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L'immunité collective : quand y arriverons-nous ?

L’immunité collective : quand y arriverons-nous ?

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Avant la pandémie de Covid-19, le terme « immunité collective » était probablement quelque chose dont vous n’entendiez parler que pendant la saison de la grippe ou à l’occasion de la recrudescence de rares cas de rougeole. Mais le Covid-19 a ramené ce concept sur le devant de la scène : une maladie infectieuse est moins susceptible de se propager lorsqu’un nombre suffisant de personnes sont immunisées, soit par exposition, soit par vaccination. Maintenant que nous disposons de vaccins efficaces contre le coronavirus, beaucoup se demandent si et quand nous atteindrons cette fameuse immunité collective.

Bien que les experts de la santé aient bon espoir que ce jour arrive, il y a encore beaucoup d’inconnues et de travail à faire — notamment les efforts de vaccination à l’échelle mondiale — pour atteindre cet objectif. « La réalité est que nous ne savons pas quand l’immunité collective se produira. Nous n’avons jamais eu cette maladie auparavant. Nous ne pouvons pas dire avec certitude quel pourcentage de la population doit être atteint », observe le Dr Manisha Juthani, une des grandes spécialistes des maladies infectieuses à l’université de Yale. « Il n’y a pas de chiffre ou de seuil précis ; c’est un gradient, ce qui signifie que nous saurons que nous l’avons atteint quand nous verrons le nombre de cas, d’hospitalisations et de décès diminuer. Une amélioration globale de nos chiffres nous indiquera que nous avons atteint ce seuil. »

L’immunité collective : une explication

En termes simples, l’immunité collective signifie qu’une grande partie d’une communauté est immunisée contre une maladie, ce qui rend peu probable la propagation de cette maladie. L’immunité est conférée soit par la formation d’anticorps après une infection par le virus, soit par un vaccin.

Ellen Foxman, pathologiste à Yale Medicine et experte en virus respiratoires, compare l’immunité de groupe au fait que le virus se retrouve dans une « impasse ». « Si vous toussez et éternuez, et que les gouttelettes atteignent une personne sensible, alors le virus continuera à se propager », explique-t-elle. « Mais si le virus atteint une personne immunisée, c’est comme si elle se heurtait à un mur. Le virus ne peut pas aller plus loin. »

Le pourcentage de la population qui doit être immunisée pour atteindre l’immunité collective varie selon la maladie et le degré de contagion de celle-ci. La rougeole, par exemple, se propage si facilement que l’on estime que 95 % d’une population doit être vaccinée pour atteindre l’immunité collective. Les 5 % restants sont alors protégés car, avec une couverture de 95 %, la rougeole ne se propage plus. Pour la polio, le seuil est d’environ 80 %.

Il est important de noter que l’immunité collective peut être mesurée au niveau mondial, national et communautaire et qu’elle évolue dans le temps. Ainsi, si les taux de vaccination contre une maladie hautement contagieuse baissent dans une poche du pays, par exemple, la maladie peut refaire surface et se propager dans cette zone. « En 2019, il y a eu une épidémie de rougeole dans le comté de Clark, dans l’État de Washington, lorsque le taux de vaccination dans les écoles publiques est descendu à 77 %. C’est ce qui se passe lorsque les chiffres de la vaccination baissent », explique le Dr Foxman.

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Les virus comme la grippe, cependant, sont différents de la rougeole en ce sens qu’ils mutent au fil du temps, ce qui signifie que les anticorps d’une infection précédente ne fourniront pas une protection pendant longtemps. C’est pourquoi le vaccin contre la grippe est reformulé chaque année pour correspondre à la souche dominante prévue pour la saison à venir.

De même, le virus qui cause le Covid-19 a muté. Bien que les vaccins autorisés soient efficaces contre les souches actuelles circulant dans la plupart des pays du monde, les chercheurs ne savent pas encore combien de temps l’immunité contre le Covid-19 dure après l’infection ou la vaccination. Par conséquent, une injection de rappel [une dose supplémentaire de vaccin] pourrait bien être nécessaire, selon le Dr Juthani.

