Quand les derniers jours du printemps caressent les sommets savoyards, un spectacle aussi ancien que la montagne elle-même reprend vie. Au son des clarines, les troupeaux gravissent les pentes vers les alpages où les attendent des prairies généreuses et des horizons sans limites. Derrière cette transhumance, inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’humanité, se dévoile bien plus qu’une tradition : un art de vivre, un héritage transmis de génération en génération, et l’histoire d’hommes et de femmes qui façonnent les paysages autant qu’ils élaborent l’un des plus grands trésors de notre gastronomie. De cette alliance unique entre les pâturages d’altitude, le savoir-faire des éleveurs et la richesse de la biodiversité naît le Beaufort, fromage d’exception dont chaque meule concentre les parfums, les fleurs et l’âme des montagnes savoyardes. Embarquez pour un voyage au cœur des alpages du Beaufort, là où le temps ralentit, où la nature dicte son rythme et où se perpétue, chaque été, l’une des plus belles expressions du patrimoine français.
À la mi-juin, lorsque les derniers voiles de neige s’accrochent encore aux sommets savoyards, un mouvement ancestral reprend vie. Dans les vallées du Beaufortain, de la Maurienne, de la Tarentaise et du Val d’Arly, les cloches résonnent à nouveau. Elles annoncent l’emmontagnée, cette montée des troupeaux vers les alpages qui, depuis des siècles, rythme la vie des montagnes.
Le spectacle est saisissant. Les Tarines aux robes fauves et les Abondances aux yeux soulignés de noir quittent les prairies de vallée pour gagner les pâturages d’altitude. Derrière elles, avancent les éleveurs, les familles, les proches. Tous empruntent les chemins escarpés qui conduisent aux chalets d’alpage, là où se jouera, durant tout l’été, l’une des plus belles aventures du patrimoine vivant français.

Cette migration saisonnière n’est pas seulement un déplacement. C’est une promesse. Celle d’un lien renouvelé entre l’homme, l’animal et la montagne. Dans un monde qui accélère sans cesse, l’alpage invite à ralentir. À plus de 1 500 mètres d’altitude, le temps reprend sa juste mesure. Les journées s’écrivent au rythme des traites, des changements de pâture, des caprices du ciel et de la croissance des herbes. Là-haut, chaque geste compte. Chaque saison est une leçon d’humilité.
L’année 2026, proclamée Année internationale du pastoralisme et des pâturages par l’ONU, donne une résonance particulière à cette pratique ancestrale. Car le pastoralisme n’appartient pas au passé. Il est plus que jamais une réponse aux défis de notre temps. Il participe à la préservation de la biodiversité, entretient les paysages, limite l’embroussaillement des montagnes, favorise une agriculture durable et contribue à la souveraineté alimentaire des territoires.
Reconnaissant cette valeur universelle, l’Unesco a inscrit la transhumance au patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Une distinction qui célèbre non seulement un savoir-faire, mais aussi une manière d’habiter le monde, fondée sur la transmission, l’adaptation et le respect du vivant. Car ici, les montagnes ne sont pas un décor. Elles sont un territoire d’engagement.
À travers chaque troupeau qui gravit les pentes, ce sont des générations de femmes et d’hommes qui poursuivent une histoire commencée bien avant eux. Une histoire faite de patience, de courage et de fidélité à un terroir exigeant. Malgré les aléas climatiques, les contraintes économiques et la rudesse du quotidien, ils choisissent de rester. Ils choisissent d’élever leurs vaches en altitude, de préserver des paysages ouverts et de transmettre un patrimoine qui ne se mesure pas seulement en hectares ou en litres de lait. Car c’est là, au cœur des alpages fleuris, que naît l’un des trésors gastronomiques des Alpes françaises. L’herbe y est généreuse, riche de centaines d’espèces végétales. Chaque fleur, chaque plante aromatique, chaque parcelle de prairie apporte sa signature au lait produit durant l’été. Jour après jour, dans les chalets d’alpage, ce lait est transformé selon des gestes précis, hérités de générations de fromagers.

De cette alchimie entre nature et savoir-faire naissent les meules de Beaufort Été et, plus rare encore, de Beaufort Chalet d’Alpage AOP. Dans leur pâte ivoire se concentre toute la richesse de la montagne : des notes florales, fruitées, parfois légèrement herbacées, qui racontent à leur manière les paysages dont elles sont issues. Il existe en réalité plusieurs expressions de ce fromage d’exception, chacune intimement liée au rythme des saisons. Le Beaufort est fabriqué de novembre à mai, lorsque les troupeaux séjournent dans les vallées. Le Beaufort Été, quant à lui, est élaboré de juin à octobre, pendant la période où les vaches profitent des pâturages de montagne et des alpages.
Plus rare encore, le Beaufort Chalet d’Alpage répond à des exigences particulièrement strictes. Seuls dix-huit alpages perpétuent aujourd’hui cette fabrication d’exception. Produit durant la période des « cent jours », entre juin et octobre, il doit être fabriqué à plus de 1 500 mètres d’altitude, directement dans le chalet d’alpage, deux fois par jour, selon les méthodes traditionnelles. Le lait chaud de la traite doit provenir d’un seul et même troupeau, condition essentielle à son identité. Le Beaufort Chalet d’Alpage ne représente qu’une infime part de la production estivale, avec moins de 10 000 meules fabriquées chaque année. Comme le Beaufort Été, sa pâte se pare souvent d’une couleur plus soutenue et développe des arômes plus intenses, qui s’épanouissent lentement en bouche, révélant toute la richesse botanique des pâturages d’altitude.
