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Patrimoines en résistance, de Tombouctou à Odessa

Temple de Bêl, Syrie. Photo : Iconem.j

En 2012, les mausolées de Tombouctou, patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1988, s’écroulent sous les coups de pioche des djihadistes d’Ansar Dine. Pour la première fois, cette destruction sera qualifiée de «crime de guerre  » par La Haye et une mobilisation internationale sans précédent s’engage pour reconstruire les sites perdus. L’exposition réunit un ensemble exceptionnel de documents graphiques, d’œuvres d’art contemporain et de répliques numériques des sites perdus. À la manière d’un grand reportage, l’ensemble tisse un récit documenté, visuel et sensible, où se croisent les regards des acteurs et témoins, des architectes et des artistes.

Cette exposition s’appuie sur un consensus scientifique et académique et a été conçue sous l’égide d’un comité scientifique composé de spécialistes reconnus des champs de l’architecture, du patrimoine, de l’histoire et des sciences sociales. Sans prétendre à l’exhaustivité, cette exposition éclaire des sites et des situations emblématiques de la destruction du patrimoine culturel au XXIe
siècle.
Par des entrées thématiques et géographiques et en remontant le temps, elle offre des clés de lecture pour comprendre l’ampleur de ce qui est perdu, mais aussi donner à voir les multiples formes de résistance à la destruction :

Une exposition inédite
Comment la guerre nous fait-elle prendre conscience de ce qui est irrémédiablement perdu, tout en révélant les gestes de résistance qui sont les conditions essentielles d’une réparation future ?
Une plongée en immersion dans des images uniques de patrimoines culturels qui, pour certains, sont irrémédiablement perdus ;

Des clés pour décrypter les conflits du XXIe siècle en trois axes : effacer, résister, réparer.
11 conflits et pays sont montrés, de manière prioritaire, dans cette exposition, dont deux, l’Ukraine et la Palestine, sont présents tout au long du parcours, aux côtés de l’Afghanistan, de la Syrie, de l’Irak, du Liban, de l’Arménie, du Mali, du Yémen, du Soudan et de la République démocratique du Congo ;

L’art et l’architecture pour réparer le monde ;

La place de la photographie dans la révélation des destructions et comme outil de réparation ;

Plusieurs dispositifs interactifs, spécialement conçus, rythment la visite ;

Une grande immersivité, grâce aux films inédits produits avec Iconem et L’Ircam.

Bâmiyân, Afghanistan. Photo : Iconem

Si les guerres ont toujours entraîné des destructions, on observe que, depuis le début du XXIe siècle et jusqu’à la période contemporaine, le patrimoine est devenu une cible privilégiée des conflits armés. De Tombouctou à Odessa, de Bâmiyân à Gaza, les mêmes faits et les mêmes actes semblent se répéter. Comment la guerre nous fait-elle prendre conscience de ce qui est irrémédiablement perdu, tout en révélant les gestes de résistance qui sont les conditions essentielles d’une réparation future ?
L’exposition « Patrimoines en résistance. De Tombouctou à Odessa », réunit un ensemble exceptionnel de cartes (conçues par l’atelier de cartographie de Sciences Po), de textes, de photographies et de vidéo. Des œuvres d’art contemporain et d’exceptionnelles répliques numériques des sites perdus réalisées par Iconem qui, présentés en trois séquences, permettront au public de décrypter ces phénomènes.
À la manière d’un grand reportage, l’ensemble tisse un récit documenté, visuel et sensible, où se croisent les regards des témoins, des architectes et des artistes. D’abord, cette volonté d’Effacer le patrimoine culturel et naturel par la destruction ciblée des monuments et des tissus urbains et ruraux, le pillage et le trafic des biens, et le déplacement des populations, victimes de multiples exactions. À cette volonté d’effacer répond celle de Résister, de manière individuelle ou collective, spontanée ou organisée, en opposant au perfectionnement des outils de guerre des gestes de protection et de mise à l’abri, d’inventaire et de documentation. Si rien ne peut totalement Réparer ce qui a été effacé, ces multiples résistances sont autant de conditions pour penser le futur en lien avec le passé, à travers des gestes et des pratiques de mémoire, de soin et de transmission.
L’exposition «Patrimoines en résistance. De Tombouctou à Odessa », en mettant à distance le tumulte du monde, offre au visiteur un temps de réflexion indispensable face au flot d’informations en continu.

