La politique agricole française prend un tournant décisif sous l’impulsion de la ministre de l’Agriculture Annie Genevard. « La France doit produire plus pour manger mieux », a-t-elle affirmé lors de son discours au Salon de l’Agriculture, dessinant ainsi une nouvelle stratégie de souveraineté alimentaire que le gouvernement conçoit comme un « réarmement » dans un monde secoué par les conflits et les incertitudes économiques.
Une volonté de relancer la production agricole
Désormais installée depuis six mois au ministère, Annie Genevard incarne une vision de l’agriculture qui tranche avec les orientations précédentes. Son discours au Salon de l’Agriculture s’inscrit dans une ligne stratégique claire : accroitre la production agricole pour renforcer la souveraineté alimentaire de la France. « Dans ce moment de grand bouleversement de l’ordre international, la France doit affirmer sa souveraineté agricole comme un enjeu régalien et réarmer sa puissance alimentaire », a-t-elle déclaré en appelant à « sonner la mobilisation générale ».
Ce changement de cap s’explique en partie par la guerre en Ukraine, qui a révélé la fragilité d’une Europe agricole trop dépendante du gaz russe pour ses engrais et du blé de la mer Noire. Cette situation a mis en lumière la nécessité pour la France d’assurer une production suffisante pour se prémunir contre les fluctuations du marché mondial.
Un discours soutenu par les principaux syndicats agricoles
La stratégie d’Annie Genevard reçoit le soutien des principales organisations agricoles. Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, a réagi sur X en affirmant : « Pour une agriculture forte, il faut du #revenu, de la #simplification, de la dignité et nous protéger de la concurrence déloyale ». Son syndicat plaide depuis longtemps pour une réduction des contraintes réglementaires, un accès facilité aux intrants comme les pesticides, et une meilleure protection face à la concurrence étrangère, notamment celle du Mercosur.
Christian Convers, secrétaire général de Coordination Rurale, a salué « un très bon discours », affirmant que son syndicat, à la fois libéral et souverainiste, se reconnaît dans bon nombre des propos de la ministre.
En revanche, la Confédération paysanne, qui milite pour une agriculture plus durable, a boycotté le discours de la ministre, dénonçant « des régressions majeures » pour la protection de l’environnement et du vivant.
Changement de cap sur l’agroécologie
Contrairement aux discours précédents mettant en avant la transition agroécologique, ce terme a complètement disparu des déclarations gouvernementales récentes. En 2017, Emmanuel Macron promettait encore l’interdiction du glyphosate et valorisait la « montée en gamme » de la production agricole. Aujourd’hui, l’exécutif semble davantage en phase avec la FNSEA, misant sur une agriculture plus intensive et moins réglementée.
Annie Genevard assume cette rupture en opposant les « partisans de la décroissance » à ceux qui défendent une agriculture productiviste. « On invoque souvent la dette environnementale que nous pourrions laisser à nos enfants. Mais je ne veux pas non plus leur laisser une dette alimentaire », a-t-elle déclaré, mettant en avant les aides aux agriculteurs, comme les allègements de charges et les prêts garantis par l’État.
Cette approche suscite de vives critiques de la part des associations environnementales et des acteurs du bio. Laurence Marandola, porte-parole nationale de la Confédération paysanne, dénonce « une vision archaïque » et s’indigne que le gouvernement menace le budget de l’Agence bio et envisage de réintroduire les insecticides néonicotinoïdes, connus pour leur toxicité envers les pollinisateurs.
Une stratégie risquée face aux enjeux climatiques et environnementaux
Si la politique agricole du gouvernement vise à renforcer la souveraineté alimentaire, elle pose aussi des questions cruciales sur ses conséquences écologiques. La France est confrontée à des phénomènes climatiques de plus en plus extrêmes, qui affectent directement les rendements agricoles. L’accès à l’eau devient un enjeu de plus en plus critique, et l’utilisation des pesticides reste un sujet de discorde au sein de la société française.
D’autre part, l’Union européenne continue de promouvoir une agriculture plus verte avec la Politique agricole commune (PAC), qui impose des exigences environnementales aux producteurs. La question est donc de savoir si la France pourra aligner sa stratégie nationale avec ces orientations européennes sans risquer des sanctions ou des restrictions budgétaires.
Le productivisme agricole défendu par le gouvernement représente un virage stratégique qui satisfait une partie du monde agricole mais inquiète les défenseurs de l’environnement. Alors que la France veut s’affirmer comme une puissance exportatrice tout en assurant sa sécurité alimentaire, le débat reste vif entre ceux qui préconisent une agriculture plus intensive et ceux qui plaident pour une approche plus respectueuse des écosystèmes.
L’avenir dira si cette politique permettra à la France de relever les défis alimentaires mondiaux sans sacrifier ses engagements environnementaux.
Avec AFP