Le président du CNRS, Alain Fuchs, invite chercheurs et universitaires à soumettre au CNRS des propositions de projets de recherche en réponse aux actes terroristes survenus la semaine dernière à Paris. Cette mobilisation générale des cerveaux prend la forme d’une lettre adressée aux 115 000 membres de la communauté de l’enseignement supérieur et de la recherche.
Trois jours après les attentats de Paris, le patron du Centre national de la recherche scientifique invite ses collègues à proposer « tous les sujets pouvant relever des questions posées à nos sociétés par les attentats et leurs conséquences, et ouvrant la voie à des solutions nouvelles – sociales, techniques, numériques ». « C’est la science qui permet de mieux comprendre ce qui est réellement visé, atteint, en nous tous et au-delà dans le monde entier, par ces assassinats, et peut offrir, sinon des solutions, du moins de nouvelles voies d’analyse et d’action », écrit-il dans un courrier dont nous reproduisons une copie à la fin de cet article.
Alain Fuchs
Les propositions de recherche devront faire l’objet d’une présentation de trois à cinq pages maximum et être envoyées à l’adresse attentats-recherche[at]cnrs.com Le courrier précise que toutes les propositions seront étudiées par le laboratoire de recherche, sans préciser toutefois le nombre de projets qui seront retenus au final. Alain Fuchs précise que les projets sélectionnés selon une procédure rigoureuse mais rapide seront dotés de moyens de façon à pouvoir présenter des résultats dès 2016. Etat d’urgence oblige, même au sein de la recherche, souvent habituée à ne pas compter le temps.
Le Président du CNRS précise dans un entretien à Libération que les projets retenus pourront recevoir une dotation « de quelques milliers d’euros ».
Quel est l’accueil de cette initiative dans les milieux scientifiques ? « Mitigé » dit Libération. Certains chercheurs pointent en effet une initiative trop rapide, faite dans l’urgence et l’émotion des événements ; quand d’autres s’interrogent « sur la forme et la procédure ». D’autres soulignent l’intérêt de principe. C’est le cas du chercheur François Burgat, de l’Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman cité par Libération : «le principe même me paraît sain de mobiliser nos cerveaux plutôt que nos tripes ». Il juge utile de chercher, dans l’approche scientifique, une contribution à la société dans la crise que nous traversons.
Le syndicat SneSup FSU est le plus critique ; il juge l’initiative «extrêmement malheureuse » et rappelle que les chercheurs n’ont pas attendu les attentats pour travailler sur ces problématiques. Le modus operandi ne satisfait pas du tout le syndicat qui déclare : «On a beaucoup reproché à certains responsables politiques leur propension à légiférer dans l’urgence, de façon plus ou moins adaptée, en réaction à chaque événement tragique. La même mise en garde devrait s’appliquer a fortiori aux responsables scientifiques : une politique de recherche ne peut pas « s’improviser » à la faveur d’événements d’actualité, si dramatiques soient-ils.»
Malgré ces critiques ou réserves, le comité de sélection des projets devrait tenir sa première réunion en décembre 2015. L’objectif est « d’occuper des terrains vacants, de répondre à des interrogations qui croisent plusieurs disciplines, d’utiliser les compétences de tous », explique M. Fuchs.
Rédigée mercredi, la lettre d’Alain Fuchs aux chercheurs a déjà reçu une quarantaine de réponses. Science et Avenir révèle qu’un mathématicien a proposé ainsi d’utiliser la théorie des jeux pour aider au repérage d’individus potentiellement dangereux dans des foules. Un autre chercheur a proposé une étude sur les jeunes qui abandonnent prématurément l’école.