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Comptabilité et vivant : un nouveau paradigme pour l’agriculture

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Changer notre manière de comptabiliser, c’est changer notre manière de voir le monde. Depuis des décennies, la comptabilité traditionnelle a structuré l’économie autour de la maximisation du profit monétaire, sans considérer les coûts réels de l’exploitation des ressources naturelles et humaines. Cette approche a conduit à une crise écologique sans précédent, mettant en péril les écosystèmes et les conditions de vie des générations futures. À l’approche du Salon International de l’Agriculture et alors que l’importance accordée à la protection de l’environnement dans l’agriculture fait débat, Fermes d’Avenir révèle les atouts de la Comptabilité Écologique (CE) pour les exploitations agricoles. Cette approche innovante permettra-t-elle de mieux évaluer les coûts de préservation des capitaux naturels et humains en ouvrant la voie à une répartition plus équitable de ces charges, au profit des agriculteurs et du bien commun ?

La Comptabilité Écologique pourrait-elle émerger comme un outil de transformation majeure ? Elle permet d’intégrer les coûts de préservation du vivant dans les modèles économiques et ainsi de répartir plus équitablement ces charges entre les acteurs concernés. Dans le domaine agricole, où la préservation des sols, de l’eau, de la biodiversité et du bien-être humain est cruciale, cette approche ouvre une voie inédite vers un modèle plus juste et plus durable.

Revenus agricoles : la Comptabilité Écologique au service des agriculteurs et de la nature

Alors que l’agriculture se trouve au cœur des débats sur l’environnement, Fermes d’Avenir défend la Comptabilité Écologique comme un levier puissant pour valoriser le rôle des agriculteurs dans la préservation du vivant. Cette approche novatrice permet d’évaluer de manière précise les coûts liés à la protection des ressources naturelles et des travailleurs, et de redéfinir leur répartition afin de garantir un modèle économique plus équitable.

« Notre système comptable est borgne » disait Corinne Lepage. En effet, dans les normes comptables, une seule chose est préservée, c’est le capital financier. Les conventions comptables ignorent le prix à payer par la nature ou les humains pour produire. Tout simplement parce que le capital naturel ou le capital humain ne sont pas considérés, alors qu’aucune production ne peut se faire sans leurs concours. Dans le monde réel, ces capitaux sont des dettes à rembourser.

Dans un contexte où l’article 13 de la Loi d’Orientation Agricole suscite des inquiétudes quant à ses impacts sur la biodiversité, il devient urgent d’objectiver les coûts de la transition agroécologique. Une étude récente, pilotée par la Fédération Nationale des Coopératives d’Utilisation du Matériel Agricole (FNCUMA) en collaboration avec la Chaire Comptabilité Écologique et accompagnée par Fermes d’Avenir, met en lumière les enjeux financiers de cette transition. Sur un échantillon de dix fermes laitières, les coûts de préservation des capitaux naturels et humains varient entre 81 000 € et 280 000 €, selon les pratiques agricoles adoptées. Ces chiffres révèlent la nécessité d’une meilleure répartition de ces charges pour garantir la viabilité économique des exploitations et la protection du vivant.

Comme l’explique Dorothée Browaeys (1), « Nous constatons que la comptabilité actuelle est aveugle à la destruction des capitaux naturels et sociaux qui constituent nos conditions d’existence ou biens communs (santé, eau, sols, air…). Pour maintenir l’habitabilité de la terre – non négociable – et la résilience des « facteurs de richesse » que sont les écosystèmes vivants, nous avons besoin d’un cadre comptable nouveau.« 

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Chiffrer la préservation des capitaux naturels et humains : un enjeu fondamental

La Comptabilité Écologique repose sur une idée simple, mais révolutionnaire : mesurer le coût réel de la préservation de la nature et de l’humain sur une ferme. Cette méthode ne cherche pas à donner un prix à la nature, mais plutôt à identifier les efforts nécessaires à son maintien.

Basée sur le modèle C.A.R.E de la Chaire Comptabilité Écologique d’AgroParisTech, cette approche a été testée en 2022 sur sept fermes du réseau Fermes d’Avenir, puis élargie en 2023-2024 dans le cadre d’un projet impliquant dix fermes laitières en Bretagne, en partenariat avec la FNCUMA et plusieurs autres acteurs.

Les résultats sont éloquents : les agriculteurs font face à des obstacles majeurs pour financer les actions de préservation du vivant. Le manque de filières valorisant leurs efforts, l’absence d’appui technique et de temps, mais surtout l’insuffisance des financements, rendent difficile la mise en œuvre de pratiques durables. Selon l’expérimentation, les investissements nécessaires pour atteindre un bon état écologique se situent entre 4 000 € et 158 000 € par ferme, ce qui peut mettre en péril leur équilibre économique.

Vers une refonte des aides et du financement de l’agriculture durable

Les principaux freins des agriculteurs à la mise en place de démarches de préservation sont le manque de filières valorisant leurs efforts, d’appui technique et de temps, mais aussi et surtout le manque de financements. L’expérimentation montre que les fermes ne peuvent pas soutenir toutes les dépenses liées à la préservation des capitaux naturels et humains.

Ces enseignements soulignent l’urgence de repenser les aides agricoles et les mécanismes de financement pour mieux soutenir les fermes engagées dans la préservation du vivant. La Comptabilité Écologique met en lumière la nécessité de partager ces coûts entre les différents acteurs territoriaux – agriculteurs, entreprises, collectivités, institutions publiques – afin de garantir une transition agroécologique viable.

Pour ce faire, Fermes d’Avenir appelle à :

  • Utiliser la Comptabilité Écologique comme un outil de dialogue pour orienter efficacement le financement des actions de préservation menées par les agriculteurs, via des prix garantis, des subventions ou des Paiements pour Services Environnementaux (PSE).
  • Exploiter les données issues de la Comptabilité Écologique pour mieux évaluer les états de la Nature et de l’Humain sur un territoire et déterminer avec précision les coûts de leur préservation.

Face aux défis écologiques et sociaux actuels, il est urgent de réhabiliter une comptabilité du vivant, qui reconnaisse et valorise les efforts des agriculteurs au service de l’intérêt général. Changer de comptabilité, c’est transformer notre rapport à la Terre et ouvrir la voie à une économie réellement durable et solidaire.

Un rendez-vous au Salon International de l’Agriculture :
Pour partager ces avancées et interpeller les acteurs clés, Fermes d’Avenir sera présente au Salon International de l’Agriculture les 27 et 28 février 2025, au Parc des Expositions de la Porte de Versailles. Rendez-vous :

  • Le 27 février à 10h, sur le stand de l’ONG Max Havelaar, pour une conférence tenue par Hélène Calandot, Directrice du pôle Sensibilisation de Fermes d’Avenir : « Préserver la nature et rémunérer les agriculteurs : comment la Comptabilité Écologique éclaire les besoins en financement« . L’équipe de direction de l’association sera également sur place pour rencontrer des partenaires.
  • Le 28 février, toute la journée, sur le stand de la Mairie de Paris.

(1) Auteure du livre L’urgence du vivant : vers une nouvelle économie, Éditions François Bourin, 2018

Photo d’en-tête : Crédit photo : DiedovStock – stock.adobe.com

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