Déjà inscrit ou abonné ?
Je me connecte

rejoignez gratuitement le cercle des lecteurs de UP’

Arracher la défaite aux griffes de la victoire

Depuis Beyrouth, où la mer impose son souffle régulier aux convulsions de l’histoire, Samir Mattar livre, pour les lecteurs de UP’, un texte à la fois grave et habité, écrit dans le sillage immédiat d’un embrasement régional dont les ondes viennent mourir sur ce rivage trop familier des tempêtes. Arracher la défaite aux griffes de la victoire n’est ni un simple commentaire géopolitique ni une chronique de guerre : c’est une méditation dense, presque organique, où l’analyse se mêle à une forme de poésie inquiète, enracinée dans le temps long et dans la mémoire des lieux.

L’auteur y interroge l’illusion persistante des puissances qui croient encore pouvoir plier l’histoire à la force de leur volonté, opposant à cette hubris la résistance têtue des peuples et la lente ironie des siècles. Dans un même mouvement, il convoque Ibn Khaldun, Jalal ad-Din Rumi, Voltaire ou Albert Camus — non pour orner le propos, mais parce que leurs voix semblent résonner étrangement juste face aux errements contemporains. Sous sa plume, le Golfe, les empires disparus, les dieux anciens et les capitales modernes dialoguent dans une même continuité troublante.

Le texte avance ainsi dans un clair-obscur singulier : celui du brouillard de la guerre, mais aussi celui d’une lucidité sans indulgence face à la « bêtise organisée » des hommes de pouvoir. Pourtant, au cœur de cette fresque sombre, subsiste une attention obstinée aux gestes ordinaires, à la dignité silencieuse des vies qui persistent — comme si, dans le fracas des stratégies et des certitudes, la véritable lumière se nichait encore dans ce qui dure, simplement, envers et contre tout.

____________________________________________________________

La Mer nous les donnait, et voilà qu’elle reprend tout. »
Saint-John Perse · Amers, 1957

Le Golfe Persique est plus vieux que tous les noms qu’on lui a donnés, plus vieux que chaque empire qui l’a revendiqué, navigué, militarisé, et dont il a fini par avaler les certitudes. Bien avant les plateformes pétrolières, les porte-avions et la surveillance satellitaire qui scrute aujourd’hui son immobilité comme un dieu froid venu remplacer les dieux chaleureux d’autrefois — il y avait ici d’autres civilisations, d’autres évidences, d’autres hommes convaincus que leur puissance serait le dernier mot. Les Perses. Les Babyloniens. Les Grecs qui débarquèrent avec Alexandre et son absolue confiance en lui-même. Les Arabes porteurs d’une foi nouvelle et d’un feu nouveau. Les shahs Safavides qui bâtirent un empire sur l’intensité particulière de l’islam chiite et sur la cruauté non moins particulière de l’ambition dynastique. Les Portugais. Les Britanniques. Et maintenant ceci — cet arrangement le plus récent de grandes puissances et de leurs supplétifs, debout au bord de la même eau antique, commettant la même erreur antique : croire que la force, appliquée avec suffisamment de conviction, plie l’histoire à sa volonté.
Il n’en est rien. Le Golfe le sait. Il l’a toujours su. Il garde sous sa surface le sédiment de toutes les certitudes précédentes, et ne dit mot.

Les dynasties ont une durée de vie naturelle comme les individus. La solidarité du groupe qui les fonde finit toujours par se consumer dans le luxe et la mollesse du pouvoir. »
Ibn Khaldun · Muqaddimah, 1377

Pascal l’avait compris, lui qui écrivait depuis son cabinet parisien mais voyait loin : « Vérité en- deçà des Pyrénées, erreur au-delà. » Ce que la géopolitique appelle stratégie, l’histoire appelle bien souvent démence — avec le recul qu’elle seule peut s’offrir. Et maintenant les dieux — quel que soit le nom qu’on leur donne, en quelque langue qu’on adresse ses prières — doivent contempler ce qui a été fait ici, et se trouver, pour une fois, sans voix.

