L’enquête PISA 2025, publiée ce 8 septembre par l’OCDE, ne raconte pas seulement une baisse du niveau scolaire, mais pose une question beaucoup plus contemporaine — que doit encore savoir faire un cerveau humain quand les machines savent produire une réponse en quelques secondes ? Et puis, mauvaise nouvelle pour ceux qui espéraient que la chute spectaculaire des résultats scolaires observée après le Covid n’était qu’un accident de parcours : elle se poursuit. L’enquête, la plus vaste jamais réalisée, montre que les adolescents des pays de l’OCDE n’ont jamais obtenu des scores aussi faibles. Elle confirme une inquiétante baisse du niveau des élèves, notamment en lecture et en mathématiques. La France n’est pas seule à décrocher : c’est une grande partie des pays de l’OCDE qui recule, mais elle reste dans la moyenne. Une façon polie de dire qu’elle descend avec les autres. Et dans cette histoire, les écrans, l’intelligence artificielle, les inégalités sociales et notre rapport collectif à l’effort commencent sérieusement à ressembler aux pièces d’un même puzzle.
PISA 2025 : la France est 27e. Faut-il sortir les mouchoirs ?
À chaque publication de PISA, c’est devenu une sorte de rituel national. On cherche fébrilement la France dans le classement, on regarde qui est devant, on s’étonne que Singapour soit encore là, puis on convoque le « niveau qui baisse », Jules Ferry et, selon les sensibilités, les méthodes de lecture, les écrans ou la disparition des dictées.
Cette fois, la France apparaît autour de la 27e place du classement général relayé par franceinfo. Pas vraiment de quoi déboucher le champagne, mais ce chiffre mérite surtout d’être replacé dans un paysage beaucoup plus préoccupant : ce n’est pas seulement la France qui patine. C’est une grande partie des pays développés qui recule.
L’enquête PISA 2025 a évalué plus de 760 000 jeunes de 15 ans dans 91 pays et économies, soit environ 33 millions d’adolescents représentés. Jamais le programme n’avait porté sur une population aussi importante. Et le constat est assez peu propice aux applaudissements : dans les pays de l’OCDE, les performances moyennes en sciences, en lecture et en mathématiques se situent désormais à leurs niveaux les plus faibles jamais enregistrés.
En France, le tableau suit à peu près cette tendance générale. Les élèves obtiennent 483 points en sciences, soit pratiquement la moyenne de l’OCDE. Mais en mathématiques et en compréhension de l’écrit, la baisse est beaucoup plus nette. En mathématiques, le score français tombe à 458 points, soit 16 points de moins qu’en 2022 et près de 30 de moins qu’en 2018. En lecture, la perte atteint 18 points depuis la précédente enquête. Les performances françaises n’avaient jamais été aussi faibles dans ces deux domaines depuis le lancement de PISA en 2000.
Autrement dit, nous sommes toujours « dans la moyenne ». Simplement, la moyenne elle-même descend.
Une année d’école envolée en dix ans
C’est sans doute l’un des chiffres les plus saisissants du rapport.
Entre 2015 et 2025, dans les pays de l’OCDE, les résultats moyens ont diminué de 28 points en lecture, soit l’équivalent d’environ une année et demie d’apprentissage, et de 22 points en mathématiques, soit un peu plus d’une année scolaire. Ce ne sont donc plus de petites oscillations statistiques. En une décennie, une quantité considérable d’acquis scolaires semble s’être évaporée.
Et la baisse ne concerne pas seulement les élèves les plus fragiles. Elle traverse largement les systèmes éducatifs. L’OCDE constate même que l’amélioration apparente de certains écarts sociaux provient parfois d’un mécanisme assez peu réjouissant : les élèves favorisés reculent eux aussi. On pourrait presque parler d’égalité par le bas.
Le phénomène est d’autant plus préoccupant que la proportion d’élèves ne maîtrisant pas les compétences fondamentales progresse fortement. Dans l’ensemble de l’OCDE, un jeune de 15 ans sur cinq présente désormais un niveau insuffisant simultanément en sciences, en mathématiques et en lecture, contre 16 % en 2022.
