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L’élite du capitalisme mondial commence à flipper

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D’habitude, ils se réunissent dans la très chic station de ski de Davos en Suisse dans le cadre du Forum économique mondial. La crème du capitalisme international, les grands dirigeants politiques, et une foule d’organisations échangent chaque année sur l’activité du monde. Cette année, pour cause de Covid, ils remettent à plus tard et ailleurs leur sommet. Il n’empêche qu’ils viennent de publier leur traditionnel rapport sur les risques globaux. Risque sanitaire et dangers de l’inaction climatique apparaissent en tête de leur hit-parade. Une prise de conscience amorcée depuis quelques années mais qui prend à la lumière de l’actualité pandémique, économique et climatique une intensité dramatique. Peut-être une chance de construire un monde moins insensé ?

La lecture du dernier rapport du World Economic Forum sur les risques globaux n’a rien de réjouissant. Nous en déconseillons formellement la lecture à ceux qui auraient le moral un tantinet en berne par ces temps de coronavirus. Car, aux yeux des 850 experts interrogés pour cette grande enquête annuelle, rien ne va plus. Le monde est en danger imminent.

Collision avec le réel

La mégacrise sanitaire n’arrange pas les choses et agit comme une énorme collision avec le réel. Les dirigeants du monde voient un tableau de la planète très sombre et les perspectives qu’ils tracent ont de quoi les inquiéter au plus haut point. En tête de leurs inquiétudes, les événements climatiques extrêmes, l’inaction climatique et les dommages causés par l’homme à l’environnement. En quatrième place arrive le risque de maladie infectieuse.
Dans l’évaluation des risques à fort impact, les pandémies sont toutefois placées en première position. L’expérience de la pandémie de Covid démontre, si besoin était, les conséquences catastrophiques que fait peser sur l’économie et tous les équilibres sociaux de la planète un minuscule virus. « Le coût humain et économique immédiat du Covid-19 est sévère. Il menace d’effacer plusieurs années de progrès dans la réduction de la pauvreté et d’affaiblir encore davantage la cohésion sociale et la coopération internationale, qui s’affaiblissaient déjà avant que le virus ne frappe. », écrivent les auteurs du rapport.

De nouveaux obstacles au progrès individuel et collectif résulteront probablement de la pandémie, car les dirigeants interrogés dans le cadre de cette étude observent que le monde est confronté à une perturbation soudaine des interactions sociales, à une fracture numérique croissante, à des changements brusques des marchés et du comportement des consommateurs, à la perte d’éducation et d’emplois et à des défis pour la démocratie et les relations internationales. « L’inégalité numérique », la « désillusion des jeunes » et l' »érosion de la cohésion sociale » – nouvellement incluses dans l’enquête sur la perception des risques mondiaux – ont toutes été identifiées par les répondants comme des menaces critiques à court terme.

Il n’y a pas de vaccin contre le changement climatique

Toutes les générations et tous les groupes ont été touchés par la crise écrivent les auteurs du rapport : « les populations âgées sont les plus vulnérables à la pandémie elle-même, et les jeunes sont confrontés à de nouveaux obstacles à la mobilité sociale, à des tensions sur la santé mentale, à des perspectives économiques incertaines et à la dégradation continue de la planète ».

Car le changement climatique, « contre lequel personne n’est immunisé et contre lequel le monde ne peut pas se vacciner », continue d’être « catastrophique » : « L’échec de l’action climatique » étant le risque à long terme le plus important. Les dirigeants et experts interrogés s’alarment sans détours : « le changement climatique sera soudain et cataclysmique » écrivent les auteurs d’un volet du rapport, centré sur le climat.

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Un changement soudain et cataclysmique

Le changement climatique est souvent décrit comme un réchauffement de la planète, avec l’implication de changements progressifs causés par une augmentation constante des températures ; des vagues de chaleur à la fonte des glaciers. Mais nous savons, grâce à des preuves scientifiques multidisciplinaires – provenant de la géologie, de l’anthropologie et de l’archéologie – que le changement climatique n’est pas progressif. Même à l’époque préhumaine, il est épisodique, lorsqu’il n’est pas forcé par une accélération des émissions de gaz à effet de serre et du réchauffement induits par l’homme.

