Alors que l’Europe traverse une troisième vague de canicule en quelques semaines, une autre actualité vient relancer le débat sur l’habitabilité des logements. Le gouvernement envisage en effet d’autoriser la remise sur le marché locatif de près de 700 000 logements classés F et G, aujourd’hui progressivement exclus de la location, à condition que leurs propriétaires s’engagent à réaliser des travaux de rénovation énergétique dans un délai de trois à cinq ans. L’objectif est clair : accroître rapidement l’offre de logements sans renoncer aux ambitions de rénovation du parc immobilier. Mais cette annonce, faite en pleine période de canicules, suscite déjà de nombreuses critiques. Car au-delà de leur faible performance énergétique en hiver, ces logements interrogent aussi leur capacité à protéger leurs occupants lors des épisodes caniculaires, de plus en plus fréquents et intenses.
Cette troisième vague de chaleur confirme en effet que les canicules ne relèvent plus de l’exception, mais d’une nouvelle normalité climatique. Dans ce contexte, une question s’impose : nos logements sont-ils encore adaptés pour protéger leurs occupants ? Longtemps considéré comme un refuge, le domicile devient parfois le lieu où la chaleur s’accumule le plus dangereusement. Les décès liés aux fortes températures surviennent désormais majoritairement à domicile, tandis qu’un Français sur deux déclare avoir souffert de la chaleur chez lui l’été dernier. Cette réalité met en lumière un angle mort des politiques publiques : avoir appris à construire et à rénover contre le froid ne suffit plus. Le confort d’été, la qualité de l’air intérieur et la ventilation doivent désormais être placés au cœur de la rénovation des logements si nous voulons préserver leur première fonction : protéger la santé de ceux qui y vivent.
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Dans cette tribune, Julien Bodin, cogérant de l’entreprise MVN, livre son analyse d’un enjeu devenu majeur. Fort de son expertise dans la rénovation des bâtiments collectifs, il explique pourquoi la ventilation doit désormais être considérée comme un pilier de la rénovation énergétique et sanitaire des logements, et esquisse les pistes d’évolution indispensables pour adapter notre parc immobilier aux défis du changement climatique.
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Chaque été, la chaleur tue, et de plus en plus souvent à domicile. En 2025, 5 700 personnes en sont mortes en France. 2026 a commencé fort : la canicule de juin, historique, a de nouveau frappé d’abord les gens chez eux. Avec la canicule, un logement sur deux devient « une bouilloire », selon le dernier rapport de la Fondation pour le Logement. Alors qu’en France, on peut espérer se croire à l’abri au sein de son logement, la réalité est tout autre. En effet, près d’un Français sur deux déclare avoir souffert de la chaleur dans son logement l’été dernier. Dans le même temps, plus d’un tiers a subi le froid en hiver. Ces chiffres traduisent autant d’une dégradation des conditions de vie, que d’une incohérence dans la manière dont nous pensons la rénovation. L’isolation au détriment de la ventilation.
Logements-bouilloires : de l’agréable en hiver à l’invivable en été
Depuis plusieurs années, la rénovation énergétique s’est construite autour d’un objectif : conserver la chaleur en hiver. L’isolation est devenue le pilier des politiques publiques, à travers MaPrimeRénov’ et l’obligation de rénover les passoires . Mais cette approche, centrée presque exclusivement sur la performance thermique hivernale, montre aujourd’hui ses limites. Un logement bien isolé mais mal ventilé ne régule pas la chaleur, il la conserve. En hiver comme en été.
Le rapport de la Fondation pour le Logement introduit ainsi une réalité encore peu prise en compte : celle de logements devenus invivables lors des fortes chaleurs. Aujourd’hui, une grande partie du parc collectif ancien n’a jamais été pensée pour de telles chaleurs car le confort d’été est longtemps resté secondaire dans la réglementation thermique. En effet, il a fallu attendre la RT2005 pour introduire la notion de température avant que celle-ci soit renforcée par la RT2012 puis la RE2020 et son indicateur de degrés-heures d’inconfort.
