Déjà inscrit ou abonné ?
Je me connecte

rejoignez gratuitement le cercle des lecteurs de UP’

Réinventer nos écoles. Comment faire face aux défis climatiques et démographiques ?

Et si l’école de demain devenait l’un des lieux les plus vivants de la ville ou du village ?

Les locaux mutualisés du Pôle Molière aux Mureaux sont occupés de 7 h à 23 h, du lundi au dimanche, grâce à une organisation spécifique. © Nicolas DUPREY / Conseil Départemental des Yvelines (78).

Trop chaudes l’été, parfois glaciales l’hiver, souvent vieillissantes et bientôt, pour certaines, beaucoup trop grandes : nos écoles ont quelques sérieux devoirs de vacances devant elles. Mais inutile d’ajouter une couche d’éco-anxiété au cartable de la rentrée. Car derrière l’urgence climatique et la baisse annoncée du nombre d’élèves se cache peut-être une formidable occasion : transformer les établissements scolaires en lieux plus frais, plus verts, plus ouverts et surtout beaucoup plus utiles à la vie des territoires. Une étude de La Fabrique de la Cité invite à changer de regard. Et si, plutôt que réparer l’école d’hier, nous inventions enfin celle de demain ?

Quand la salle de classe se transforme en bouilloire

Il y eut une époque où les grandes préoccupations de la fin de l’année scolaire étaient les sujets du bac, les derniers conseils de classe et l’impatience des vacances. Il faudra désormais ajouter à la liste un nouvel invité, nettement moins sympathique : le thermomètre.

L’année scolaire 2025-2026 en a donné un sérieux avant-goût. Lors des épisodes caniculaires, plus de 1 800 établissements ont dû fermer et 8 000 ont aménagé leurs horaires. Dans certaines classes devenues de véritables « bouilloires thermiques », élèves et enseignants ont affronté malaises, saignements de nez ou vomissements. Difficile de disserter sereinement sur Baudelaire ou de résoudre une équation quand la salle de classe approche les températures d’une serre tropicale.

Le problème n’a malheureusement rien d’anecdotique. Les écoles pourraient être exposées à des vagues de chaleur trois fois plus fréquentes dès 2030. Et le troisième Plan national d’adaptation au changement climatique demande désormais de préparer la France à un réchauffement pouvant atteindre +4 °C à la fin du siècle.

Bref, le climat pour lequel nos écoles ont été construites est en train de changer. Et les murs, eux, ne savent pas encore s’adapter tout seuls.

Un immense patrimoine qui commence à accuser son âge

L’enjeu est considérable. Chaque jour, plus de 13 millions de personnes fréquentent quelque 64 000 établissements scolaires français. Leurs bâtiments représentent plus de 140 millions de mètres carrés : un patrimoine colossal, qui constitue environ la moitié du patrimoine immobilier des collectivités territoriales.
Mais notre bonne vieille école républicaine a aussi quelques rides. Environ 80 % des écoles françaises ont plus de cinquante ans et près de la moitié nécessiteraient des rénovations lourdes. Pour les seules écoles publiques, la facture des travaux nécessaires est estimée à près de 50 milliards d’euros sur dix ans. Or seulement 6 200 écoles, soit environ 10 % du parc, disposent actuellement d’un projet de rénovation pour les prochaines années. Même en accélérant sérieusement, tout ne pourra donc pas être refait demain matin.

C’est précisément l’un des intérêts de la note Réinventer nos écoles. Comment faire face aux défis climatiques et démographiques ?, réalisée par Alexandra Papadopoulo (1) pour La Fabrique de la Cité : ne pas opposer urgence et temps long.

Avant de sortir les bulldozers, sortir les stores

Toutes les solutions ne supposent heureusement pas de reconstruire l’école du village façon 2050. Protections solaires, volets, films ou voiles extérieurs, ventilation nocturne, brasseurs d’air, végétalisation des cours : certaines interventions simples peuvent déjà changer considérablement la vie à l’intérieur des établissements.

Le programme de recherche-action RACINE, expérimenté depuis 2025 dans quinze écoles françaises, montre ainsi que des solutions passives ou « low-tech » peuvent permettre de gagner jusqu’à 10 °C dans une salle de classe. Le simple fait d’évacuer la chaleur accumulée pendant la nuit constitue l’un des leviers les plus efficaces.

Programme RACINE – ACTEE/SURYA Ingénierie © Alex Bonnemaison

Le coût estimé de l’ensemble de ces adaptations se situe entre 20 000 et 100 000 euros par établissement. Ce n’est évidemment pas rien, mais cela reste sans commune mesure avec une rénovation lourde.

Et voilà peut-être une première leçon intéressante : l’école adaptée au changement climatique ne sera pas nécessairement bardée de climatiseurs, de capteurs et d’écrans de contrôle. Elle pourrait commencer par retrouver quelques principes que l’architecture connaissait autrefois fort bien : faire de l’ombre, laisser circuler l’air, planter des arbres, protéger les façades du soleil et profiter de la fraîcheur nocturne. En somme, parfois, l’innovation consiste aussi à se souvenir.