En France, plus d’un tiers des adolescents évalués se trouvent désormais en grande difficulté en mathématiques ou en compréhension de l’écrit.
Lire vite, comprendre moins
Le rapport contient aussi une petite bombe particulièrement adaptée à notre époque.
L’OCDE constate une progression importante de ce qu’elle appelle la « lecture hâtive » : des élèves qui lisent rapidement mais de façon imprécise. Leur proportion a pratiquement doublé depuis 2018 pour atteindre environ 9 %. Voilà qui pourrait presque devenir le slogan involontaire de notre civilisation numérique : j’ai lu, mais pas forcément compris.
Or les compétences qui reculent sont précisément celles dont nous aurions le plus besoin à l’ère de l’intelligence artificielle : comparer plusieurs sources, vérifier une information, établir des liens, repérer une contradiction, exercer son esprit critique. On peut demander à ChatGPT ou Claude de résumer Platon en huit lignes, bien sûr. Encore faut-il être capable de savoir si les huit lignes racontent quelque chose de sensé.
Le smartphone, ce petit camarade de classe très envahissant
PISA 2025 s’intéresse beaucoup plus qu’auparavant à l’environnement numérique des élèves. Et ce qu’il découvre ne devrait pas totalement surprendre les parents ayant déjà essayé de soutenir une conversation avec un adolescent pendant qu’une notification apparaît sur son écran.
Plus d’un élève sur quatre déclare que ses camarades sont systématiquement ou presque systématiquement distraits par les appareils numériques pendant les cours de sciences. Le problème est collectif. Même celui qui ne regarde pas son téléphone subit le bruit cognitif de ceux qui le font. Les élèves évoluant dans des classes où leurs camarades sont fréquemment distraits obtiennent de moins bons résultats, sont moins engagés dans leur travail scolaire et déclarent un sentiment d’appartenance plus faible à leur établissement.
Le ministère français de l’Éducation nationale pointe lui aussi l’exposition croissante aux écrans et aux réseaux sociaux, l’usage récréatif du téléphone dans les établissements et le recul de l’accompagnement scolaire parental parmi les facteurs susceptibles de peser sur les apprentissages.
Pendant longtemps, l’école s’est demandé comment faire entrer le numérique dans les classes. Elle commence peut-être à devoir se demander comment en faire sortir un peu.
PISA 2025 : l’IA qui entre dans la salle de classe
L’intelligence artificielle s’invite évidemment dans cette édition de PISA. Et, contrairement à ce que pourraient laisser croire certaines caricatures, l’OCDE ne dit pas : « IA égale mauvais résultats ». Elle dit quelque chose de beaucoup plus intéressant.
Les élèves déclarant ne pas avoir recours à l’IA pour rédiger leurs devoirs obtiennent globalement de meilleurs résultats que ceux qui l’utilisent. Mais parmi les utilisateurs réguliers, ceux à qui l’on a appris à utiliser ces outils comme aide à l’apprentissage, à vérifier les réponses et à évaluer la qualité des informations font mieux que ceux qui ont été abandonnés seuls devant leur chatbot. La technologie ne semble donc pas être le problème en elle-même. Tout dépend de ce qu’on lui demande de faire.
Si l’IA explique une équation, propose un contre-argument ou aide à comprendre une notion difficile, elle peut devenir un formidable professeur particulier. Si elle fait l’exercice à la place de l’élève, elle devient plutôt une sorte de copain très serviable qui passe le contrôle à votre place.
Mathias Cormann, secrétaire général de l’OCDE, le résume sans détour : la technologie et l’IA peuvent faciliter l’apprentissage, mais elles ne doivent pas « exonérer l’élève de tout effort d’attention, de travail et de compréhension ». Voilà peut-être le véritable enjeu.
Le vieux problème français : d’où viennent tes parents ?
Dans le concert mondial des mauvaises nouvelles, la France conserve malheureusement une spécialité ancienne : la puissance des inégalités sociales sur les résultats scolaires.