Certaines parties du cycle du carbone de notre planète, c’est-à-dire la façon dont la terre et la biosphère stockent et libèrent le carbone, pourraient se déclencher soudainement en réaction à un réchauffement progressif craignent les auteurs du rapport. Il s’agit de points de basculement qui, une fois franchis, pourraient perturber fondamentalement la planète et produire un changement climatique brutal et non linéaire.

L’image du château de cartes aide à comprendre ce risque. Il suffit d’une carte mal positionnée pour que tout l’édifice s’écroule brutalement. C’est exactement ce qui risque de se passer avec le changement climatique. Si l’un des éléments constitutifs du climat global atteint un seuil critique, c’est tout le système climatique mondial qui s’effondre, brutalement.

Les experts du World Economic Forum identifient deux points de rupture pouvant mener à ce type de  situation catastrophique : l’un est le dégagement massif de méthane dans l’atmosphère ; l’autre concerne la perturbation des courants océaniques dans l’hémisphère Nord.

Le risque du méthane

On trouve du méthane sous forme d’hydrates de méthane dans les couches gelées du permafrost et au fond des océans les plus profonds. Mais l’augmentation des températures de la mer et de l’air commence à dégeler ces réserves de méthane. Ce phénomène libérerait dans l’atmosphère un puissant gaz à effet de serre, 30 fois plus puissant que le dioxyde de carbone en tant qu’agent de réchauffement climatique. Cela augmenterait considérablement les températures et nous précipiterait vers des ruptures de seuil en cascade.

Ce type d’événement pourrait accélérer la fonte des glaces des trois grandes calottes glaciaires du globe – le Groenland, l’Antarctique occidental et le bassin Wilkes en Antarctique oriental. L’effondrement potentiel de la calotte glaciaire de l’Antarctique occidental est considéré comme un point de basculement clé, car sa disparition pourrait à terme faire monter le niveau mondial des mers de 3,3 mètres avec d’importantes variations régionales.

Plus que cela, nous serions sur la voie irréversible de la fonte totale de la glace terrestre, ce qui entraînerait une hausse du niveau des mers pouvant atteindre 30 mètres. Cela s’est déjà produit, à la fin du Pléistocène, il y a environ 120 000 ans, quand les températures n’étaient que 2°C plus chaudes que celles que l’on enregistre en ce moment.

La désactivation de l’AMOC

Non contente de dévaster les basses terres et les zones côtières du monde entier, la fonte des glaces polaires pourrait déclencher un autre point de basculement : la désactivation de l’AMOC.

Ce système de circulation entraîne un flux d’eau chaude et salée vers le nord dans les couches supérieures de l’océan, des tropiques à la région nord-est de l’Atlantique, et un flux d’eau froide vers le sud dans les profondeurs de l’océan. Ce tapis roulant océanique a un effet majeur sur le climat, les cycles saisonniers et la température en Europe occidentale et septentrionale. Cela signifie que la région est plus chaude que d’autres régions de latitude similaire. Mais la fonte de la glace de la calotte glaciaire du Groenland pourrait menacer le système de l’AMOC. Elle diluerait l’eau de mer salée de l’Atlantique Nord, rendant l’eau plus légère et moins capable ou incapable de couler. Cela ralentirait le moteur qui entraîne cette circulation océanique.

Des recherches récentes suggèrent que l’AMOC s’est déjà affaibli d’environ 15% depuis le milieu du XXe siècle. Si cette tendance se poursuit, elle pourrait avoir un impact majeur sur le climat de l’hémisphère nord, mais surtout de l’Europe. Elle pourrait même entraîner l’arrêt de la culture des terres arables au Royaume-Uni ou dans certaines régions françaises, par exemple. Elle pourrait également réduire les précipitations dans le bassin amazonien, avoir un impact sur les systèmes de mousson en Asie et, en apportant des eaux chaudes dans l’océan Austral, déstabiliser davantage la glace en Antarctique et accélérer l’élévation du niveau de la mer au niveau mondial.

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Rupture de seuils imminents ?