Dans les bâtiments collectifs, où MVN accompagne la rénovation depuis 2003, le même constat revient chaque été : trop souvent, l’amélioration de l’enveloppe thermique ne s’accompagne pas d’une adaptation de la ventilation. De ce fait, l’air circule moins, l’humidité s’installe et les polluants s’accumulent. En période estivale, la chaleur reste piégée dans le logement, aggravant l’inconfort et les risques sanitaires.
Ce phénomène n’est pas marginal, il s’inscrit dans un contexte plus large, marqué par un parc immobilier vieillissant et fortement sollicité. Avec 2,8 millions de demandeurs de logements sociaux et une construction neuve en recul, la rénovation du parc existant devient le principal levier d’action, encore faut-il qu’elle soit pensée dans sa globalité.
Remettre la ventilation au centre du parc de logements
Depuis le 1er octobre 2023, le décret n° 2023-695 a inscrit dans le Code de la santé publique (article R.1331-26) une obligation passée presque inaperçue : tout logement proposé à l’habitation doit être muni d’un système, naturel ou mécanique, de régulation de la chaleur, et d’un dispositif de renouvellement de l’air. La ventilation y est explicitement citée. Cette règle vise le parc existant, en location comme en copropriété, et pas seulement les constructions neuves : elle concerne directement la rénovation.
Mais cette obligation, encore récente, reste largement méconnue : ni les occupants ni les acteurs du logement ne s’en sont vraiment emparés. Une proposition de loi transpartisane, « Zéro logement bouilloire », déposée à l’Assemblée en juillet 2025 par plus de 150 députés, va plus loin : elle créerait un droit pour les locataires d’exiger que leurs bailleurs installent des systèmes de brassage de l’air ou encore rendrait obligatoire la mise en place d’un indicateur de confort d’été sur les annonces immobilières, au même titre que le DPE (diagnostic de performance énergétique). Mais brasser l’air ne suffit pas à le renouveler. Un ventilateur déplace l’air sans l’assainir et, au-delà de 32 à 35 °C, il ne rafraîchit plus : il souffle de l’air chaud. Évacuer l’humidité et les polluants, renouveler l’air en continu, c’est le rôle de la ventilation.
Dans ce contexte, la ventilation ne peut plus être considérée comme un élément secondaire. Elle conditionne directement la qualité de l’air intérieur, le confort thermique et, à terme, la durabilité des rénovations. Aérer ponctuellement ne suffit pas à assurer un renouvellement d’air constant et maîtrisé. Dans des logements de plus en plus étanches, seule une ventilation adaptée permet de maintenir un équilibre entre performance énergétique et qualité de vie.
Des réponses existent, et elles n’imposent pas de travaux lourds pour les propriétaires et les bailleurs. En rénovation, une ventilation mécanique à basse pression, conçue pour s’adapter aux conduits maçonnés des immeubles anciens, peut renouveler l’air en continu, y compris pendant les canicules, quand les systèmes qui dépendent des courants d’air naturels perdent en efficacité. Mais l’essentiel est ailleurs : il faut ventiler avant d’isoler, et non l’inverse. Isoler un logement mal ventilé revient à y enfermer l’humidité et les polluants ; ventiler d’abord, c’est créer les conditions pour que chaque étape de la rénovation porte ses fruits.
Une urgence sanitaire silencieuse
Le mal-logement ne se résume pas à l’absence de toit. Il concerne aussi les conditions dans lesquelles nous vivons. Respirer un air dégradé, subir des températures extrêmes, vivre dans un environnement instable, ces réalités entraînent des conséquences directes sur la santé.
Les épisodes climatiques récents l’ont montré. Les logements sont devenus un facteur d’exposition, parfois aggravant. Dans un contexte où les canicules se multiplient et où les hivers restent marqués par des situations de précarité énergétique, continuer à traiter séparément les enjeux thermiques et la qualité de l’air intérieur n’est plus tenable.
La rénovation des logements ne peut plus être pensée uniquement comme une réponse énergétique. Elle doit devenir une réponse sanitaire, globale, adaptée aux usages réels.
La rénovation française a appris à garder la chaleur. Elle doit maintenant apprendre à laisser respirer. Car un logement bien isolé mais mal ventilé n’est pas un logement rénové : c’est un logement scellé.
Julien Bodin, Cogérant de MVN – Chroniqueur invité UP’






