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Alzheimer : et si tout commençait dans l’intestin ? Une piste prometteuse pour ralentir la maladie

Et si la maladie d’Alzheimer ne prenait pas naissance dans le cerveau, mais dans notre ventre ? Cette idée, longtemps marginale, gagne aujourd’hui en crédibilité grâce à des travaux récents menés par des chercheurs français. Leurs résultats bouleversent la compréhension classique de cette pathologie neurodégénérative et ouvrent la voie à de nouvelles stratégies de prévention, voire de traitement.

Traditionnellement, la maladie d’Alzheimer est associée à une détérioration progressive des fonctions cognitives, en particulier de la mémoire. Elle débute généralement dans l’hippocampe, une région clé du cerveau impliquée dans la mémorisation, avant de s’étendre à d’autres zones cérébrales. Les symptômes s’installent lentement : troubles de la mémoire récente, désorientation, altération des fonctions exécutives, puis perte progressive de l’autonomie. Cette évolution est notamment liée à l’accumulation d’un peptide neurotoxique, appelé amyloïde-bêta (Aβ).

Cependant, de plus en plus d’indices suggèrent que cette cascade pathologique pourrait débuter bien avant les premiers signes cognitifs… et en dehors du cerveau. Les chercheurs de l’Inserm, notamment à Nantes Université, ont mis en évidence un phénomène surprenant : une accumulation précoce de ce peptide toxique dans le système nerveux de l’intestin, également appelé système nerveux entérique. Ce dernier, souvent surnommé « deuxième cerveau », est directement connecté au cerveau via le nerf vague.

Les observations sont frappantes. Chez des modèles animaux prédisposés à la maladie, la production d’amyloïde-bêta augmente dans l’intestin dès les premiers mois de vie, alors que les troubles de la mémoire n’apparaissent que plusieurs mois plus tard. Autrement dit, le système digestif serait touché bien avant le cerveau. Cette accumulation s’accompagne de perturbations locales : inflammation chronique, perte de connexions entre les neurones entériques et troubles digestifs, comme la constipation. Des anomalies similaires ont également été observées dans des tissus intestinaux de patients atteints d’Alzheimer.

Ces résultats renforcent une hypothèse déjà ancienne : les peptides toxiques pourraient migrer de l’intestin vers le cerveau en empruntant le nerf vague, contribuant ainsi à la progression de la maladie. Les troubles digestifs, souvent négligés, pourraient donc constituer des signaux précoces, voire des marqueurs du début de la pathologie.

Mais l’étude ne s’arrête pas à ce constat. Les chercheurs ont également exploré le rôle du microbiote intestinal, cet ensemble de micro-organismes vivant dans notre tube digestif. Ils se sont intéressés en particulier au butyrate, un acide gras produit par certaines bactéries lors de la fermentation des fibres alimentaires. Administré à des animaux à un stade précoce de la maladie, ce composé naturel a montré des effets remarquables : il empêche l’accumulation du peptide toxique dans l’intestin, réduit l’inflammation, préserve les connexions neuronales… et surtout, protège contre l’apparition des troubles de la mémoire.

Ces résultats suggèrent que l’atteinte intestinale n’est pas un simple phénomène secondaire, mais bien un déclencheur de la maladie. En intervenant très tôt au niveau du système digestif, il serait donc possible de freiner, voire d’empêcher, la cascade neurodégénérative.

Bien sûr, ces travaux en sont encore au stade expérimental et nécessitent des validations chez l’être humain. Mais ils ouvrent des perspectives prometteuses : développement de traitements ciblant l’intestin, identification de biomarqueurs digestifs pour un diagnostic précoce, ou encore interventions nutritionnelles visant à moduler le microbiote. « L’ensemble de ces expériences prouve que l’accumulation d’Aβ dans l’intestin est un phénomène déclencheur de la pathologie plutôt qu’un simple contributeur à une neurotoxicité préexistante », résume Moustapha Cissé, chercheur Inserm dans l’unité Système nerveux entérique dans les maladies digestives et du cerveau (Tens, unité 1235 Inserm/Nantes Université), à Nantes, qui a co-dirigé cette recherche. Après ces résultats majeurs, l’équipe va poursuivre ses investigations relatives à l’effet préventif du butyrate et tester d’autres métabolites bactériens. « À ce stade, il faut rester prudent, prévient le chercheur. Beaucoup de travail reste à accomplir avant une éventuelle validation clinique. Nous allons en outre tester ces métabolites à des stades très avancés de la maladie, pour voir s’ils permettent d’inverser les symptômes intestinaux et cérébraux. D’autre part, ce travail nous a permis d’identifier de potentielles cibles thérapeutiques pour bloquer l’amyloïdose au niveau intestinal et empêcher sa propagation vers le cerveau. Un autre champ d’étude à creuser ! Enfin, nous espérons identifier des biomarqueurs intestinaux, pour prédire et pour diagnostiquer très précocement la maladie d’Alzheimer », entrevoit le chercheur.

En France, la maladie d’Alzheimer représente un enjeu majeur de santé publique. On estime aujourd’hui qu’environ 1,2 million de personnes vivent avec cette maladie ou une pathologie apparentée. Chaque année, près de 225 000 nouveaux cas sont diagnostiqués. Avec le vieillissement de la population, ces chiffres pourraient encore augmenter dans les décennies à venir. Dans ce contexte, mieux comprendre les mécanismes précoces de la maladie est crucial. Et si la clé se trouvait finalement dans notre intestin, cela pourrait bien transformer en profondeur les approches thérapeutiques de demain.

(Source : Inserm, 16/04/2026/R. Brossaud et coll. The short-chain fatty acid butyrate prevents gut-brain amyloid‑β pathology and neuroinflammation in an Alzheimer mouse model. Mol Psychiatry, 5 mars 2026 ; DOI :10.1038/s41380-026–03522‑6)

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