Lors de la conférence annuelle des Nations Unies sur le climat (COP30) l’an dernier, la Colombie a pris l’initiative d’organiser, conjointement avec les Pays-Bas, une nouvelle conférence visant à élaborer une feuille de route pour la transition énergétique, sans nécessiter le consensus de tous les pays du monde, contrairement à la COP. Cette conférence, qui vient de s’achever à Santa Marta, a notamment vu la mise en place d’un groupe de scientifiques chargé de conseiller les pays volontaires sur la transition vers les énergies propres. Parallèlement, une autre équipe de chercheurs a publié un rapport recensant douze actions prioritaires que les nations peuvent entreprendre pour favoriser l’abandon progressif des énergies fossiles.
La crise énergétique actuelle a révélé la forte dépendance des pays aux combustibles fossiles importés, ainsi que les risques associés. Dans ce cadre, 56 nations se sont réunies à Santa Marta, en Colombie, lors de la première conférence internationale consacrée à l’élaboration d’une transition équitable et progressive vers la sortie des énergies fossiles.
Les climatologues, qui alertent depuis des décennies sur les dangers du réchauffement climatique, ont enfin trouvé des pays à l’écoute. Cette semaine, des représentants de ces 56 nations se sont réunis à Santa Marta, lors de ce qui a été présenté comme le premier sommet mondial sur la sortie progressive des énergies fossiles. L’une des premières mesures prises a été la mise en place d’un groupe d’experts scientifiques chargé de conseiller ces pays sur la manière d’opérer cette transition vers les énergies propres.
« Nous avons ici une coalition de gouvernements qui ont décidé de se fonder sur les données scientifiques », explique Margaretha Wewerinke-Singh, spécialiste du droit international du changement climatique à l’Université d’Amsterdam.
Cette réunion historique, qui a débuté le 24 avril et s’est conclue ce 29 avril, avait été proposée lors de la COP30, le sommet des Nations Unies sur le climat qui s’est tenu l’an dernier à Belém, au Brésil. Des pays producteurs de pétrole, comme l’Arabie saoudite, se seraient opposés, lors de cette conférence, aux tentatives d’établir une feuille de route pour réduire la consommation d’énergies fossiles, principale source d’émissions mondiales de gaz à effet de serre et principal facteur du changement climatique.
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Frustrés, les gouvernements colombien et néerlandais ont annoncé qu’ils organiseraient cette année la première Conférence sur la transition énergétique, indépendamment des sommets climatiques de l’ONU (COP). Les pays qui se sont montrés ouverts à l’élaboration d’une feuille de route – notamment l’Australie, le Cambodge et le Mexique – ont été invités. Les pays producteurs de pétrole qui s’opposent à ces efforts n’ont pas été conviés.
À Santa Marta, non seulement le nouveau panel – appelé Groupe scientifique pour la transition énergétique mondiale (SPGET) – a été lancé, mais un autre groupe de chercheurs a également occupé le devant de la scène le 24 avril pour publier un rapport listant 12 actions de haut niveau que les nations peuvent entreprendre pour soutenir l’élimination progressive des combustibles fossiles.
Les chercheurs se réjouissent de disposer d’une tribune internationale où ils peuvent formuler librement des recommandations ambitieuses. Lors des sommets des Nations Unies sur le climat, « les gouvernements étant les décideurs finaux quant aux informations diffusées au public, les avis scientifiques sont fortement filtrés », explique Gilberto Jannuzzi, spécialiste de la transition énergétique à l’Université d’État de Campinas à São Paulo, au Brésil. « Au final, nous avons certes un public plus restreint, mais un public qui reconnaît la pertinence de nos propositions. »
Solutions pratiques
Le rapport, élaboré par 24 chercheurs en consultation avec des centaines d’autres scientifiques de plusieurs pays au cours des trois mois précédant la réunion, ne prétend pas synthétiser systématiquement l’ensemble des connaissances scientifiques sur la transition énergétique, explique Frank Jotzo, économiste spécialiste du changement climatique à l’Université nationale australienne de Canberra et membre de l’équipe de rédaction. Ce rôle incombe au Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) des Nations Unies, qui publie des rapports se voulant neutres et destinés à éclairer les politiques publiques sans formuler de recommandations directes. « Nous ne cherchons pas à imiter le GIEC. Nous souhaitons simplement apporter des pistes concrètes pour l’élaboration de politiques publiques », fondées sur des données scientifiques, précise Jotzo.
Par exemple, le rapport recommande aux pays d’interdire toute nouvelle infrastructure d’énergies fossiles et de supprimer progressivement les subventions à ces énergies, telles que les allégements fiscaux ou les financements qui réduisent le coût de production du pétrole, du gaz et du charbon. Parallèlement, il préconise des incitations financières pour le développement des énergies propres.
Jotzo reconnaît que ces lignes directrices sont très ambitieuses et que certains pays pourraient les juger « extrêmement difficiles » à mettre en œuvre. « Mais ce sont précisément les mesures nécessaires pour se détacher suffisamment vite des énergies fossiles et atteindre les objectifs à long terme de l’Accord de Paris », explique-t-il. Les gouvernements signataires de cet accord en 2015 se sont engagés à réduire leurs émissions afin d’empêcher le réchauffement climatique de dépasser de 2 °C les niveaux préindustriels, un seuil destiné à éviter des conséquences catastrophiques de la montée des eaux et des phénomènes météorologiques extrêmes. « Le rôle des scientifiques impliqués dans ce processus est de souligner l’urgence de la situation et de proposer des solutions concrètes que les gouvernements peuvent adopter », ajoute Jotzo.
Start-up scientifique
À propos du SPGET, Januzzi déclare : « Une trentaine de scientifiques de renom ont déjà été consultés et se sont portés volontaires pour participer à ce projet. » Parmi eux figurent des économistes, des spécialistes des sciences sociales et d’autres chercheurs qui étudient la transition énergétique, précise Januzzi. Le groupe est encore à ses débuts, indique-t-il, mais son objectif est de formuler un ensemble complet de recommandations lors de la COP31, qui se tiendra à Antalya, en Turquie, en novembre.
Cette réunion intervient dans un contexte de crise énergétique mondiale déclenchée par la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, ce qui a amené certains pays à repenser leur dépendance aux combustibles fossiles importés.
À Santa Marta, les pays participants ont été invités à entamer l’élaboration de feuilles de route pour la sortie progressive des énergies fossiles. La France a présenté son plan le 28 avril, lors du sommet. La structure de ces plans et le calendrier de leur mise en œuvre restent à définir, a déclaré Irène Vélez Torres, ministre colombienne de l’Environnement, lors de la réunion. « Ce que nous savons, c’est qu’un groupe de travail dédié à l’élaboration de ces stratégies sera mis en place et que chaque pays ayant besoin d’aide pour concevoir et mettre en œuvre ces stratégies bénéficiera d’un soutien », a-t-elle affirmé.
Jotzo a déclaré à Nature que le sommet aura « atteint son objectif » s’il ouvre la voie à des résultats et à une coopération accrus dans les années à venir. Les organisateurs ont convenu de pérenniser cette rencontre annuelle. Le prochain sommet se tiendra à Tuvalu, en partenariat avec l’Irlande.
(Source : Nature, 30 avril 2026 – doi : https://doi.org/10.1038/d41586-026-01399-7)
Photo d’en-tête : Colombia Ministry of Environment and Sustainable Development