Il n’y a pas de nombre magique

Au début de la pandémie, des chiffres comme 60 à 70 % étaient donnés comme estimations de la proportion de la population qui devrait être immunisée contre le coronavirus pour atteindre l’immunité de groupe. Avec l’augmentation des variants, qui se sont avérés plus infectieux et pourraient potentiellement avoir un impact sur l’efficacité des vaccins, on estime désormais que ce pourcentage est plus élevé — certains disent jusqu’à 85 %. Un chiffre qui est devenu plus difficile à cerner.

Mais ce n’est pas nécessairement une raison de s’inquiéter disent les spécialistes. « Lorsque vous atteignez le seuil d’immunité collective dans une population, cela ne se produit pas tout d’un coup, comme si vous aviez appuyé sur un interrupteur. Il n’y aura pas de gros titre dans les journaux disant que personne n’a la maladie », explique Saad Omer, directeur du Yale Institute for Global Health. « Ce qui se passe, c’est que cela réduit la transmission indigène, ou endémique, du virus. » De fait, la propagation de la maladie ralentit progressivement.

Par conséquent, même lorsque le seuil d’immunité collective est atteint, il y aura toujours de plus petites épidémies. « C’est parce que la couverture vaccinale est toujours inégale. Vous pouvez avoir ces endroits où des braises déclenchent des feux locaux », explique le Dr Omer.

Une autre variable inconnue en termes d’immunité de groupe concerne les enfants, car il n’existe toujours pas de vaccin approuvé pour les moins de 16 ans. Des essais cliniques sont en cours pour les enfants âgés de six mois seulement. « Les enfants comptent certainement dans le dénominateur de l’immunité de groupe. Leur risque de maladie grave est plus faible que celui de leurs grands-parents, mais il s’agit tout de même d’un risque raisonnable », précise le Dr Omer. « Si nous voulons avoir des écoles ouvertes, où il n’y a pas d’épidémies et où le contrôle est durable, nous devrons vacciner les enfants. Et ces essais en ce moment chez les enfants sont faits de manière systématique, et nous espérons que l’autorisation sera bientôt disponible. »

Les effets indirects de l’immunité de groupe

Parmi les experts en vaccins, le terme « immunité communautaire » est préféré à celui d’immunité collective, tient à préciser le Dr Omer. « L’immunité de la population » est un autre terme couramment utilisé. Mais ces expressions ont tous la même signification — et comprennent l’avantage indirect de protéger les groupes vulnérables. Par exemple, certaines personnes ont des problèmes de santé — ou suivent des traitements spécifiques contre le cancer — qui font qu’elles produisent peu ou pas d’anticorps en réponse à un vaccin. L’immunité collective réduisant la propagation du virus dans la communauté d’une personne vulnérable, celle-ci est protégée par défaut.

« En augmentant la couverture vaccinale, nous diminuons ainsi la transmission de la maladie », explique le Dr Omer. « De cette façon, les personnes qui ne sont pas vaccinées sont également protégées indirectement, car il y a moins de virus à répandre. »

Le Dr Juthani note que les avantages indirects de la vaccination de masse sont parfois invisibles pour le grand public. Mais recadrer la façon dont on pense à l’immunité collective pourrait être utile, ajoute-t-elle. « Si vous considérez votre famille élargie comme votre « troupeau« , cela peut mieux illustrer le concept de protection », dit-elle. « Savoir que chaque personne qui se fait vacciner — et qui n’héberge aucun virus — peut protéger, par exemple, un grand-parent atteint d’un cancer ou un cousin immunodéprimé, peut rendre les avantages de la vaccination moins abstraits et plus tangibles. »

Cet état d’esprit est important, ajoute le Dr Omer. « Nous verrons une augmentation des effets indirects, ou communautaires des vaccins à mesure que les taux de vaccination augmenteront. »

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Vaccination contre variants

Pour le Dr Foxman, le message à retenir en matière d’immunité collective est simple. « Faites-vous vacciner. C’est la seule façon de sortir de cette pandémie », martèle-t-il. « Lorsque ce virus est apparu, personne sur la planète entière n’avait d’immunité préexistante. Que ce soit par la vaccination ou l’exposition, l’immunité freine le virus. Les défenses immunitaires ralentissent la quantité de virus qui peut se propager dans votre corps et la quantité de virus qui peut se propager d’une personne à l’autre. »

