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Biogaz : la liquéfaction à la ferme, une révolution silencieuse pour l’agroalimentaire

Accélérer la transition énergétique suppose aujourd’hui de dépasser les modèles centralisés pour inventer des solutions ancrées dans les territoires. Avec cette innovation de liquéfaction du biogaz directement à la ferme, une nouvelle étape se dessine : produire, stocker et distribuer une énergie renouvelable au plus près des usages, tout en contournant les contraintes des infrastructures existantes. En rapprochant agriculture et industrie, cette innovation ouvre la voie à une décarbonation concrète des filières agroalimentaires, en particulier dans le transport et les procédés industriels, tout en renforçant la souveraineté énergétique et la résilience des territoires.

Une innovation qui change d’échelle

Longtemps, le développement du biogaz agricole s’est heurté à une limite structurelle : sa dépendance aux réseaux. Injecter du biométhane suppose des volumes suffisants et une proximité avec des infrastructures adaptées, excluant de facto une grande partie des exploitations agricoles.

C’est précisément ce verrou que vient de faire sauter Sublime Energie (1) avec l’inauguration, à Plélo (Côtes-d’Armor), de son démonstrateur « Charlie ». Présenté comme le premier système au monde de liquéfaction du biogaz à la ferme, il marque une étape décisive dans l’histoire de la méthanisation. Pour la première fois, il devient possible de produire un carburant renouvelable directement sur site, sans dépendre des réseaux gaziers. Le biogaz est transformé en bioGNL pour la mobilité lourde, tandis que le bioCO₂, coproduit du procédé, remplace le CO₂ fossile dans de nombreux usages agricoles et industriels.

Sortir la méthanisation de ses limites structurelles

Aujourd’hui encore, une large partie des exploitations agricoles reste exclue de la méthanisation en injection. Volumes insuffisants, éloignement des réseaux, investissements trop lourds : autant de freins qui limitent l’essor de la filière biométhane.

Le modèle proposé par Sublime Energie repose sur une idée simple, inspirée du quotidien agricole : la tournée du laitier. Le biogaz est liquéfié à la ferme, puis collecté directement sur les exploitations avant d’être acheminé vers une unité de valorisation mutualisée.

Ce système décentralisé permet d’intégrer des fermes plus petites ou isolées, jusque-là laissées de côté. Il ouvre également une voie de reconversion pour certaines unités de méthanisation en cogénération arrivant en fin de contrat, prolongeant leur durée de vie et améliorant leur rentabilité.

Une rupture technologique au cœur du dispositif

Au cœur de cette innovation se trouve un procédé breveté permettant de liquéfier le biogaz directement sur site. Cette transformation densifie l’énergie produite et rend son transport possible hors réseau.

Le démonstrateur « Charlie » regroupe, à titre expérimental, l’ensemble des briques technologiques : liquéfaction à la ferme et épuration mutualisée par distillation cryogénique. Cette configuration permet de valider le procédé en conditions réelles.

Adossé à l’exploitation Gazéa, pionnière de la méthanisation en Bretagne, le site transforme directement le biogaz produit sur place. Sa capacité atteint environ 180 tonnes de bioGNL et 330 tonnes de bioCO₂ liquide par an, avec des premières productions attendues dès la fin des phases d’essais.

Pour Bruno Adhémar, président et fondateur de Sublime Energie : « Avec Charlie, nous démontrons qu’il est possible de sortir la méthanisation de ses contraintes historiques. En liquéfiant le biogaz à la ferme, nous ouvrons un modèle hors réseau capable de valoriser un gisement agricole diffus à grande échelle. »

Démonstrateur « Charlie » à Plélo (22)

Une réponse concrète aux défis de l’agroalimentaire

Dans un contexte marqué par la volatilité des prix de l’énergie et le durcissement des réglementations environnementales, l’agroalimentaire cherche des solutions fiables et durables.

Le bioGNL apparaît ici comme une alternative crédible au diesel, en particulier pour le transport lourd, avec une réduction des émissions de gaz à effet de serre pouvant atteindre 85 %. Or la logistique constitue l’un des principaux postes d’émissions du secteur.

Mais l’innovation ne s’arrête pas là. La valorisation du bioCO₂ offre une solution de substitution au CO₂ fossile dans de nombreux procédés industriels et agricoles. Elle participe à la décarbonation de chaînes de production souvent invisibles mais essentielles.

