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Léonard de Vinci, maître de l’eau

Comment comprendre, maîtriser et préserver l’eau ? Ce défi, au cœur des enjeux contemporains, était déjà au centre des recherches de Léonard de Vinci il y a plus de 500 ans. Le château du Clos Lucé révèle une exposition immersive inédite dédiée à sa vision pionnière : « Léonard de Vinci maître de l’eau ». Pendant 45 ans, Léonard de Vinci observe et dessine les mouvements de l’eau, étudie ses courants, ses tourbillons, sa force de percussion et son rôle dans la formation des paysages. À la croisée de l’art et de la science, ses dessins et ses projets témoignent d’une inventivité exceptionnelle pour maîtriser, transporter et distribuer l’eau, portée par l’idée constante de la contrôler pour la rendre utile à l’humanité.

Sur 330 m², l’exposition réunit des dessins originaux du Codex Atlanticus de Léonard de Vinci, exceptionnellement prêtés par la Bibliothèque Ambrosienne, des maquettes historiques réalisées d’après ses croquis, des œuvres d’art et de rares manuscrits du XVe siècle (Artistote, Physica ; Ptolémée, Cosmographia ; Taccola, De machinis). Des dispositifs interactifs et des créations audiovisuelles complètent cet ensemble pour éclairer, de manière concrète, l’étendue de ses recherches et la portée visionnaire de ses travaux sur l’eau.

Depuis l’Antiquité, l’eau est chargée de symboles. Empédocle en fait l’un des quatre éléments de la matière, avec la terre, l’air et le feu. Les cultures, les mythes et les religions l’associent à la vie, à la pureté, à la guérison, mais aussi à la destruction. Léonard de Vinci hérite de cet imaginaire ancien, qu’il transforme par l’observation et l’expérimentation.
Héritier des ingénieurs médiévaux et des grands bâtisseurs de la Renaissance, Léonard pousse plus loin que ses prédécesseurs. Il veut comprendre l’eau pour la maîtriser, la rendre utile, productive, protectrice.
Ses carnets fourmillent d’inventions : pompes hydrauliques, vis d’Archimède géantes, moulins à eau, machines d’assèchement, écluses, canaux, aqueducs, bateaux à aubes, étraves innovantes, scaphandres… Autant de solutions concrètes pensées pour dompter, transporter et distribuer l’eau. À Milan, Florence, Venise, dans la plaine du Pô ou au service des rois de France, Léonard imagine des projets de génie civil d’une ampleur impressionnante : villes traversées par des réseaux de canaux, détournement de fleuves, drainage de marais, voies navigables reliant régions et royaumes.
Ingénieur de terrain, il calcule les débits, chronomètre l’écoulement de l’eau et étudie la manière dont la force de l’eau façonne les paysages. Léonard développe même les prémices de l’hydrodynamique moderne, utilisant la puissance des chutes d’eau pour produire de l’énergie et imaginer de nouvelles applications industrielles. Il projette de créer un grand « Traité de l’eau », qu’il n’achève jamais mais dont les dessins et réflexions sont aujourd’hui dispersés dans ses codex. Pour lui, « l’eau est la force motrice de toute la nature ».

Faisant écho aux défis de notre planète liés au dérèglement climatique, à la gestion des ressources en eau et à leur partage, l’exposition établit un dialogue entre les intuitions de Léonard de Vinci et les enjeux du XXIe siècle pour protéger ce bien universel et vital qui appartient à tous. Autodidacte, humaniste et ingénieur visionnaire, Léonard de Vinci nous laisse un message toujours actuel : observer la nature, la comprendre, et mettre le savoir au service de l’humanité. « Léonard de Vinci maître de l’eau » invite le public à redécouvrir ce génie sous cet angle nouveau — et à réfléchir, à travers son regard, aux grands défis de notre avenir.

Les dessins originaux de Léonard de Vinci

Deux dessins de Léonard de Vinci sont exceptionnellement prêtés par la Bibliothèque Ambrosienne de Milan. Il s’agit de deux des plus beaux feuillets du célèbre Codex Atlanticus, présentant des machines pour élever l’eau : vis d’Archimède et machine pour puiser l’eau d’un puits et l’acheminer à l’intérieur des habitations (folio 26v) et fontaine et appareils mécaniques donnant de la pression à l’eau (folio 7r).

