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Plutôt nourrir – L’appel d’une éleveuse

« Plutôt nourrir, l’appel d’une éleveuse », de Clément Osé et Noémie Calais – Tana Editions, 22 septembre 2022 – 256 pages

C’est l’histoire d’une diplômée de Sciences Po devenue éleveuse de cochons noirs dans le Gers et militante, face à l’agro-business, de l’alternative du mode de vie paysan, solidaire et joyeux. Un récit sensible et politique, immersif et documenté, qui reconnecte à la réalité d’un monde agricole aux premières loges des enjeux de notre siècle.

C’est Clément, narrateur et personnage, qui raconte, avec recul, subjectivité et humour, l’histoire de Noémie, ancienne camarade d’université brillante, sociable et fonceuse. De toute la promo, c’est celle qui a pris le virage le plus serré, passant d’une carrière internationale dans un bureau londonien à un élevage de cochons dans une petite commune rurale du Gers. Ce changement de mode de vie, elle le doit à des problèmes de santé qui sont aussi à la racine de son engagement écologique.

 

Devenir paysanne est un combat contre l’hiver, les défis physiques et techniques, les craquages émotionnels. Mais Noémie est déterminée, persévérante et portée par le collectif paysan qu’elle a intégré autant que par les moments de grâce, l’indépendance et la liberté que lui procure son métier.
Le modèle d’élevage qu’elle a choisi, de petite taille, extensif, biologique, en circuit court et qu’elle partage avec les autres éleveurs de l’atelier où elle découpe et transforme sa viande, est un pari difficile. Les petits paysans souffrent des pressions économiques du système industriel et des politiques qui lui sont adaptées. Pour avoir été au contact de l’élevage intensif, elle sait que ce système est une impasse écologique qui broie les hommes autant que les bêtes.

D’abord focalisé sur des questionnements écologiques, Clément comprend au fil de son immersion l’importance salutaire du lien à la vie, à la mort, à l’animal, à la terre qu’incarnent Noémie et les paysans, et qui les rapprochent de la vérité autant que d’un modèle alimentaire viable, durable et juste. Confrontés aux dérives biosécuritaires, corollaires d’une agro-industrie aveugle et cupide, les petits éleveurs vont devoir s’organiser et lutter pour défendre le plein air et le modèle paysan dont l’affaiblissement provoqué menace de rendre nos sociétés humaines encore moins résilientes. À la faveur de cette lutte, Noémie remet en cause l’idée même de produire pour se réorienter vers la vocation essentielle de l’agriculture : nourrir les gens, leurs corps et leurs âmes et nourrir la terre.

Cet ouvrage est : 

  • Une légitimité de terrain : au-delà d’un énième récit de retour à la terre, Noémie incarne la relève paysanne, qui aura besoin de bras pour continuer à nous nourrir sainement et durablement. Son histoire raisonne avec celle de beaucoup de « petits paysans », qu’elle représente.
  • Un livre à contre-courant des idées dominantes sur la viande : ce récit transcende l’opposition manichéenne entre véganisme dogmatique et élevage industrialisé et déshumanisé, en racontant la troisième voie du petit élevage extensif en plein air. Un propos qui nuance et politise le débat sur le bien-être animal et l’empreinte écologique de la viande : l’animal a son rôle à jouer dans un système de production alimentaire durable (polyculture-élevage) à l’heure du réchauffement climatique et de la raréfaction des énergies fossiles.
  • Une vision de l’intérieur de la dimension politique de l’alimentation : Noémie a ressenti dans son quotidien les pressions du système agro-industriel sur les paysans et saisi l’enjeu du type de société qui découlera des choix faits en matière d’alimentation.
  • Une narration en immersion : la voix de Clément, novice sur les questions d’élevage, permet une identification du lecteur, apporte un recul critique, de la légèreté et parfois de l’humour. Certains passages sont rédigés par Noémie, afin de plonger sans filtre le lecteur dans son quotidien, ses réflexions et ses révoltes.

Clément Osé est un auteur qui s’intéresse au monde paysan. Après avoir tenté de poursuivre une définition ennuyante et préoccupante de la réussite, ce petit bobo blanc privilégié sorti de Sciences Po part courir le monde pour réfléchir à la vie et s’installe dans une ferme collective décroissante, expérience de laquelle il tire son premier récit De la neige pour Suzanne. Il se demande toujours quoi faire face aux effondrements et il finira peut-être lui aussi paysan.

Noémie Calais est éleveuse de porcs noirs, dans le Gers. Elle a étudié à Sciences Po et suivi le chemin goudronné qui l’a menée de Paris à Hong Kong, de Hong Kong à Londres et de Londres à des problèmes de santé. Contrainte de changer d’environnement pour se rétablir, elle a embrassé le mode de vie paysan et se bat maintenant pour défendre cette alternative joyeuse à l’obscurité générale.

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