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Un pognon de dingue. Mais pour qui ?

L'argent magique de la pandémie

Un pognon de dingue. Mais pour qui ? L’argent magique de la pandémie, de Maxime Combes et Olivier Petitjean – Editions Don Quichotte (Seuil), 6 mai 2022 – 160 pages

« L’argent magique » existe, et ce sont les entreprises qui en profitent. En deux ans de pandémie, elles ont obtenu 240 milliards d’euros d’aides publiques nouvelles, qui se sont ajouté aux milliards d’euros d’aides directes ou indirectes déjà en place et, de plus, sans conditions écologiques, fiscales et sociales.

Qui sont, dès lors, les « assistés » ? Le vrai « pognon de dingue » est celui qui alimente les caisses des grands groupes, pas celui qui finance les services publics ou la protection des plus démunis.
« Vous avez besoin d’argent, je vous en donne » n’a cessé de leur dire le ministre de l’Economie Bruno Le Maire : « C’est dans ces moments de crise qu’il faut profiter de l’argent de l’Etat ». Bercy, par principe rétif à la dépense, a tourné casaque et épaissit le maquis des aides publiques au secteur privé » : on en compte plus de 2000 aujourd’hui. Mais la doctrine économique n’a pas changé : « L’Etat n’a pas vocation à diriger l’économie » a-t-il été martelé.

Avant la pandémie, les aides aux entreprises augmentaient déjà trois fois plus vite que les dépenses sociales. Distribuées sans véritables conditions, sans suivi et sans transparence, elles ne servent qu’à perpétuer les carences d’un modèle économique à bout de souffle, qui enrichit les milliardaires, détruit des emplois et dérègle le climat.

Beaucoup de droits, peu de devoir. Presque rien pour les services publics, les pauvres et précaires, mais plus de trois fois le budget de l’Education nationale, de la jeunesse et des sports pour le secteur privé. Les multinationales nourrissent le réchauffement climatique et l’effondrement de la biodiversité ? Qu’importe, ce sont elles qui seraient supposées nous sortir de ce mauvais pas.
L’ère du « quoi qu’il en coûte » inaugurée au printemps 2020 n’a donc que très peu profité à l’hôpital, à l’éducation et aux travailleurs essentiels. La pandémie aura surtout servi à consacrer la mise des finances publiques au service du secteur privé. Adieu l’État-providence pour tous, bienvenue dans le corporate welfare, l’État-providence pour les entreprises !

Maxime Combes, économiste, travaille sur la mondialisation et le réchauffement climatique et contribue au magazine en ligne Basta ! (bastamag.net). Il est l’auteur de Sortons de l’âge des fossiles ! Manifeste pour la transition (« Anthropocène », Seuil, 2015).

Olivier Petitjean, journaliste, est le cofondateur de l’Observatoire des multinationales et son coordinateur depuis 2013. Spécialiste de l’investigation sur les grandes entreprises et le lobbying, il est l’auteur du Devoir de vigilance (éd. C. L. Mayer, 2019)

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