une part de la population située en zone potentiellement inondable (par des débordements de cours d’eau ou des submersions marines) 1,5 fois plus importante que la moyenne nationale. Il en va de même pour les bâtiments, notamment ceux sans étage, même si l’ampleur est plus faible. Ceci révèle la vulnérabilité des populations ne pouvant se réfugier aux niveaux supérieurs lors d’une inondation extrême.

Vulnérabilité aux mouvements de terrain et feux de forêt
Cette classe regroupe environ 6 % de la population et 16 % des communes françaises localisées dans des espaces ruraux caractérisés par un solde naturel et migratoire négatif. Majoritairement exposées aux mouvements de terrain, un quart d’entre elles sont également concernées par les feux de forêt.
Deux fois moins artificialisés qu’en moyenne, ces territoires comptent également 2,6 fois moins de population. Ces communes concentrent deux à quatre fois moins de biens (habitations, industrie, équipements sportifs, d’enseignements ou de santé) que la moyenne nationale.

Vulnérabilité aux feux de forêts, inondations et mouvements de terrain
Ce groupe rassemble 13 millions d’habitants (soit 18 % de la population) et 14 % des communes françaises. Ces dernières, vulnérables à la fois aux incendies et aux inondations, se situent essentiellement dans les grands massifs forestiers du Sud-Est (littoral languedocien des Pyrénées orientales aux Cévennes, Corse, Vercors, Lubéron, Dauphiné, les massifs d’Esterel et des Maures) et dans le nord de la Guyane. De manière plus diffuse, les massifs forestiers du Sud-Ouest (contreforts pyrénéens, Landes, Périgord) et du Nord-Ouest (Paimpont, Sologne) sont également concernés.
Les mouvements de terrain affectent aussi près de trois quarts des communes de ce groupe. Avec quatre fois plus de milieux à végétation arbustive et/ou herbacée et le double de forêts par rapport à la moyenne française, la surreprésentation des espaces forestiers dans ces territoires entraîne de facto une forte vulnérabilité aux feux de forêts. De même, les bâtiments, la population et les établissements employeurs plus élevés qu’en moyenne dans les zones inondables accentuent la vulnérabilité de ces communes aux inondations. L’emprise des bâtiments sans étage dans les zones d’inondation potentielle extrême par débordement de cours d’eau ou submersion marine est respectivement 1,7 fois et 2,3 fois supérieure à la moyenne française.

Les zones d’inondation par débordement de cours d’eau comptent aussi près de deux fois plus d’établissements employeurs et 1,6 fois plus d’habitants. La population de ces territoires diminue par le solde naturel et dans une moindre mesure par le solde migratoire. Ces territoires ruraux orientés vers une économie touristique comptent en revanche 2,7 fois plus de résidences secondaires et 1,4 fois plus d’équipements sportifs que la moyenne nationale. Les équipements liés aux services, à la santé ou au tourisme y sont également plus nombreux. La surreprésentation des communes déclarées à risque technologique expose une part importante d’entre elles en cas de survenue d’événements climatiques extrêmes : rupture de barrage (22 % des communes), risque industriel (7 %).

Vulnérabilité aux avalanches
Cette classe regroupe 611 communes de haute montagne, concernées par les avalanches, soit 2 % des communes. Plus de 90 % d’entre elles sont également exposées, soit aux inondations, soit aux mouvements de terrain et 75 % d’entre elles aux feux de forêt. Situées pour les trois quarts en zone rurale et très éloignées des services (Alpes, Pyrénées), ces communes comptent deux fois moins d’emplois agricoles que la moyenne.

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Axées sur l’économie touristique, on y dénombre ainsi 6,7 fois plus de résidences secondaires et 2,7 fois plus d’équipements touristiques que la moyenne métropolitaine. La surreprésentation des milieux forestiers explique la prédisposition de cette classe de communes aux feux de forêt : milieux à végétation arbustive et/ou herbacée (10 fois), forêts (3,3 fois). 21 % de ces communes sont également exposées au risque « rupture de barrage », contre 13 % en France.

Vulnérabilité aux ouragans
Les départements ultramarins (hors Guyane) se trouvent concernés par les ouragans (cyclones tropicaux) sur l’ensemble de leur territoire. En septembre 2017, les vents de plus de 300 km/h de l’ouragan Irma (catégorie 5 sur l’échelle de Saffir-Simpson) sont à l’origine de 11 morts, 450 blessés et de lourds dégâts matériels dans les Antilles.

Les communes de cette classe sont également exposées aux mouvements de terrain et aux inondations et, dans une moindre mesure, aux feux de forêt. Si ce groupe concerne moins de 3 % de la population, les grands pôles en croissance portée par l’excédent naturel y prédominent. Ces communes comptent en moyenne sept fois plus de surfaces artificialisées et dix fois plus d’habitants et de maisons que la moyenne nationale.
Les submersions marines menacent les territoires littoraux de ce groupe. L’emprise des bâtiments, totale ou sans étage, et la population vivant dans ces zones potentiellement inondables, valent respectivement 14, 17 et 20 fois les moyennes françaises.

 

Sur l’ensemble de ces territoires où les populations sont en risque, seuls 3,6 millions d’habitants habitent des territoires peu vulnérables, représentant un cinquième des communes françaises. Situées dans des espaces ruraux avec une population en baisse en raison d’un solde migratoire négatif, les habitations et les équipements y sont systématiquement moins nombreux. Ces communes ont près de quatre fois moins d’habitants en moyenne et le nombre de maisons et la surface des zones artificialisées y sont 2,5 fois plus faibles.

Pour conclure, l’étude démontre donc que « l’ampleur des risques encourus dans ces six types de territoires est tributaire des choix réalisés en matière de développement et d’aménagement, notamment au niveau local, au regard de la vulnérabilité de ces zones et des enjeux exposés […] ».
Il suffit pour s’en convaincre de se rappeler l’année 2004 où, pour la première fois, le prix Nobel de la Paix était attribué à la militante écologiste kenyane Wangari Maathai. Remettant le prix, Ole Danbolt Mjoes, dirigeant du comité Nobel norvégien de 2003 à 2008, prononçait une phrase qui posait les jalons d’une nouvelle conception de notre rapport à l’environnement et notre sécurité : « La paix sur la terre dépend de notre capacité à préserver notre environnement. » Ce n’était que le début d’une prise de conscience qui va en s’amplifiant.

 

 

 

 

(1) Source : Ministère de la Transition écologique

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