Soyons honnêtes. Tranchons dans le brouillard le temps de nommer la chose avant qu’il ne se referme. Cette guerre — cette dernière guerre encore inachevée, qui étend son ombre du Golfe au Levant — est arrivée sans plan au sens sérieux du terme, sans provocation au sens proportionné, sans leçon tirée de chacune des catastrophes précédentes que cette région a générées et absorbées, sans boussole morale, sans mémoire — ce qui est une chose dangereuse dans un lieu où l’histoire n’est pas le passé mais le présent, où les ruines sont encore tièdes, où les griefs ne sont pas archivés mais vécus. Elle est arrivée, en somme, comme ces choses arrivent toujours : sous les traits de la certitude. Sous la forme de l’annonce. Avec la confiance déclamatoire d’hommes qui avaient confondu leur appétit avec un mandat.

La guerre est le domaine de l’incertitude : les trois quarts des facteurs sur lesquels repose l’action sont enveloppés dans le brouillard de l’incertitude. »
Carl von Clausewitz · De la Guerre, 1832

Les États-Unis et Israël ont annoncé, en substance : l’oblitération. Le changement de régime. La fin de la menace iranienne, une bonne fois pour toutes. Voilà les mots. Voilà les ambitions habillées en stratégie. Et le Golfe, qui a entendu de tels mots auparavant — en d’autres langues, venus d’autres horizons — a expiré lentement et attendu le dénouement. Le dénouement, quand il vint, vint sous forme de brouillard. Non pas la résolution nette de la victoire ou de la défaite. Pas l’instant décisif qui justifie le coût après coup. Seulement du brouillard. Qui s’épaissit. Le genre qui s’infiltre dans tout — dans les couloirs du pouvoir, dans les calculs des généraux, dans les déclarations de politiciens qui doivent désormais expliquer, sans tout à fait expliquer, pourquoi le résultat ne ressemble à rien de ce qui avait été promis.

La bêtise consiste à vouloir conclure. »
Gustave Flaubert · Correspondance, 1850

Flaubert, dans sa férocité lucide, aurait reconnu ici ce qu’il nommait la bêtise — non pas la simple stupidité, mais quelque chose de plus redoutable : la sottise confiante, triomphante, celle qui ne se sait pas sotte et avance donc sans frein. La bêtise des puissants est la plus coûteuse de toutes, car ce sont toujours les autres qui paient la note.

Et à travers le brouillard, si l’on regarde attentivement, on commence à distinguer la vraie physionomie des choses. Les États-Unis sont entrés avec une force écrasante et une confiance écrasante. Ils en ressortent — laborieusement — sans l’une ni l’autre. Ils ne peuvent avancer sans approfondir une plaie déjà suppurante de contradictions : la contradiction d’une démocratie qui finance la destruction, d’une nation qui parle la langue de l’ordre fondé sur des règles tout en réécrivant les règles en temps réel.

Les États n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts. »
Charles de Gaulle · propos rapportés, 1962

On songe à de Gaulle — non pas par nostalgie, mais par contraste. De Gaulle, dont la grandeur tenait précisément à ceci : il savait ce que la France ne pouvait pas faire, et il en tirait une politique. Washington n’a pas su ce qu’il ne pouvait pas faire. Et c’est là, toujours, que commencent les désastres. L’agresseur est, en bref, dans une position pire qu’au moment où il a commencé.

Israël, qui a entraîné son allié dans cette affaire, se trouve non pas plus en sécurité mais différemment en danger — ayant échangé une catégorie de menace contre une hostilité plus large, plus diffuse, plus intime, que nul dôme de fer n’a été conçu pour intercepter. L’assertivité militaire a produit non pas la dissuasion mais son contraire : une région dans laquelle la logique de la résistance s’est vue offrir de nouvelles recrues, de nouveaux griefs, de nouvelles justifications. On voulait l’oblitération. On a obtenu l’enlisement sans issue.

