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Masques chirurgicaux : chronique d’une menace écologique annoncée

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Le rejet d’un nombre monstrueux de masques chirurgicaux en matières plastiques dans l’environnement conduit à un phénomène de pollution visuelle, biologique et chimique sans précédent à l’échelle mondiale, dans tous les écosystèmes. C’est dans les milieux marins que l’impact des microplastiques risque d’être le plus néfaste. Une équipe de chercheurs bénévoles, de l’Institut Jacques Monod – Université Paris Diderot, a conduit des analyses qui permettraient de réduire l’impact de pollution de ces masques à usage unique, selon une méthode particulièrement simple. Explications.

Oui, pendant l’épidémie de COVID, contre toute pensée dominante, on peut réutiliser un masque chirurgical : entre deux utilisations, il suffit de le stocker une semaine dans une enveloppe en papier, le temps que les coronavirus éventuellement présents sur le masque soient pratiquement tous inactivés. Ce « recyclage » des masques réduit la pollution et les dépenses inutiles pendant la pandémie COVID-19. Car 90 millions de masques par mois sont nécessaires aux soignants pour contrôler l’épidémie de COVID 19, selon les estimations de l’OMS (mars 2020). Cette estimation ne tient pas compte de l’usage des masques par la population générale.

Pourquoi réutiliser les masques chirurgicaux ?

Ces masques sont fabriqués à partir de polypropylène, un dérivé du pétrole, des nanofibres de plastique non biodégradable, qui met plusieurs centaines d’années à se dégrader. Dans tous les pays du monde, on retrouve ces masques dans les poubelles, les rues et les jardins, les rivières et les océans. Ces masques sont très laids, dangereux pour les animaux qui les ingèrent, et finissent sous forme de microplastiques, une énorme pollution dont les dangers pour l’environnement sont encore mal connus. Si chaque personne en France utilise un masque à usage unique par jour pendant un an, cela crée environ 100 000 tonnes de déchets plastiques non recyclables en un an. Un groupe de travail de l’University College London a estimé que la demande actuelle pour le Royaume-Uni est de 24,7 milliards de masques par an. Si chaque personne au Royaume-Uni utilise un masque à usage unique par jour pendant un an, cela créera 123 000 tonnes de déchets plastiques non recyclables.

Réutiliser ces masques permet moins d’utilisation de pétrole, nécessaire à la production du polypropylène des masques ; moins de dépenses : une boite de 50 masques suffit pour 2-3 personnes pendant un an ; moins d’achats extérieurs au pays, la majorité des masques venant d’Asie ; et enfin, moins de risques de contamination par les masques usagés, souvent jetés dehors.

Pourquoi ce « recyclage » n’est-il pas recommandé officiellement ?

Ces masques chirurgicaux ont été conçus dans les années 1960 pour un usage unique en milieu hospitalier, dans des conditions d’asepsie rigoureuse. Chirurgiens et infirmières en portent pour éviter de contaminer le champ opératoire, et ne pas infecter de leur salive le patient sur la table d’opération. Les masques étaient stériles, on les jetait après chaque opération. C’est avec la pandémie de COVID-19 (pénurie de masques au début, puis consommation massive de masques chirurgicaux par le grand public) que la question de leur réutilisation est devenue majeure. Néanmoins, les gouvernements et les instances de santé peuvent craindre l’utilisation de masques contaminés, et les échanges entre utilisateurs. Par ailleurs, les fabricants et les revendeurs ont intérêt à vendre le plus de masques possible.

Quelles sont les données montrant que cette méthode est efficace ?

La méthode proposée est efficace, mais pas absolument : elle ne nettoie pas les masques sales et ne les stérilise pas, et en cas de contamination massive par le coronavirus, quelques virus peuvent subsister.

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A température ambiante, les coronavirus perdent peu à peu leur pouvoir infectant. Sur du plastique ordinaire ce virus ne survit que quatre jours. Sur un masque contaminé expérimentalement par une forte charge virale, 99,9% des coronavirus SARS-CoV-2 sont inactifs au bout de 7 jours. Une étude unique, publiée dans The Lancet en mai 2020, sur laquelle repose la méthode proposée, montre qu’au septième jour on peut encore extraire 0,1% des virus de départ par lavage des fibres de la face avant du masque proposée : Elle montre précisément que sept jours après le dépôt de cinq-cent-mille virus sur un masque, le virus est indétectable sur la couche intérieure (côté bouche). Par contre, en lavant la couche externe à l’avant du masque on retrouve 0,1% des virus. Sur du papier, plus aucun virus n’est détectable trois heures après le dépôt des coronavirus. Enfin, cette étude montre que le virus ne survit pas deux jours à 37°C et pas 30 minutes à 56°C.

Les chercheurs pensent, cependant, que sur un masque faiblement contaminé il ne restera pratiquement aucun virus après 7 jours, et que s’il en reste ils sont fortement liés aux fibres du masque par attraction électrostatique, et que les particules de la face avant du masque ne peuvent pas le traverser et donc pas être aspirées par le porteur du masque. Ce raisonnement est logique, et basé sur des données scientifiques, mais il ne garantit pas l’efficacité absolue de la méthode proposée, qui n’a d’ailleurs jamais été testée rigoureusement avec des volontaires.

Comment faire en pratique, concrètement ?