Toutes les secondes, sur tous nos écrans devenus corps-interfaces, défilent les images de la violence. Nous voyons tout – et pourtant nous ne voyons plus. Non par manque d’images, mais par excès d’images. Voir ne suffit plus : il faut réapprendre à rendre le voir intelligible, partageable, vérifiable. En un mot EX-PO-SER. C’est ici qu’intervient cette exposition.»
Cynthia Fleury

Naja Albukaï, Chamboulement, Syrie

Le patrimoine à l’épreuve de la guerre

« Le patrimoine n’est jamais un simple héritage du passé. Il est une mémoire en acte, un cadre partagé qui inscrit les sociétés dans la durée et relie les générations. Lorsque la guerre éclate, ce cadre devient fragile. Les villes sont bombardées, les paysages altérés, les monuments endommagés. Mais au-delà des atteintes matérielles, ce sont des continuités qui vacillent: des savoir-faire, des langues, des pratiques sociales, des formes d’habiter. Les patrimoines – culturels, naturels, immatériels, ordinaires – deviennent des cibles parce qu’ils incarnent des appartenances, des récits, des identités.
Les conflits contemporains ont profondément transformé les modalités de cette violence. La sophistication des armements, l’usage des drones, l’extension des champs de bataille au cyberespace, la diffusion instantanée des images donnent aux destructions une portée qui dépasse largement le terrain militaire. La disparition d’un site n’est plus un événement local: elle acquiert une résonance mondiale, parfois instrumentalisée pour frapper les consciences. Pourtant, l’effacement n’est jamais irréversible. Les ruines, les archives, les relevés numériques, les témoignages des habitants, des chercheurs et des artistes rappellent que l’empreinte demeure. Même atteint, le patrimoine ne disparaît pas: il demeure inscrit dans les mémoires et les usages.
Face aux atteintes portées au patrimoine, des mobilisations s’organisent. Le droit international reconnaît désormais que la destruction intentionnelle de biens culturels peut constituer un crime de guerre. Les technologies de documentation en conservent la trace. Architectes, juristes, historiens, artistes, institutions et acteurs locaux élaborent des réponses adaptées aux contextes. À côté des reconstructions visibles, d’autres gestes, plus discrets – inventorier, documenter, enseigner, transmettre – maintiennent des continuités et sauvegardent les savoir-faire.
Réparer ne consiste pas seulement à rebâtir. Il s’agit de recréer des conditions d’habitabilité, d’associer les communautés aux décisions qui les concernent, de reconnaître les pertes sans effacer leur mémoire. Le patrimoine peut alors devenir un levier pour retisser du commun.
À travers cette exposition et cet ouvrage, la Cité de l’architecture et du patrimoine assume son rôle de lieu de réflexion et de transmission: donner à comprendre la vulnérabilité des patrimoines en temps de guerre et rappeler leur valeur universelle.
Préserver les patrimoines ne relève pas d’un attachement nostalgique au passé. C’est un engagement en faveur de la transmission, de la diversité culturelle et de la possibilité même de vivre en société. »
Julien Bargeton, président de la Cité de l’architecture et du patrimoine

Mossoul, Irak. Photo : Iconem

Patrimoines en résistance de Tombouctou à Odessa

L’exposition invite à une réflexion sur les dommages causés – souvent intentionnellement – aux patrimoines matériels et immatériels pendant les guerres et conflits du XXIe siècle. L’exposition est séquencée en trois parties :
La première porte sur les différentes manières d’EFFACER le patrimoine (culturel et naturel) par destruction intentionnelle ou par négligence, par pillage ou par trafic. Cet effacement va souvent de pair avec le déplacement et la persécution des populations.

À cette volonté d’effacer répond celle de RÉSISTER, de manière institutionnelle ou individuelle, organisée ou spontanée, en opposant aux destructions des gestes de protection et de mise à l’abri.

Si rien ne peut RÉPARER ce qui a été effacé, des petits et grands actes de résistance préparent la réparation post-conflit. Celle-ci allie reconstruction physique du patrimoine et reconstruction psychologique des populations pour «refaire société».
Le patrimoine désigne l’ensemble des biens matériels et immatériels qu’une société considère comme étant dignes d’être protégés et conservés. C’est aussi, pour tout un chacun, le support d’un attachement affectif, d’un sentiment d’appartenance à une communauté et à un territoire. En ce sens, le patrimoine incarne symboliquement notre humanité dans sa dimension à la fois la plus collective et la plus individuelle, voire intime.