Dans l’ensemble des pays de l’OCDE, les élèves issus des milieux socio-économiques favorisés obtiennent en sciences environ 85 points de plus que ceux issus des milieux défavorisés. Mais la France reste l’un des systèmes où l’origine sociale pèse particulièrement lourd sur la réussite scolaire. La DEPP souligne que les écarts de performance liés au milieu social demeurent parmi les plus élevés observés. Autrement dit, l’école française continue d’avoir beaucoup de mal à accomplir l’une de ses promesses les plus fondamentales : corriger les inégalités de départ plutôt que les reproduire.
Et lorsqu’un système éducatif devient simultanément moins performant et toujours aussi inégalitaire, la question n’est plus vraiment de savoir s’il faut remonter de quelques places au classement PISA. Elle devient beaucoup plus politique : que voulons-nous que l’école permette encore de faire ?
Ceux qui remontent prouvent que la chute n’est pas une fatalité
Le tableau n’est cependant pas uniformément sombre.
Entre 2015 et 2025, plusieurs systèmes éducatifs ont réussi à améliorer leurs résultats, notamment en sciences. C’est le cas de la Lituanie, de la Slovaquie, de la Türkiye, des Émirats arabes unis, de la Géorgie, de Macao, du Monténégro, du Qatar, de la République dominicaine, de la Thaïlande ou de l’Uruguay.
La Türkiye, la Slovaquie, le Monténégro, le Qatar et les Émirats arabes unis ont même réussi simultanément à augmenter la proportion d’élèves très performants et à réduire celle des élèves en difficulté.
En haut du tableau, quatre territoires chinois — Pékin, Shanghai, Jiangsu et Zhejiang — arrivent en tête. Il faut ici éviter le raccourci consistant à écrire que « la Chine » domine PISA : ces quatre territoires très développés ne représentent pas l’ensemble du système éducatif chinois. Singapour, Macao, le Taipei chinois, le Japon, l’Estonie, la Corée et le Royaume-Uni figurent également parmi les systèmes les plus performants.
Il existe donc des pays qui résistent à l’érosion générale. Ce qui signifie que celle-ci n’a rien d’une fatalité biologique frappant mystérieusement les adolescents nés après TikTok.
Peut-être faut-il simplement réapprendre à apprendre
C’est finalement le message le plus intéressant de PISA 2025.
Les systèmes éducatifs les plus efficaces, souligne l’OCDE, ne sont pas nécessairement ceux qui empilent le plus de connaissances dans les programmes. Ce sont ceux qui privilégient un nombre plus restreint de savoirs mais les approfondissent davantage, investissent dans leurs enseignants, travaillent avec les familles et soutiennent spécifiquement les élèves et les établissements les plus fragiles.
Cela paraît presque décevant de simplicité. Pas d’application miracle. Pas de casque de réalité virtuelle permettant d’apprendre les fractions en trois minutes. Pas encore de professeur holographique.
Des enseignants bien formés. Du temps. De l’attention. Des fondamentaux solides. Des élèves qui lisent vraiment ce qu’ils lisent. Des familles qui restent impliquées. Et des outils numériques utilisés comme outils plutôt que comme prothèses cognitives.
- LIRE DANS UP’ : Professeurs : la France sait-elle encore comment les former ?
Dans un monde qui nous promet chaque semaine que l’intelligence artificielle va bouleverser l’éducation, PISA délivre ainsi un message assez paradoxal : plus les machines deviennent capables de penser à notre place, plus il devient urgent d’apprendre aux enfants à penser par eux-mêmes. Et, pour le coup, il n’existe pas encore de bouton « générer automatiquement ».
La Synthèse des résultats PISA 2025 publiée par l’OCDE permet de retrouver les principaux résultats, graphiques et comparaisons internationales.
Pour aller plus loin :
- Article UP’ « Qui apprend à enseigner à ceux qui apprennent à nos enfants ?«
- Livre » Les institutions de formation à l’enseignement face aux changements« , dirigé par Isabel Voirol-Rubido et Jeanne Rey – Editions Epistémé, août 2026
- Livre « Notre liberté de penser – Comment défendre nos démocraties face aux menaces numériques » d’Isabelle Chappuis – Editions EPFL Press