Nous ne parlons ici que de la méthode des enveloppes, qui est la plus simple et la plus pratique. Les membres de l’équipe de chercheurs l’utilisent depuis plusieurs mois. Pour les autres méthodes (chaleur sèche, vapeur, désinfectant), voir la question « Peut-on-réutiliser-un-masque ? »

  • Après usage, il suffit de ranger le masque dans une enveloppe en papier, puis d’attendre une semaine avant de le réutiliser.
  • Ne réutiliser que des masques intacts : ni tache, ni trou, ni déchirure, des élastiques intacts, une barrette de nez correcte
  • Se laver les mains après avoir rangé le masque.
  • Choisir des enveloppes en papier absorbant plutôt qu’en papier glacé (enveloppes brunes, ou blanches ordinaires).
  • Écrire la date sur l’enveloppe, pour ne pas la reprendre trop vite, et garder une trace du nombre d’utilisation de chaque masque.
  • Laissez le masque dans l’enveloppe au moins 7 jours avant de le reprendre.
  • Faire une pile en plaçant toujours sous la pile l’enveloppe du dernier masque utilisé, et en utilisant les masques décontaminés au-dessus de la pile.
  • On peut accélérer la décontamination en exposant les enveloppes et les masques à une température supérieure à 25°C, car plus il fait chaud, plus le virus est tué rapidement. Sur un radiateur ou dans un dossier noir placé au soleil derrière une vitre, 3-4 jours suffiront, et dans un four à 70°C, il suffira d’une heure.

Pourquoi stocker les masques dans une enveloppe en papier et pas en plastique ?

  • Le papier se décontamine vite. En 30 minutes, 99% des virus ont disparu du papier, et aucun ne subsiste après trois heures. Sur du plastique, les virus persistent 4 jours.
  • Le papier absorbe l’humidité et accélère le séchage du masque.
  • La rigidité de l’enveloppe permet de défroisser le masque, empêchant ainsi les plis, la rupture des fibres et l’apparition de petits trous et déchirures.
  • Le stockage des masques à plat en pile est commode quand on tourne sur plus de sept masques. C’est le cas quand on utilise plusieurs masques par jour : portés moins longtemps, il s’humidifient moins.

Combien de fois peut-on réutiliser un masque ?

Le pouvoir de filtration des masques chirurgicaux ne change pas après avoir été portés (s’ils ne se mouillent pas), ni après avoir été stockés au sec à température ambiante, car la filtration repose sur le maillage des fibres et sur ses propriétés électrostatiques. Par contre, le lavage du masque chirurgical ou sa désinfection à l’alcool réduisent beaucoup sa capacité de filtration, en annulant les propriétés électrostatiques. De même, un chauffage trop fort ou trop long dégrade le masque, qui résiste cependant bien à 70°C pendant une heure.

Donc, si l’on est soigneux, et que le masque ne reçoit pas de projections, on peut garder le masque très longtemps, et le recycler au moins 20 ou 30 fois, ce qui permet plus de six mois d’utilisation. Mais on peut choisir de renouveler plus souvent ses masques.

En conclusion, cette méthode efficace et économique est assez simple pour être utilisée en pratique pendant longtemps. Elle n’est pas risquée, car c’est toujours la même personne qui utilisera les masques recyclés, ce qui annule le risque de transmettre des germes autres que les coronavirus.

Elle n’est pas idéale, puisqu’elle ne garantit pas la désinfection totale des masques, mais elle est meilleure que ce que font beaucoup de gens qui utilisent leur masque en tissu comme on utilisait son mouchoir de coton : plié dans la poche du vêtement, parfois humide, sorti et rangé de nombreuses fois sans se laver les mains, et lavé uniquement quand il est visiblement trop sale pour être porté.

Mises en garde

Dans les cas où vous pensez que votre masque est très contaminé (unité de soins intensifs, conversation avec un malade ou un contact, grand rassemblement, salissure visible), il est préférable de jeter le masque. En effet, si la contamination de départ est massive, les particules virales ne sont peut-être pas toutes inactivées en 7 jours.

Dans les cas où votre masque a été mouillé, il faut le faire sécher avec soin, à l’air libre ou dans une enveloppe poreuse (en papier buvard), mais pas sous la pile. En théorie, un masque mouillé peut permettre le développement de germes dangereux pour un porteur immunodéprimé (par exemple un Aspergillus). Après séchage, le masque aura perdu une partie de son pouvoir filtrant, mais il restera plus efficace qu’un masque en tissu.

Ne pas stocker le masque au froid : le coronavirus se conserve longtemps à 4°C, et plus encore à -18°C dans le congélateur.

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Source : Virginie Courtier-Orgogozo – Institut Jacques Monod – CNRS UMR7592 – Université Paris Diderot

3 Commentaires
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cjcitoyen@gmail.com
19 jours

Mais comment se fait-il donc que les humains soient si mal élevés qu’ils jettent tout un tas de cochonneries dans la nature et maintenant y compris les masques ? Ce n’est pas une nouveauté et ça s’aggrave ! Dans les années 50, l’épidémie de tuberculose avait amené la société à mettre en place de bonnes pratiques et la « formation » commençait à l’école. Le constat est que tout est à refaire, car l’individualisme et la mauvaise interprétation de la formule de « la liberté individuelle » a provoqué la multiplication des comportements honteux. Un sacré boulot à faire tout en se méfiant des… Lire la suite »

gilliane l
19 jours

Un article bienvenu 8 mois après la gabegie de masques… A recommander aussi peut être, le lavage des masques à plus de 60° et test avec un briquet devant la bouche masquée. Si la flamme ne bouge pas, peu de risques que les postillons passent.

Last edited 19 jours by gilliane l
gilliane l
19 jours

PS : nul besoin de faire une machine spécialement pour le lavage de quelques masques. Dans le lavabo et dans une eau chaude pendant 20 mn devrait faire l’affaire.

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