Reflet de valeurs et de croyances à la fois culturelles, sociales, religieuses et politiques, le patrimoine est toujours le résultat d’une sélection. Au terme d’un processus de «patrimonialisation», cette sélection peut aboutir à une classification officielle, au titre de «monument historique» en France ou de «patrimoine mondial de l’humanité» à l’Unesco par exemple.
Mais le patrimoine reste fondamentalement pluriel, source de dissonances et de tensions lorsqu’il est instrumentalisé dans le cadre des conflits ou que sa réparation vient cristalliser les récits parfois manichéens du post-conflit.
Si les guerres et les conquêtes ont toujours entraîné la destruction, le pillage et l’instrumentalisation du patrimoine, le phénomène s’est amplifié depuis 2001 avec le dynamitage des bouddhas de Bamiyan en Afghanistan. Depuis, le patrimoine est devenu une cible privilégiée, notamment pour les groupes terroristes, qui en font un support de médiatisation et de propagande, et qui y
trouvent une source de financement.

Kirants, Arménie. Photo : Iconem

Effacer

L’effacement du patrimoine est un phénomène aussi ancien que la guerre, et qui a comme elle connu des évolutions majeures au cours du temps. Alors qu’elle avait essentiellement lieu sur terre et en mer autrefois, la guerre se déroule aujourd’hui également dans l’air, la stratosphère et le cyberespace. Pendant les années 1990, les avancées technologiques dans le domaine de l’armement ont fait espérer l’émergence d’une guerre moins désastreuse en termes de pertes civiles. Les atrocités de masse commises quelques années plus tard en ex-Yougoslavie puis au Rwanda ont rapidement mis fin à cette illusion.
Parallèlement, ces avancées technologiques ont eu un impact sur la destruction du patrimoine bâti et naturel, en augmentant les possibilités de ciblage et la puissance de frappe. Le patrimoine et l’environnement sont également touchés par le pillage et le trafic des richesses culturelles et naturelles.

Au-delà de la destruction des sites et des monuments historiques, l’effacement s’étend au patrimoine immatériel comme au patrimoine ordinaire des villes et des campagnes. Le ciblage des biens culturels est d’ailleurs toujours lié à celui des populations qui leur sont attachées. Arrachées à leur terre, mises sur les routes, celles-ci perdent alors jusqu’à leurs identités, en se voyant parfois interdire de parler leur langue ou de pratiquer leurs coutumes. Le retour sur la terre abandonnée de force est souvent rendu complexe, voire impossible.

Palmyre, Syrie. Photo : Iconem

Résister

La protection du patrimoine culturel menacé ou détruit relève en grande partie de l’action de grandes institutions internationales. L’Unesco, Aliph (Alliance internationale pour la protection du patrimoine) ou l’Aga Khan Trust for Culture (AKTC) oeuvrent à la reconstruction et à la restauration du patrimoine en situation de conflit armé, comme la cathédrale d’Odessa en Ukraine, la vieille ville de Mossoul en Irak ou le souk d’Alep en Syrie.
Des ONG, des collectifs de citoyens, des associations d’architectes s’engagent aussi pour protéger ce patrimoine. Leur objectif est multiple: sauver les oeuvres, documenter les destructions, tout en
tentant d’assurer la sécurité des populations. À l’aide d’outils technologiques (imagerie satellitaire, scanner 3D, photogrammétrie), ces acteurs réalisent des inventaires précis, recensent les exactions commises, évaluent l’ampleur des dommages et produisent les relevés numériques du bâti en péril.

En temps de guerre, chaque geste compte : protéger des bâtiments, mettre à l’abri des oeuvres, témoigner de la situation en cours. Ces actions, individuelles ou collectives, sont autant de manières de résister à l’effacement de la mémoire et de maintenir vivante l’identité d’un peuple.