Décarboner, produire localement, valoriser autrement

Au-delà de la performance technologique, cette innovation s’inscrit dans une transformation plus globale des modèles énergétiques. Elle ne se contente pas d’optimiser l’existant : elle redéfinit en profondeur la manière de produire, distribuer et consommer l’énergie.

En amont, la méthanisation transforme un passif environnemental — les effluents d’élevage — en ressource énergétique. Ce processus permet non seulement de réduire les émissions de méthane, un gaz à effet de serre particulièrement puissant, mais aussi de substituer des intrants fossiles par des fertilisants organiques issus du digestat. À ce stade déjà, la transition énergétique s’opère à l’échelle de l’exploitation, en intégrant production agricole et production d’énergie dans une même logique vertueuse.

En aval, la liquéfaction ouvre de nouveaux débouchés stratégiques. Le bioGNL produit constitue une réponse immédiate aux besoins de décarbonation du transport lourd, l’un des secteurs les plus difficiles à électrifier. En parallèle, le bioCO₂ permet de remplacer des ressources fossiles dans de nombreux procédés industriels. Autrement dit, cette innovation ne se limite pas à produire une énergie renouvelable : elle permet d’injecter du bas carbone dans des usages où les alternatives restent rares.

Mais c’est sans doute dans son approche systémique que cette solution prend toute sa dimension. En relocalisant la production énergétique au plus près des gisements agricoles, elle réduit les pertes liées au transport, limite la dépendance aux infrastructures lourdes et renforce la résilience des territoires. Elle participe ainsi à une transition énergétique décentralisée, fondée sur la valorisation des ressources locales et la création de boucles énergétiques courtes.

Cette articulation entre agriculture, énergie et industrie esquisse un nouveau modèle : circulaire, territorialisé et bas carbone. Un modèle dans lequel l’exploitation agricole devient un maillon actif de la transition énergétique, non seulement en produisant de l’énergie, mais en contribuant directement à la transformation durable des chaînes de valeur industrielles.

Un levier de souveraineté énergétique et agricole

Une part importante du potentiel de biométhane reste aujourd’hui inexploitable faute d’accès aux réseaux. Estimé à 26 TWh à horizon 2050, ce gisement représente une opportunité stratégique pour la France.

Le modèle de Sublime Energie repose sur l’achat de biogaz brut aux agriculteurs, leur assurant un revenu complémentaire stable sans nécessiter d’investissements lourds. Les exploitants peuvent également participer à l’actionnariat des projets, renforçant leur ancrage territorial.

Pour Alain Guillaume, fondateur de Gazéa : « L’avenir de l’élevage ne peut être assuré que par la démocratisation de la production de biogaz. Le modèle proposé constitue une solution concrète pour permettre aux exploitations de s’adapter. »

Une transition qui appelle la concertation

Comme nous le soulignons régulièrement dans nos analyses, le développement du biogaz repose sur une alchimie complexe entre innovation technologique, acceptabilité sociale et gouvernance territoriale.

La liquéfaction à la ferme, en facilitant l’accès à la production d’énergie renouvelable, ne dispense pas de cette nécessaire concertation. Elle en redéfinit plutôt les contours, en multipliant les acteurs impliqués et les interactions locales.

Une feuille de route industrielle déjà engagée

Avec « Charlie », Sublime Energie franchit un cap décisif et entre dans une phase d’industrialisation. L’entreprise prépare déjà son passage à l’échelle avec le projet « Delta », qui réunira une dizaine de fermes autour d’un hub mutualisé dans les Côtes-d’Armor, pour une mise en service prévue à l’horizon 2028.

Au-delà, l’ambition est claire : déployer ce modèle à l’échelle nationale et européenne afin de structurer une nouvelle filière énergétique décentralisée.

Plus qu’une innovation technique, la liquéfaction du biogaz à la ferme incarne une évolution profonde des modèles énergétiques. Une transition qui, au plus près des territoires, pourrait bien redessiner durablement les équilibres entre agriculture, industrie et énergie.

(1) SUBLIME Energie est la première société à mission immatriculée en France et une start-up deeptech, fondée en juillet 2019 par Bruno Adhémar. Elle est notamment lauréate des concours i-Nov 2021 et EIC Accelerator 2025. La raison d’être de l’entreprise est de : “Contribuer à la nécessaire révolution écologique, sociale et énergétique des territoires par le développement de la production et de la valorisation de gaz renouvelables bas carbone en remplacement de leurs équivalents fossiles”.

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