Léonard de Vinci, Codex Atlanticus, fol 26v © Veneranda Biblioteca Ambrosiana – Metis e Mida Informatica – Mondadori Portfolio.

Le feuillet 26v constitue le recto original d’une feuille presque entièrement consacrée aux machines à pomper l’eau. Le problème que Léonard de Vinci cherche à résoudre est celui de l’élévation et du transport de l’eau : l’une des méthodes les plus anciennes est la « vis d’Archimède ». Il s’agit d’une vis sans fin qui aspire l’eau du bassin inférieur et la transporte vers le haut. Bien que souvent attribuée à Archimède lui-même (IIIe siècle av. J.-C.), Léonard de Vinci a étudié et documenté de manière approfondie les mécanismes de la « vis d’Archimède ».
Cet ingénieux dispositif fonctionne en utilisant une vis hélicoïdale qui tourne à l’intérieur d’un tube, soulevant efficacement les liquides d’un niveau inférieur à un niveau supérieur. Son efficacité durable est évidente encore aujourd’hui, car les vis d’Archimède sont toujours utilisées pour l’irrigation, dans les stations d’épuration des eaux usées, et même pour la production d’énergie hydroélectrique à basse chute.

Léonard de Vinci, Etudes sur l’eau courante, RL 12660v © Royal Collection Enterprises Limited 2026 | Royal Collection Trust

Le feuillet 7r contient des dessins et des notes relatifs à l’élévation de l’eau à l’aide de pompes, de seaux et de poulies, ainsi que plusieurs croquis sur le même sujet, notamment des dispositifs pour augmenter la pression de l’eau d’une fontaine, un dessin d’une échelle extensible dotée d’un ingénieux système d’emboîtement, et une fontaine jaillissant « pendant une heure ».
Cette étude de machines est particulièrement intéressante car elle révèle l’extraordinaire capacité de l’artiste et ingénieur à innover et à perfectionner les systèmes d’ingéniérie traditionnels. Léonard de Vinci n’était pas un simple observateur des créations de ses prédécesseurs ; tout au long de sa vie, il s’est efforcé d’y intégrer des modifications et des améliorations, dans une quête constante de la perfection.

Parcours de l’exposition

À travers six salles thématiques réparties sur 330 m², l’exposition met en lumière la manière dont Léonard de Vinci a construit son socle de connaissances grâce à l’observation et à l’expérimentation. Elle explore son intérêt pour la nature de l’eau, sa puissance, ses manifestations et ses usages au service de l’homme, en s’appuyant sur ses études, recherches, travaux et
inventions menés tout au long de sa vie.

SECTION I – L’EAU
Cette première section introductive pose les fondements scientifiques, culturels et symboliques de l’eau. Elle aborde sa définition physique (H₂O), sa présence sur la planète et dans le corps humain, son rôle comme source d’énergie, ainsi que le vocabulaire et les représentations symboliques qui lui sont associées dans les cultures, les mythes et les religions.
Le cycle de l’eau, sa place dans l’art de la Renaissance et une chronologie des études, recherches et travaux de Léonard de Vinci sur l’eau complètent cette introduction.
Les boucles de la chevelure de Ginevra da Benci rappellent les dessins de tourbillons de Léonard de Vinci.

Léonard de Vinci, Portrait de Ginevra da Benci © National Gallery of Art, Bridgeman Images

SECTION II – L’EAU MODÈLE LA TERRE
Léonard de Vinci conçoit la Terre comme un organisme vivant, structuré par les « veines » que constituent les rivières, les fleuves et les mers. Cette section explore sa vision du macrocosme et du microcosme, ses réflexions sur l’origine des sédiments, l’érosion, le ruissellement et les inondations. Elle met également en lumière ses études sur les courants, les vagues et la houle, ainsi que ses inventions liées à la navigation et au monde marin : bateaux à aubes, étrave à bulbe, carènes à double coque, pont tournant, pont à double niveau, pont canal.

SECTION III – LA DYNAMIQUE DE L’EAU : PRINCIPES ET EXPÉRIENCES
Cette section est consacrée aux recherches fondamentales de Léonard sur la dynamique des fluides. À travers l’étude des flux, des tourbillons, des vortex, de la conservation des volumes ou encore du siphon et du mouvement perpétuel, elle révèle la rigueur scientifique et expérimentale de son approche, fondée sur l’observation directe et le dessin analytique.
Un dispositif interactif conçu par Artes Mechanicae permet aux visiteurs de générer un vortex, grâce à l’utilisation d’un fluide réoscopique — un liquide dans lequel de fines particules réfléchissantes s’orientent et captent la lumière dès que le fluide est mis en mouvement, rendant ainsi visibles les courants et les tourbillons habituellement imperceptibles à l’œil nu.