Il est probable, selon le Dr Foxman, qu’au lieu d’être éradiqué, le Covid-19 devienne endémique, un terme qui décrit le cas où une maladie infectieuse est constamment présente dans une population à un niveau de base, ou prévisible (comme la grippe ou le rhume). « Le virus pourra encore circuler, mais il ne provoquera pas le même niveau de maladie grave que par le passé », explique-t-elle. « Toutefois, le joker avec le Covid, c’est l’émergence de nouveaux variants. Il s’agit de variants du virus qui apparaissent et peuvent mieux se propager en raison de leur biologie ou parce qu’ils échappent au système immunitaire. Nous devons nous faire vacciner le plus rapidement possible afin d’empêcher la propagation du Covid-19, ce qui empêchera également l’émergence de variants. Nous faisons une course entre la vaccination et les variants ».

Bien qu’il soit normal que les virus mutent, cela s’est produit plus rapidement avec le Covid-19 que ce que les experts de la santé avaient prévu, reconnait le Dr Juthani. « D’autres variants apparaîtront avec le temps – nous verrons des variants locaux et des importations d’autres parties du monde – et la préoccupation est qu’à un moment donné, les vaccins pourraient ne plus être aussi efficaces contre ces variants », dit-elle. « C’est pourquoi beaucoup parlent de l’administration de piqures de rappel pour prévenir cela ».

Penser global, agir local

Le Dr Juthani affirme croire que l’immunité collective peut être atteinte, mais que cela pourait prendre plusieurs années. « Nous devons faire vacciner le reste du monde, et cela se produit plus lentement que nous le souhaiterions », dit-elle. « L’épidémie actuelle en Inde met également un frein aux plans de vaccination mondiaux puisque de nombreux vaccins sont produits en masse en Inde. »

Si le rythme de la vaccination a été rapide aux États-Unis, en Grande Bretagne, en Israël ou dans certains pays, ce n’est pas le cas dans le monde entier. En date du 2 mai, 43,9 % de la population américaine a reçu au moins une dose de vaccin et 30,9 % est entièrement vaccinée. Dans le monde entier, seuls 3,5 % sont entièrement vaccinés.

Il y a plusieurs raisons de s’inquiéter du Covid dans d’autres pays, fait remarquer le Dr Omer, même si nous pensons qu’il ne nous touche pas directement. « Il y a une responsabilité qui s’impose au regard des ressources dont dispose chaque pays. Nous serons jugés par nos enfants et nos petits-enfants sur la façon dont nous nous sommes comportés face à cette pandémie », dit-il, notant que « ce qui se passe en Inde et dans d’autres endroits, se passe sous nos yeux. Si nous avons le privilège de vivre dans des pays où les vaccins sont disponibles, il faut que tout le monde tâche de se faire vacciner. »

Et il y a aussi le cas de « l’intérêt personnel éclairé », ajoute le Dr Omer. « Une pandémie généralisée est dangereuse pour tout le monde. Nous savons qu’il existe une menace de variants. Pour les variants circulant aux États-Unis ou en Europe, les preuves en laboratoire suggèrent que ces vaccins continueront à fonctionner contre eux. Mais si nous continuons à laisser cette pandémie se répandre dans des endroits comme l’Inde, il est probable qu’il y aura un jour un variant contre lequel les vaccins seront moins efficaces. »

« Pour l’instant, le barrage tient bon », dit-il. « Mais à quoi bon vouloir tester l’efficacité de ce barrage en restant les bras croisés face à ces grands raz-de-marée qui arrivent ? »

Source : Université de Yale

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agnes.lesage***
3 années

Il aurait été intéressant de préciser ce qu’on sait, ou pas, de la durée d’immunité acquise en cas d’exposition ou de vaccination.

contact@ottafr.***
3 années

L’article considère que la seule alternative est la vaccination de masse, ce qui me semble ténu comme raisonnement surtout que nous sommes en phase expérimentale. L’avis de Foxmann et Omer est respectable mais n’est pas la vérité absolue.
La décrue qu’on observe dans beaucoup de pays ne se justifie pas à la seule réussite vaccinale, c’est plus complexe que cela. Il me semble plutôt qu’avec cette méthode on court après le virus sans le stopper.
D’autres pays bien moins vaccinés qu’Israël ont des résultats similaires (Australie, Portugal….) sinon meilleurs, surtout la transparence n’est pas au RDV.

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