Karamé, Liban. Photo : Yan Morvan

Réparer

Le terme de «reconstruction» a longtemps été préféré à celui de « réparation ». Or la reconstruction, lorsqu’elle est précipitée et menée sans concertation, peut constituer une nouvelle violence pour des populations encore meurtries. Elle risque alors de cristalliser, dans l’après-conflit, les divisions qui avaient conduit à l’affrontement.
Aujourd’hui, la notion de réparation est venue la remplacer. Elle acte la prise de conscience de la dimension traumatisante des atrocités vécues, mais aussi de la nécessité d’associer la prise en charge psychique des êtres humains à la reconstruction matérielle du patrimoine.

L’approche globale de la réparation prend en compte la diversité des milieux, des situations, des personnes et du vivant dans son ensemble. Elle exige une réflexion sur les ressources, matérielles et humaines, et suppose de créer au préalable les conditions psychologiques, sociales, spatiales et temporelles de cette réparation.
Si le travail mémoriel joue un rôle fondamental pour «refaire société», il est tout aussi important de penser la transmission et le partage d’expériences à travers les chantiers-écoles avec les habitants et la formation des futurs architectes, artisans, restaurateurs ou archéologues.
Le soin apporté au patrimoine devient alors une étape décisive de la réparation post-conflit et une nouvelle manière de «faire monde».

Commissariat d’exposition :

  • Elisabeth Essaïan, architecte DPLG, chercheuse au laboratoire IPRAUS et maîtresse de conférences en TPCAU à l’École nationale supérieure de Paris-Belleville
  • Mathilde Leloup, politiste, maîtresse de conférences en science politique à l’Institut d’Études Européennes de l’université Paris 8 et directrice adjointe du laboratoire CRESPPA
  • Avec Yves Ubelmann, architecte spécialisé dans le relevé numérique 3D de sites, notamment archéologiques

Exposition Patrimoines en résistance, de Tombouctou à Odessa, du 20 mai 2026 au 03 janvier 2027 – Cité de l’architecture et du patrimoine, Palais de Chaillot / Place du Trocadéro – 75116 – Paris

citedelarchitecture.fr

Autour de l’exposition

LES RONDES ET CONFÉRENCE – 19H
« La protection du patrimoine culturel dans les conflits : de la notion à l’action » / 28 mai 2026
«Faire avec : reconstructions post-conflits » / 24 Septembre 2026 (en anglais)
«Documenter, inventorier, cartographier : les sources en questions » / 19 octobre 2026
« Enseigner, Transmettre » : pédagogie de l’architecture en temps de guerre / 6 Novembre 2026
« La guerre vue par les artistes » / 26 novembre 2026

COLLOQUE
«Des conflits géo-politiques aux écoles d’architecture», journée dirigée par Stéphanie Dadour et Mazen Haidar
En partenariat avec l’Ecole nationale supérieure d’architecture de Paris-Malaquais-PSL / 6 novembre 2026

LES ENTRETIENS DE CHAILLOT – 19H

  • Salma Samar Damluji, architecte, Londres / 8 Juin 2026
  • Iryna Matsevko, historienne et rectrice de l’Ecole d’architecture de Kharkiv, Lviv, Lviv / 5 octobre 2026

CINÉMA – 19H

Séance #1 – Interceptés
Réalisé par Oksana Karpovych, Canada, France, Ukraine, 2024 / 29 mai 2026

Séance #2 – Je vous écris du Havre
Réalisé par Françoise Poulin-Jacob, France, 2010 / 12 juin 2026

Séance #3 No other land
Réalisé par Basel Adra, Hamdan Ballal, Yuval Abraham, Palestine, Norvège / 18 septembre 2026

Séance #4 Do you love me
Réalisé par Lana Daher, Liban, France, Allemagne, Qatar, 2025 / 16 octobre 2026

Séance #5 Kosmina, trois fois
Un film en chantier de Maxime Faure, avec Bögdana Kosmina, France / 11 décembre 2026

Séances spéciales
Festival War on Screen, octobre 2026,
à Châlons-en-Champagne Festival Close-up, Île-de-France, novembre 2026 à l’auditorium de la Cité

FESTIVAL
«Réparer, reconstruire après les guerres» ManiFeste, festival international et académique pluridisciplinaire de l’Ircam, s’installe à la Cité
Avec Barbarin Yassin, philolophe, Sonia Wieder Atherton, violoncelliste, et Yves Ubelman, président de la société Iconem.
Modération par Isabelle Regnier, journaliste au journal Le Monde / 11 juin 2026

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