Il faut cultiver notre jardin. »
Voltaire · Candide, ou l’Optimisme, 1759

Il y a dans cette trajectoire quelque chose que Voltaire aurait traité avec son ironie mordante — lui qui avait passé sa vie à démontrer que les hommes qui se croient les instruments de la Providence sont, le plus souvent, les instruments de leur propre ruine. Les jardins du Moyen-Orient ont été piétinés une fois de plus par ceux qui prétendaient les délivrer.

Puis il y a les États du Golfe — ces royaumes et émirats assis sur les réserves pétrolières du monde, qui ont si longtemps pratiqué l’équilibre précaire, lucratif, épuisant, entre Washington et Téhéran. Ils chancellent. Non pas sous les bombes — pas directement — mais sous quelque chose de presque pire : sous l’impuissance révélée. Leurs coffres sont pleins. Leurs voix sont vides. C’est la définition même d’une impuissance de luxe — et c’est une forme de ruine que l’argent ne peut pas racheter.

L’Iran est ensanglanté. Ne prétendons pas le contraire. Un pays dont l’économie pliait déjà sous le poids de décennies de sanctions a subi des coups — militaires, économiques, psychologiques — qui ont laissé des marques. L’Iran boite. L’Iran est diminué de façons qu’il n’admettra pas publiquement. Et pourtant — et c’est là le point que le brouillard dissimule — l’Iran est encore debout. Encore debout n’est pas la victoire. Mais dans une campagne qui promettait l’oblitération, encore debout est une réponse dévastatrice.

Écoute le roseau, comme il se plaint — il raconte les histoires de la séparation. Depuis qu’on m’a coupé de ma roselière, hommes et femmes ont gémi avec moi. »
Jalal ad-Din Rumi · Masnavi, XIIIe siècle

Il y a dans la ténacité iranienne quelque chose que Raymond Aron — ce grand analyste français de la guerre et de la paix, ce réaliste sans illusions — aurait reconnu immédiatement : la logique de l’acteur acculé qui transforme sa faiblesse en stratégie, qui fait de sa survie même une victoire rhétorique. « La politique internationale est une politique de puissance entre des États qui ne reconnaissent aucune autorité supérieure à la leur », écrivait-il. C’est une logique que Washington, dans sa grandiloquence, n’a jamais su lire correctement — ni au Vietnam, ni en Afghanistan, ni ici.

Les sultans de jadis dont la lumière irradiait le monde ont disparu comme une vapeur avant l’aube. Le palais de Bahram qui forçait l’onagre — l’onagre foulait maintenant la tombe de Bahram. »
Omar Khayyam · Rubaiyat, XIe siècle

Demandez aux Américains qui ont quitté Saïgon. Demandez aux Soviétiques qui ont quitté Kaboul. Demandez à Napoléon, qui crut un instant tenir l’Orient, et le laissa lui glisser entre les doigts comme le sable du désert égyptien.

Invocation : « Je suis venu à vous au nom de Ahura Mazda. Que la terre soit en paix. »
Cyrus le Grand · Cylindre de Cyrus, 539 av. J.-C.