SECTION IV – L’EAU, FORCE MOTRICE DES MACHINES, AU SERVICE DES HOMMES
Léonard de Vinci explore l’eau comme source d’énergie, aux côtés des forces animale et éolienne. Héritier des ingénieurs siennois, il conçoit et perfectionne de nombreuses machines hydrauliques : vis d’Archimède géantes, roues à aubes, moulins, foulons, turbines hydrauliques, pompes élévatrices et excavatrices et dispositifs destinés à l’assèchement et à la gestion de l’eau. Cette section met en valeur l’ingéniosité technique de Léonard et son ambition de mettre la puissance de l’eau au service des hommes.

Vis d’Archimède, interpétation de Dario Noè, 2006 © La città ideale – Ecomuseo della Roggia Mora (Mulino di Mora Bassa). Dario Noè

SECTION V – CONDUIRE ET RÉGULER L’EAU
Cette partie présente les grands projets hydrauliques et territoriaux structurants de Léonard de Vinci, conçus pour maîtriser, canaliser et réguler l’eau. Elle aborde notamment le canal de Florence, la dérivation de l’Arno, l’aménagement de la rivière Adda, les projets de Cesena et Romorantin, ainsi que les systèmes de régulation urbaine : digues, déversoirs, écluses à sas, canaux, fontaines et compteurs d’eau. Milan et son réseau de navigli occupent une place centrale dans cette réflexion sur la ville hydraulique dans la cité idéale.

SECTION VI – SALLE DE PROJECTION
La visite s’achève par un espace de projection dédié aux productions audiovisuelles, dont le film Leonardo’s Deluges de Mark Whitney et du professeur Carlo Pedretti, offrant une synthèse immersive des recherches de Léonard de Vinci sur l’eau, sa force, ses mouvements.

Les dispositifs de médiation et la scénographie de l’exposition

L’exposition offre une immersion totale où les visiteurs peuvent interagir avec des œuvres conçues pour éveiller leur curiosité. Certaines maquettes interactives, prêtées par l’Ecomuseo de Vigevano, une ville qui fut au cœur des projets de Léonard de Vinci, permettent de découvrir les principes hydrauliques de manière tangible. Parmi les œuvres interactives, les visiteurs
manipulent la vis d’Archimède, le compteur d’eau et l’écluse milanaise pour mieux comprendre leur fonctionnement.

Une autre œuvre interactive de l’exposition est la machine innovante conçue par Artes Mechanicae permettant de simuler un vortex et de l’observer grâce à la technologie du fluide réoscopique. Pour la première fois, cette technologie est mise en pratique, offrant aux visiteurs la possibilité de comprendre concrètement la dynamique des fluides, tout en reliant les recherches de Léonard de Vinci à des applications modernes et interactives.

L’expérience est enrichie par des vidéos et des animations 3D. Une table tactile permet par ailleurs de parcourir une trentaine de magnifiques cartes hydrographiques dessinées par Léonard de Vinci.

Enfin, la scénographie de l’exposition, imaginée comme un univers flottant, avec ses camaïeux de bleus, ses jeux de lumière, ses surfaces réfléchissantes, sans oublier ses effets sonores, crée une atmosphère immersive, où chaque espace semble en perpétuel mouvement, à l’image de l’écoulement de l’eau.

Le commissariat de l’exposition est assuré, sous la direction du château du Clos Lucé, par Pascal Brioist, professeur d’Histoire moderne à l’Université de Tours et membre du Centre d’études supérieures de la Renaissance de Tours, ainsi que par Andrea Bernardoni, professeur d’Histoire des sciences et des techniques à l’Université de L’Aquila en Italie et collaborateur du musée Galilée de Florence.

Exposition « Léonard de Vinci, maître de l’eau », du 6 juin au 13 septembre 2026 – Château du Clos Lucé, 2 rue du Clos Lucé – 37400 Amboise

https://vinci-closluce.com/fr

Photo d’en-tête : Bateau à aubes, interprétation de Luigi Tursini, 1953 © Musée national des sciences et des techniques Léonard de Vinci, Milan

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