À la Fondation Dubuffet, le crépuscule de la vie de Jean Dubuffet s’embrase comme une aurore. Du 16 avril au 24 octobre 2026, l’exposition Pulsions. Jean Dubuffet, les dernières années (1974-1985) dévoile plus de 150 œuvres issues d’une décennie où, affranchi de tout cycle, l’artiste invente encore, avec la ferveur d’un débutant, de nouvelles manières de voir et de faire.
Il arrive que les dernières années d’un artiste ressemblent à un second printemps. Chez Jean Dubuffet, elles prennent la forme d’un tumulte fertile, d’une énergie qui refuse de se taire. En 1974, après avoir décidé d’interrompre le long cycle de l’Hourloupe, le peintre, alors âgé de plus de soixante-dix ans, ouvre une nouvelle traversée de sa création. Dix années durant, jusqu’en 1985, il peint, dessine, écrit, assemble, explore — comme si chaque jour devait être un terrain d’expérimentation.
Cette période tardive, foisonnante et libre, est aujourd’hui rassemblée dans l’exposition « Pulsions. Jean Dubuffet, les dernières années (1974-1985) », présentée à la Fondation Dubuffet. Plus de 150 œuvres y racontent la vitalité d’un artiste qui, au seuil de l’âge avancé, ne cesse de déplacer les frontières entre figuration et non-figuration, et d’inventer une œuvre en perpétuel mouvement.

67 x 100 cm – 23 août 1982
Les dernières flamboyances d’un créateur insatiable
Entre 1974 et 1985, Jean Dubuffet produit avec une intensité presque vertigineuse : plus de 1 500 peintures et 1 000 dessins, répartis en une vingtaine de séries. L’artiste s’éloigne de ses cycles précédents pour suivre une intuition plus libre, presque instinctive. La peinture devient territoire mouvant, traversé de formes imprévisibles, de rythmes graphiques et de couleurs qui semblent surgir comme des impulsions intérieures.
L’exposition réunit plus de 70 œuvres sur papier, plus de 60 peintures, ainsi qu’un ensemble de lithographies, sérigraphies et livres illustrés. Elle met en lumière les stratégies inventées par Dubuffet pour renouveler sans cesse son langage. Une grande partie de ces œuvres provient de la collection de la Fondation Dubuffet, enrichie à partir de 1976 par les dons réguliers de l’artiste lui-même.
Une seule pièce échappe à cet ensemble : « Pulsions », le dernier tableau peint par Dubuffet le 1er décembre 1984 — comme un point final vibrant, un ultime battement dans la longue phrase de sa peinture.
Un parcours en quatre mouvements
Le parcours de l’exposition se déploie comme une partition en quatre temps. Des portraits photographiques ponctuent l’ensemble et rappellent la présence de l’artiste : un corps qui vieillit, peut-être, mais un esprit qui demeure intensément actif.
La première séquence révèle la prolifération de son travail, l’impression d’abondance qui caractérise ces années tardives.
La seconde plonge dans les séries de peintures que Dubuffet développe en parallèle, comme autant de pistes ouvertes simultanément.
Le troisième volet est consacré aux dessins, réalisés rapidement à sa table avec des outils simples — presque ceux d’un écolier. Ces feuilles témoignent d’une pratique adaptée à sa condition physique, mais surtout d’un plaisir intact à expérimenter de nouveaux médiums.
Enfin, la dernière partie explore les méthodes d’assemblage mises au point par l’artiste pour concevoir des œuvres de grand format, véritables constructions visuelles où les éléments se combinent comme les fragments d’un puzzle imaginaire.

Peindre, écrire, penser
Si Dubuffet consacre ses journées à peindre et à dessiner, ces années sont aussi marquées par une intense activité d’écriture. Il y compose notamment deux textes devenus emblématiques : Bâtons rompus, un questionnaire singulier adressé à lui-même et au monde, et Biographie au pas de course, récit fulgurant de sa trajectoire.
L’exposition fait également entendre la voix de ceux qui ont étudié et accompagné son œuvre. Des témoignages audiovisuels réunissent historiens de l’art et commissaires d’exposition — Fabrice Hergott, Alfred Pacquement, Jean-Louis Prat, Anne Théry et Thomas Schlesser — qui éclairent la richesse de cette dernière décennie.
Une œuvre en perpétuelle métamorphose
Dans ces dernières années, Jean Dubuffet ne cherche pas à conclure son œuvre. Il la pousse au contraire vers de nouvelles bifurcations. La peinture devient champ d’expérience, les formes se transforment, les gestes s’allègent ou se précipitent.
À la Fondation Dubuffet, Pulsions révèle cette énergie intacte — comme si, au soir de sa vie, l’artiste avait découvert une nouvelle manière d’habiter le monde : en laissant la création battre encore, obstinément, au rythme de ses pulsations.
Sous le commissariat de Déborah Lehot-Couette, Directrice scientifique et des collections de la Fondation Dubuffet
Exposition « Pulsions. Jean Dubuffet, les dernières années (1974-1985) » du 16 avril au 24 octobre 2026 – Fondation Dubuffet, 137 rue de Sèvres, Paris 6e
Photo d’en-tête : Jean Dubuffet dans son atelier, Paris, 1978 © Archives Fondation Dubuffet, Paris / Photo : Kurt Wyss