Invoquons maintenant les dieux. Non pas comme théologie. Comme jugement. Le dieu zoroastrien de la Perse antique — Ahura Mazda, le Seigneur de la Lumière — régnait sur le combat éternel entre la vérité et le mensonge. Ce n’était pas métaphore pour ceux qui le croyaient. C’était cosmologie. Cyrus le Grand — ce même Cyrus que les Hébreux de la Bible appelèrent le Messie parce qu’il libéra leurs ancêtres de la captivité babylonienne, ce même Cyrus dont la Déclaration des droits de l’homme gravée dans l’argile est peut-être le premier document humaniste de l’histoire — avait compris une chose que ses lointains successeurs contemporains ont visiblement oubliée : qu’on gouverne mieux les peuples en respectant leurs dieux qu’en les piétinant.
L’Islam — dans ses deux grandes traditions, sunnite et chiite — porte en lui le souvenir de la justice sociale comme impératif divin. Le Christ du Levant — non pas le Christ des cathédrales occidentales mais celui des villages arabes, le Christ qui parlait araméen, qui connaissait l’occupation romaine comme une réalité quotidienne — ce Christ-là reconnaîtrait les ruines d’aujourd’hui. Il les a déjà vues. Il y a déjà marché.
Les dieux de cette région antique, épuisée, magnifique et maltraitée — zoroastriens, islamiques, chrétiens, et plus anciens encore, les dieux phéniciens de cette mer que Sidon et Tyr sillonnaient avant que la Grèce soit la Grèce — ces dieux-là ne sont pas de doux dieux. Ce sont des dieux qui ont regardé les civilisations monter et s’effondrer avec la patience de ceux qui existent hors du temps. Ils doivent être en colère. D’une colère lente, tectonique, plus ancienne que n’importe quel État-nation, plus profonde que n’importe quelle doctrine militaire.

Sur cette terre ce qui mérite la vie : l’hésitation d’avril, l’odeur du pain à l’aube, une femme qui commence par l’amour. »
Mahmoud Darwich · Sur cette terre, 1986

Le vent de mer vient de la Méditerranée à présent, portant tout cela — la patience du Golfe, la colère ancienne, le brouillard de l’irrésolu — jusqu’à ce rivage, jusqu’à Beyrouth, où je me tiens et le respire. La France connaît ce rivage. Pendant des décennies, sous le Mandat, elle s’y croyait chez elle — convaincue, avec cette assurance particulière que Paris a toujours su projeter, que la civilisation voyageait d’Occident en Orient sur ses bateaux. Le Levant sait ce que valent les protections des grandes puissances quand le vent tourne.

La Méditerranée a son tragique solaire, qui n’est pas celui des brumes. »
Albert Camus · L’Été, 1954

D’ici, le spectacle du Golfe et de son brouillard n’arrive pas comme une nouvelle. Il arrive comme du temps qu’on fait. Quelque chose qu’on ressent avant de le comprendre, qu’on a déjà dans les poumons avant de pouvoir le nommer. Et ce que je ressens, en le respirant, c’est ceci : personne n’a gagné.
C’est le propre de la hubris — et les Grecs, voisins anciens de cette mer, nous l’avaient pourtant enseigné avec une clarté qui devrait dispenser d’en faire à nouveau l’expérience : la hubris n’est pas simplement l’orgueil, c’est l’orgueil qui se croit affranchi des conséquences.
L’humanité a perdu ici. Pas une nation, pas un camp — l’humanité. Car chaque guerre menée sans prévoyance, sans légitimité, sans respect de l’endurance humaine finit par dévorer la logique même qui la lança.

Le vent se lève !… il faut tenter de vivre ! »
Paul Valéry · Le Cimetière marin, 1920

Le brouillard ne se lèvera pas sur commande. Les brouillards ne le font jamais. Mais quelque part en dessous — sous l’épaississement, la confusion, les menaces récursives et les blocus et les annonces et les contre-annonces — le Golfe Persique respire encore à son rythme antique, lent, géologique. La Méditerranée fait encore courir son vent salé vers le nord et l’ouest. Les ruines sous l’eau tiennent encore leur patience.
Le gâchis nous appartient. Le dénouement nous appartient. Les dieux regardent. Et ils ne sont pas, on le pressent, satisfaits.

