Le don, plus qu’une question de générosité

A l’heure où le secteur associatif s’interroge sur les moyens à mettre en oeuvre pour pérenniser son action, alors que les pouvoirs publics restructurent les leviers de générosité, et face aux principes de transparence demandés par les citoyens, l’Observatoire du Don en Confiance révèle, à travers une étude réalisée par Viavoice, que le don n’est pas qu’une affaire de générosité. Dans un contexte marqué par une montée de la défiance tant vis-à-vis des institutions que dans la sphère privée, il permet d’envisager et de comprendre les dynamiques et les motivations qui sous-tendent la générosité des Français.

Comme le souligne le philosophe Paul Ricoeur, l’économie du don « permet de s’arracher à la méconnaissance de soi et au mépris des autres, pour la promesse fragile d’un don qui n’attend pas de retour. » (1)

LIRE DANS UP’ : Recevoir, reconnaître et donner

Comme l’expliquait la journaliste Nicole van der Elst dans un papier dans UP’ en 2016, utilisé dans la vie économique pour sa fonction de redistribution des richesses au profit des plus démunis, le don, lorsqu’il est véritablement désintéressé, génère une économie qui lui est propre. Efficaces contre la violence, les échanges sociaux inspirés par l’éthique du don connaissent de nos jours un essor significatif. Ils favorisent l’émergence de compétences comme celles de la médiation, essentielles à la sauvegarde du lien entre générations et communautés dans nos démocraties. Cette conjoncture incite un nombre croissant d’entreprises à assumer avec une vigilance accrue leurs responsabilités sociales dans la cité. Néanmoins, la relation du don à la générosité est dépendant d’un facteur significatif et révélateur de notre époque : la confiance. Toute la question est là, d’après l’étude réalisée par l’organisme Don en confiance (2) avec l’appui de l’institut Viavoice et le soutien du ministère de l’éducation nationale.

Une confiance stable et des attentes fortes

Globalement et de manière significativement stable depuis plus de dix ans, les Français ont confiance dans les associations et fondations faisant appel aux dons (55 %). Celles-ci sont perçues comme des acteurs plus à même de se saisir de certains enjeux de société que les pouvoirs publics ; près d’un Français sur deux (47 %) considérant que leur action permet de compenser les failles de l’action publique.

Le manque de confiance, plus gros frein au don que le manque d’argent

La raison principale pour laquelle les Français ne donneraient pas à une association ou une fondation est le manque de confiance à l’égard de l’utilisation des fonds (62 %), ceci avant même le fait de ne pas disposer des ressources suffisantes (57 %). Ceci met en lumière que le don n’est pas uniquement lié à la générosité : la confiance en est la clé. Et quand ils n’ont pas confiance, c’est avant tout sur la destination des dons (pour 33 % de ceux n’ayant pas confiance) et sur la crainte d’arnaques et de détournements (31 %) que portent les doutes des Français.

La confiance en l’avenir, décisive pour le don

Le donateur se caractérise par une vision du monde particulière : un sentiment de confiance en l’avenir et d’intégration dans la société. A l’inverse, le non-donateur témoigne davantage de sentiments plutôt négatifs à l’égard de son avenir et de la société en général. Ainsi, donner n’apparaît pas comme une simple question de générosité : cela traduit aussi une confiance et un investissement dans la société.

Le contrôle, vecteur de confiance

La confiance se mérite et le contrôle des associations et fondations faisant appel aux dons y contribue largement. Ainsi, près de 8 Français sur 10 estiment qu’un organisme en charge du contrôle de l’action de ces organisations permettrait de limiter les abus ou les scandales et d’améliorer leurs pratiques et leur gestion. C’est le rôle du Don en Confiance depuis 30 ans, qui contrôle près de 100 associations et fondations sur des principes de transparence, de recherche d’efficacité, de probité et désintéressement, et de respect des donateurs ; une mission qui inciterait par ailleurs près de deux tiers des Français à faire davantage de dons.

Sollicitude sur mesure d’origine mystérieuse, n’entraînant ni dette ni obligation à qui la rencontre, telle une présence dans la solitude ou un feu dans l’errance… l’expérience du don a des échos dans toutes les cultures et sous toutes les latitudes (3).
Ce phénomène inspire au philosophe Jacques Derrida une hypothèse : « le vrai don serait le don de quelqu’un qui, sans raison, donne sans savoir ce qu’il donne, à quelqu’un qui ne lui devrait jamais rien, puisqu’il ne saurait pas qu’on lui a donné… un seul est don qui ne porte pas ce nom ». (4)

(1) Degoy L et Spire A, « Ricoeur en reconnaissance d’humanité » L’Humanité, 24/03/2004
(2) Label Don en confiance : 90 associations bénéficient actuellement de ce label, parmi lesquelles l’Unicef, Médecins du monde, mais aussi Amnesty International ou encore Action contre la Faim
(3) https://up-magazine.info/index.php/societe/solidarites/1600-leconomie-du-don-et-son-ethique/
(4) Cité par Maurice Godelier, « L’énigme du don » Fayard 1996

Méthodologie de l’étude : L’étude a été réalisée du 27 août au 3 septembre en ligne auprès d’un échantillon de 2 000 personnes représentatives de la population française de plus de 18 ans. Représentativité par la méthode des quotas appliquée aux critères suivants : sexe, âge, profession de l’interviewé, région et catégorie d’agglomération.

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