À quel stade, et à quelle augmentation des températures mondiales, ces seuils de rupture seront-ils atteints ? Personne n’est totalement sûr. Cela peut prendre des siècles, des millénaires ou être imminent. Mais, écrivent les auteurs du rapport : « comme nous l’a appris le Covid-19, nous devons nous préparer à l’avenir. Nous étions conscients du risque de pandémie. Nous savions également que nous n’étions pas suffisamment préparés. Mais nous n’avons pas agi de manière significative. Heureusement, nous avons pu accélérer la production de vaccins pour lutter contre le Covid-19. Mais il n’existe pas de vaccin contre le changement climatique une fois que nous avons franchi ces seuils de rupture ».

Nous devons agir maintenant sur notre climat alertent les auteurs : « Agir comme si ces points de basculement étaient imminents. Et cesser de considérer le changement climatique comme une menace à long terme et à évolution lente qui nous permet d’enrayer le problème et de laisser les générations futures s’en occuper ».

Les rapporteurs appellent les dirigeants du Forum de Davos à prendre des mesures immédiates pour réduire le réchauffement climatique en respectant les engagements pris dans le cadre de l’Accord de Paris, et « renforcer la résilience en gardant ces seuils de rupture à l’esprit ». Nous devons, disent-ils, planifier dès maintenant l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre, mais nous devons également en prévoir les impacts, comme la capacité de nourrir tous les habitants de la planète, élaborer des plans pour gérer les risques d’inondation, ainsi que gérer les impacts sociaux et géopolitiques des migrations humaines qui en seront la conséquence.

« Il ne fait pas de doute que le fait que les parties prenantes s’inquiètent du destin de la planète est une bonne nouvelle », écrit ainsi Emilio Granados Franco, directeur des risques globaux et de l’agenda géopolitique du Forum économique mondial. Néanmoins, « le changement drastique et relativement rapide dans la perception des risques – de l’économie vers l’environnement – est potentiellement troublant ».

Des réponses urgentes

Dans leur conclusion, les rapporteurs observent comment la rapidité et l’ampleur des réponses politiques à la pandémie de Covid-19 ont montré ce qui est possible : les citoyens connaissent désormais le pouvoir que les dirigeants politiques peuvent exercer lorsqu’ils sont convaincus que le défi l’exige. De nombreux citoyens qui estiment n’avoir plus rien à perdre exigeront des réponses tout aussi rapides à des préoccupations profondément ressenties. Pour certains, le changement climatique exige une action immédiate ; d’autres donneront la priorité à l’emploi pour garantir aux plus vulnérables nourriture, logement et revenus ; d’autres encore exigeront un effort accru pour exploiter et gérer la technologie.

Comme pour la pandémie de Covid-19, les effets du changement climatique risquent de se faire sentir de manière disproportionnée dans les différents pays, exacerbés par les inégalités qui existent depuis longtemps. « Il n’y a qu’un court laps de temps pour corriger ces disparités » affirment les auteurs. Le passage à une production et une consommation toutes deux plus écologiques ne peut être retardé ; on ne peut plus attendre que les économies soient relancées après l’épisode pandémique. Les gouvernements – individuellement et en coordination – doivent catalyser une transformation qui associe les investissements dans une reprise économique verte et inclusive, à des mesures de court terme pour combler les écarts en matière de santé, d’éducation, de perspectives d’emploi et de filets de sécurité sociale. Un avenir fracturé par les risques climatiques et sanitaires peut être évité en comblant ces lacunes et en offrant des opportunités à chacun.

Image d’en-tête : Illustration Patrick Svensson/WEF

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gilliane l
1 mois

Excellent ! merci !

Membre
lyndaneuf***
1 mois

Et la concertation des populations c’est quand ? Le FEM est une fondation privée financée par des grands business men et multinationales qui invite chaque année à Davos quelques loups acquis à la 4 ens révolution industrielle qui est le projet greenwash pseudo humaniste mais surtout techno scientiste défendu par Schwab qui a … 82 ans ! Ne serait il pas possible de questionner cette fusion entre public et privé cad entre États et Grandes corporations privées qui tractent entre eux hors consultation citoyenne pour imposer de manière verticale et élitaire des changements de société conformes à un modèle travaillé… Lire la suite »

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