Ce que Beyrouth m’a appris
Je pose la plume — si tant est qu’on pose encore une plume, en ces temps d’écrans et de générateurs qui clignotent. Je regarde par la fenêtre. Beyrouth est là, comme toujours : indifférente à mes analyses, imperméable à mes métaphores, obstinément elle-même. Les klaxons. L’odeur de diesel. Un enfant qui joue sur un balcon au-dessus d’une rue qui a changé de nom trois fois depuis que je l’habite.
Je vous ai parlé de brouillard, de dieux, d’empires et de leur vanité. Tout cela est vrai. Mais voici ce qui est vrai aussi : ce matin, avant d’écrire la première ligne de cet essai, j’ai bu mon café en regardant la mer. La même mer que Phéniciens et Croisés et compagnies pétrolières ont traversée, chacun convaincu d’être l’acteur principal de l’histoire. La mer, elle, n’avait pas d’avis. Elle était simplement là — bleue, froide, indifférente et magnifique — comme elle le sera encore quand le dernier porte-avions aura rouillé jusqu’à l’os.
C’est peut-être cela, vivre à Beyrouth : apprendre, à force, à distinguer ce qui dure de ce qui fait du bruit. Les régimes passent. Les discours s’évaporent. Les certitudes des puissants fondent comme sucre sous la pluie. Mais la mer reste. Le pain du matin reste. L’entêtement tranquille des gens ordinaires à continuer de vivre — à ouvrir leurs boutiques, à élever leurs enfants, à rire parfois malgré tout — cet entêtement-là reste.

Je ne sais pas si les dieux regardent. Mais si c’est le cas, je crois que c’est cela qu’ils regardent — pas les communiqués de presse, pas les trajectoires de missiles, pas les conférences de paix qui n’en finissent pas d’accoucher de guerres. Ils regardent l’enfant sur le balcon. Ils regardent la vieille femme qui descend acheter ses légumes comme si le monde n’était pas en train de se défaire autour d’elle. Ils regardent, peut-être, un homme à sa fenêtre, qui boit son café et cherche ses mots, et qui n’a pas encore renoncé à croire que les mots servent à quelque chose.
Beyrouth m’a appris ceci, et c’est le seul enseignement dont je sois vraiment sûr : la dignité n’est pas la victoire. Mais elle lui ressemble parfois tellement qu’on s’y trompe.
Et dans ce brouillard-là — le brouillard de l’ordinaire, du quotidien, de la vie qui refuse de s’arrêter — c’est peut-être la seule lumière qu’il nous reste.

Je n’ai pas de certitudes, j’ai seulement des convictions. Et la première est que l’homme vaut mieux que ce qu’on fait de lui. »
Albert Camus · Carnets, 1942

Samir Mattar, Chroniqueur invité de UP’ Magazine – Directeur général et partenaire fondateur de Construction Dynamics Solutions. Il est ingénieur de renommée internationale et ancien fonctionnaire du Centre des Nations Unies pour les établissements humains (HABITAT). Il est titulaire d’un BSc de l’Université de Leeds, d’un MSc de l’Université de Calgary et d’un doctorat de l’Université Concordia.

0 Commentaires
Les plus anciens
Les plus récents Le plus de votes
Inline Feedbacks
View all comments
Article précédent

Quand l’océan parle depuis ses rivages : les voix autochtones du Chili à Barcelone

Derniers articles de VIES D'AILLEURS

REJOIGNEZ

LE CERCLE DE CEUX QUI VEULENT COMPRENDRE NOTRE EPOQUE DE TRANSITION, REGARDER LE MONDE AVEC LES YEUX OUVERTS. ET AGIR.
logo-UP-menu150

Déjà inscrit ? Je me connecte

Inscrivez-vous et lisez trois articles gratuitement. Recevez aussi notre newsletter pour être informé des dernières infos publiées.

→ Inscrivez-vous gratuitement pour poursuivre votre lecture.

REJOIGNEZ

LE CERCLE DE CEUX QUI VEULENT COMPRENDRE NOTRE EPOQUE DE TRANSITION, REGARDER LE MONDE AVEC LES YEUX OUVERTS ET AGIR

Vous avez bénéficié de 3 articles gratuits pour découvrir UP’.

Profitez d'un accès illimité à nos contenus !