Mais voici qu’un deuxième problème arrive dans la cour

Au moment même où il faudrait investir massivement dans les écoles, la France connaît une autre transformation, beaucoup plus silencieuse : il y aura moins d’élèves.

La baisse est déjà engagée. Environ 500 000 élèves de moins sont attendus entre 2022 et 2027 et la diminution pourrait atteindre 1,7 million d’ici 2035.

Voilà qui complique sérieusement l’équation. Faut-il investir plusieurs millions d’euros dans un établissement dont les effectifs vont diminuer ? Fermer des classes ? Regrouper les écoles ? Rénover un bâtiment qui sera peut-être surdimensionné dans dix ans ?

La réponse habituelle consiste souvent à traiter les deux problèmes séparément : d’un côté les rénovations énergétiques, de l’autre la carte scolaire. La note d’Alexandra Papadopoulo propose au contraire de les regarder ensemble. Et c’est là que l’affaire devient beaucoup plus intéressante.

Et si une école servait à autre chose qu’à faire école ?

Pourquoi, après tout, un bâtiment scolaire ne servirait-il qu’aux élèves, essentiellement entre 8 h 30 et 16 h 30, quatre jours par semaine et une partie de l’année ?

La question paraît presque saugrenue tant nous sommes habitués à considérer l’école comme un monde à part. Pourtant, dans un contexte de sobriété foncière et de finances publiques contraintes, ces milliers de mètres carrés pourraient devenir une ressource extraordinaire pour les territoires.

L’étude propose ainsi de passer de l’établissement isolé au « bassin de vie éducative », voire au « hub territorial éducatif ». Derrière ce vocabulaire un peu technocratique se cache une idée assez simple : réunir autour de l’école plusieurs services dont les enfants, les adolescents, les familles et parfois tous les habitants ont besoin. Éducation bien sûr, mais aussi sport, culture, santé, restauration, orientation, petite enfance, accompagnement des jeunes ou vie associative.

À Millau, dans l’Aveyron, le collège Marcel-Aymard accueille ainsi, en plus de ses fonctions scolaires, un Centre médico-psycho-pédagogique, une Maison des adolescents et un Centre d’information et d’orientation. L’école commence alors à ressembler moins à une forteresse entourée d’une grille qu’à un véritable équipement de territoire.

La cour de récréation pourrait même rafraîchir le quartier

La transformation concerne aussi les espaces extérieurs.

La végétalisation des cours d’école est probablement l’une des évolutions les plus immédiatement perceptibles : moins de bitume, davantage d’arbres, de sols perméables, d’ombre et de fraîcheur. L’intérêt dépasse largement les heures de classe. Pourquoi ces îlots de fraîcheur resteraient-ils fermés précisément lorsque les habitants en ont le plus besoin ?

À Barcelone, certains établissements sont déjà intégrés au réseau des refuges climatiques et peuvent accueillir la population pendant les périodes de forte chaleur.

Voilà une cour d’école qui obtient une deuxième vie : terrain de jeu à dix heures, espace pédagogique à quatorze heures, refuge climatique pour le quartier pendant une canicule.

Le préau n’avait peut-être jamais imaginé une telle carrière.

Des écoles ouvertes quand les élèves sont partis

Certaines expériences poussent beaucoup plus loin cette logique.

Aux Mureaux, dans les Yvelines, le Pôle Molière fonctionne de 7 heures à 23 heures, sept jours sur sept. Il associe notamment crèche, écoles, restauration, espaces sportifs, loisirs et services destinés aux habitants.

À Oulu, en Finlande, le Kastelli Community Centre pousse encore davantage le principe. Sur plus de 24 000 mètres carrés cohabitent école maternelle, primaire, collège, lycée, bibliothèque, équipements sportifs, espaces culturels, services jeunesse et locaux associatifs. Plus de 1 500 enfants et adolescents y croisent quotidiennement les habitants du quartier.

Le Kastelli Community Centre en Finlande rassemble sur plus de 24 000 m² 1 500 enfants et adolescents mais aussi les habitants du quartier (Lahdelma & Mahlamäki Architects).

L’établissement scolaire cesse alors d’être un bâtiment utilisé quelques heures par jour pour devenir une sorte de maison commune. Ce changement de perspective pourrait devenir particulièrement précieux dans les territoires ruraux ou les petites villes confrontés simultanément à la baisse des effectifs scolaires et à la disparition progressive de certains services publics. Car fermer une école n’est jamais seulement supprimer quelques salles de classe. C’est parfois enlever au village l’un de ses derniers lieux de rencontre.

Et les écoles devenues trop grandes ? Surtout, ne pas les abandonner

La baisse démographique laissera inévitablement des bâtiments vacants ou sous-utilisés. Mais là encore, la note invite à retourner le problème. Une école vide n’est pas nécessairement un bâtiment inutile.