Mais la vie en alpage ne se résume pas à la fabrication d’un fromage d’exception. Elle est aussi une aventure humaine.
Lorsque vient le soir, après les longues journées de travail, les alpagistes se retrouvent autour d’une grande table. Les repas partagés deviennent des moments précieux où se mêlent récits, rires et souvenirs. Dans la simplicité des chalets, loin de l’agitation du monde, se tissent des liens rares. Ceux d’une communauté qui partage le même attachement à la montagne et à ses valeurs.
Au lever du jour, lorsque les premiers rayons illuminent les crêtes, les visages retrouvent pourtant la même détermination. Car derrière la beauté des paysages se cache une réalité exigeante. Les journées sont longues, les nuits courtes. Les tâches ne manquent jamais. Il faut surveiller les troupeaux, entretenir les pâturages, fabriquer les fromages, accueillir parfois les visiteurs. Certains alpagistes s’appuient sur des saisonniers ou des proches venus prêter main-forte. Tous savent que la montagne ne donne rien sans effort.
Mais le pastoralisme n’est pas figé dans la nostalgie car il sait innover pour répondre aux enjeux environnementaux : dans les hauteurs sauvages de ces alpages, où le soleil dicte le rythme des journées, une révolution silencieuse est en marche : la traite solaire. Alliant tradition et modernité, cette technologie durable permet aux éleveurs de traire leurs vaches en pleine nature, sans dépendre des énergies fossiles ni d’infrastructures électriques lourdes.
Grâce aux panneaux photovoltaïques installés sur le toit des salles de traite mobiles, l’énergie captée alimente directement les équipements nécessaires à la traite. Les producteurs bénéficient ainsi d’une autonomie énergétique particulièrement adaptée aux contraintes de la montagne.
Cette avancée conjugue respect du bien-être animal, efficacité du travail et engagement environnemental. Les vaches sont traites dans leur environnement de pâture, limitant les déplacements et le stress. Les éleveurs gagnent en souplesse d’organisation tout en réduisant leur empreinte écologique.
À travers des initiatives comme celle portée par Valentin Blanc Gonnet, l’agriculture de montagne démontre sa capacité à innover sans renier son identité. Une manière de préserver l’équilibre fragile des paysages alpins tout en préparant l’avenir du pastoralisme. Car ici, chaque progrès est pensé au service du vivant, de la transmission des savoir-faire et de la production d’un fromage d’exception qui demeure l’une des plus belles expressions du terroir savoyard.
Vous l’aurez compris, aucun des alpagistes n’échangerait sa place. Parce qu’au sommet, loin du bruit, ils touchent à l’essentiel. Ils vivent au rythme de la nature. Ils participent à la préservation d’un patrimoine unique. Ils offrent à leurs troupeaux les meilleures pâtures et à nos tables l’un des plus grands fromages du monde.
L’emmontagnée n’est donc pas seulement le début d’un été en altitude. Elle est le symbole d’une culture vivante, d’une gastronomie profondément enracinée dans son territoire et d’un savoir-faire qui continue de façonner l’identité des Alpes savoyardes.
Dans chaque meule de Beaufort se cache un paysage. Dans chaque paysage, une histoire. Et dans chaque histoire, l’âme discrète mais précieuse de celles et ceux qui font vivre la montagne.
- Les Instants Beaufort Été, de Bas en Haut : le goût de la rencontre ! Chaque été, la filière Beaufort donne rendez-vous au public pour des moments suspendus entre ciel et montagne : les Instants Beaufort Été. On y découvre ainsi chaque année la vie dans les alpages, le travail quotidien de la filière, le paysage façonné par le pastoralisme depuis des siècles. Cette année, l’événement prend un nouveau virage et joue les funambules entre sommets et vallées… mais toujours au cœur du territoire !
- Un été qui a du panache, du pic à la cave Rebaptisés Les Instants Beaufort Été, de Bas en Haut, ces rendez-vous prennent de la hauteur tout en gardant les pieds sur terre. Une journée, deux ambiances : d’un côté les alpages et leur atmosphère bucolique, de l’autre les vallées, où les coopératives et leurs caves ouvrent leurs portes pour dévoiler les coulisses de la fabrication du Beaufort, entre autres. De la traite à l’affinage, le Beaufort se raconte, se partage et se savoure sous toutes ses coutures.
- Un programme qui ne manque pas de piquant : Sur les hauteurs, c’est l’appel du grand air : rencontres avec les éleveurs, vues à couper le souffle, troupeaux en vadrouille, et bien sûr, dégustations au sommet. En bas, place à l’effervescence des ateliers de fabrication, à la magie de l’affinage et à des dégustations commentées au cœur des coopératives. Ici, on découvre comment le lait se transforme en Beaufort, comment les gestes se transmettent et comment le terroir s’exprime à chaque étape.