Des expériences menées en France, mais aussi en Corée du Sud, en Chine, au Japon ou aux États-Unis montrent que d’anciens établissements scolaires peuvent être transformés en logements étudiants, résidences pour personnes âgées, structures médicales ou équipements collectifs.

À l’heure de la sobriété foncière et de l’objectif de réduction de l’artificialisation des sols, ces bâtiments deviennent même une ressource particulièrement précieuse : plutôt que construire ailleurs, pourquoi ne pas transformer ce qui existe déjà ? La démographie scolaire pourrait ainsi produire un paradoxe plutôt heureux : moins d’élèves, certes, mais peut-être de meilleurs équipements et davantage de services autour d’eux.

Finalement, réinventer l’école sans oublier pourquoi elle existe

Il serait toutefois dommage de réduire cette réflexion à une gigantesque opération immobilière. Car derrière les mètres carrés, les brasseurs d’air, les cours végétalisées et les économies d’énergie, une question beaucoup plus essentielle se dessine : quel lieu voulons-nous offrir aux enfants pour apprendre et grandir dans un monde qui change ?

Le confort thermique, la qualité de l’air, le bruit, la lumière ou la possibilité de disposer d’espaces modulables ne sont pas de simples questions d’architecture. Ils influencent la concentration, les capacités cognitives et le bien-être des élèves comme des enseignants.
Adapter l’école au changement climatique, c’est donc aussi parler d’éducation. Et la transformer en lieu partagé, ouvert sur la santé, la culture, le sport ou la vie associative, c’est peut-être retrouver quelque chose de la vocation première de l’école publique : fabriquer du commun.

Alexandra Papadopoulo le résume ainsi : « Garantir la continuité éducative dans la durée ne consiste plus seulement à adapter les bâtiments scolaires. Il s’agit de préserver l’ensemble des fonctions éducatives, sociales et territoriales qu’ils rendent, face à des crises qui ne sont plus ponctuelles mais structurelles : changement climatique, baisse démographique, contraintes budgétaires, évolution des usages et inégalités territoriales. »

Il y a donc une autre manière de regarder les mauvaises nouvelles qui s’accumulent sur le bureau de la rentrée.

Oui, il fera plus chaud. Oui, le parc scolaire français est vieillissant. Oui, les budgets sont contraints. Oui encore, le nombre d’élèves va diminuer. Mais ces contraintes peuvent aussi obliger à poser une question que nous aurions peut-être dû nous poser depuis longtemps : pourquoi une école devrait-elle rester exactement ce qu’elle était au XXe siècle ?

L’école de demain pourrait être plus fraîche, plus végétale, plus sobre, ouverte plus longtemps, fréquentée par davantage de générations et beaucoup mieux insérée dans son territoire. Ce ne serait plus seulement le bâtiment où les enfants viennent apprendre. Ce serait un endroit où un territoire continue à vivre.

Et, pour une rentrée placée sous le signe du changement climatique, voilà au moins une perspective qui évite de mettre l’éco-anxiété au programme obligatoire.

 

(1) Diplômée de Sciences Po Paris et titulaire d’un Master 2 Biodiversité, Écologie, Évolution (Université Toulouse III – programme UNESCO « Man and Biosphere »), Alexandra Papadopoulo accompagne les collectivités dans leurs stratégies d’adaptation au changement climatique, de planification territoriale et de transition écologique.
Forte de vingt-cinq ans d’expérience en conseil stratégique auprès de grandes entreprises et d’acteurs publics, et élue locale en milieu rural, elle croise aujourd’hui son expérience de conseil avec une pratique quotidienne de l’action publique locale. Elle intervient également au sein du Master Biodiversité, Écologie, Évolution de l’Université Toulouse III.

0 Commentaires
Les plus anciens
Les plus récents Le plus de votes
Inline Feedbacks
View all comments
Article précédent

Qui apprend à enseigner à ceux qui apprennent à nos enfants ?

Prochain article

PISA 2025 : nos ados savent scroller… mais savent-ils encore lire ?

Derniers articles de Education et savoirs

REJOIGNEZ

LE CERCLE DE CEUX QUI VEULENT COMPRENDRE NOTRE EPOQUE DE TRANSITION, REGARDER LE MONDE AVEC LES YEUX OUVERTS. ET AGIR.
logo-UP-menu150

Déjà inscrit ? Je me connecte

Inscrivez-vous et lisez trois articles gratuitement. Recevez aussi notre newsletter pour être informé des dernières infos publiées.

→ Inscrivez-vous gratuitement pour poursuivre votre lecture.

REJOIGNEZ

LE CERCLE DE CEUX QUI VEULENT COMPRENDRE NOTRE EPOQUE DE TRANSITION, REGARDER LE MONDE AVEC LES YEUX OUVERTS ET AGIR

Vous avez bénéficié de 3 articles gratuits pour découvrir UP’.

Profitez d'un accès illimité à nos contenus !