Alors que monde retient son souffle, les marchés prennent leurs bénéfices. Menaces de frappes, tensions avec l’Iran, risques sur le pétrole : tout ce qui devrait inquiéter les investisseurs semble désormais les réjouir. Autrefois, les marchés craignaient les guerres. Aujourd’hui, ils parient sur elles — ou plus exactement sur la capacité de Donald Trump à les annoncer, les suspendre et les transformer en spectacle rentable. Pourquoi ? Parce qu’ils ont appris à lire Donald Trump comme un trader lit un graphique. Dans cette nouvelle économie du « suspense » permanent, la crise n’est plus un danger : c’est une opportunité de marché. Jusqu’à preuve du contraire… Pendant que le détroit d’Ormuz reste l’un des points les plus explosifs de la planète, Wall Street célèbre chaque rebondissement comme une bonne nouvelle. La finance n’investit plus dans l’économie réelle : elle spécule sur le scénario.
Alors que Donald Trump multiplie les déclarations contradictoires sur l’Iran et le détroit d’Ormuz, Wall Street ne s’inquiète plus. Au contraire. En quelques heures, le simple report de potentielles frappes américaines a suffi à faire grimper les marchés, reculer le pétrole et relancer l’appétit pour le risque. Un paradoxe ? Pas forcément.
Pour Fidel Martin, Président d’Exoé, nous assistons à une mutation profonde des marchés financiers : la géopolitique n’est plus seulement perçue comme une menace, elle devient un moteur de spéculation. Dans cette tribune, il décrypte un phénomène inédit : Pourquoi les investisseurs semblent désormais parier sur la capacité de Donald Trump à transformer chaque crise en opportunité ; comment le détroit d’Ormuz est devenu l’épicentre d’une spéculation mondiale ; pourquoi le véritable risque de marché n’est peut-être plus économique, mais comportemental.
Une analyse qui interroge un phénomène majeur de 2026 : Les marchés ont-ils cessé de craindre l’incertitude pour commencer à la rechercher ?
_____________________________________________________________
Donald Trump l’a encore démontré : en 2026, les marchés financiers ne réagissent plus aux événements. Ils réagissent à Donald Trump. Alors que le président américain souffle tour à tour le chaud et le froid sur l’Iran, évoquant des frappes puis leur suspension au gré des négociations, Wall Street choisit son camp : celui de l’euphorie. En quelques heures, les principaux indices américains se sont envolés après l’annonce du dernier report des frappes, tandis que le pétrole reculait et que les investisseurs retrouvaient leur appétit pour le risque.
Cette réaction en dit long sur notre époque. Nous sommes entrés dans une économie où la géopolitique n’est plus seulement un facteur de risque ; elle est devenue un actif spéculatif. Un tweet, une déclaration depuis le Bureau ovale ou une menace de frappes militaires peuvent aujourd’hui déplacer davantage de capitaux qu’un indicateur économique majeur.
Le cas du détroit d’Ormuz est emblématique. Cette étroite bande maritime concentre près d’un quart des flux pétroliers mondiaux. Chaque menace de fermeture fait trembler les marchés de l’énergie, les banques centrales et les gouvernements. Pourtant, ces dernières semaines, les investisseurs semblent avoir développé une conviction troublante : Donald Trump ne crée pas l’incertitude, il la monétise.
Le scénario paraît désormais connu. L’escalade fait monter la peur. La peur fait monter le pétrole. Puis vient l’annonce surprise, la négociation de dernière minute, l’accord « historique » promis par le président américain. Les cours du pétrole retombent, les actions repartent à la hausse et les investisseurs encaissent.
Le paradoxe est saisissant. Dans un monde rationnel, la perspective d’un conflit impliquant l’Iran, les États-Unis et l’une des routes énergétiques les plus stratégiques de la planète devrait provoquer une fuite vers les actifs refuges. Aujourd’hui, elle nourrit au contraire une forme de spéculation permanente sur la capacité de Donald Trump à transformer chaque crise en opportunité politique et financière.
Cette situation révèle une mutation profonde des marchés. Pendant des décennies, les investisseurs cherchaient à évaluer la santé des entreprises, les perspectives de croissance ou les politiques monétaires. Désormais, ils doivent aussi anticiper les réactions d’un dirigeant dont les annonces peuvent modifier instantanément les prix du pétrole, des devises, des actions ou des obligations.
Le risque n’est plus seulement économique. Il est devenu comportemental. Car lorsque les marchés commencent à considérer les crises géopolitiques comme des épisodes temporaires destinés à être rapidement corrigés par une intervention présidentielle, ils sous-estiment mécaniquement les risques réels. Le jour où l’escalade ne sera plus un levier de négociation mais une réalité militaire, le réveil pourrait être brutal. L’histoire économique nous enseigne que les marchés détestent l’incertitude. Celle de 2026 raconte exactement l’inverse : ils semblent désormais l’adorer, à condition qu’elle soit signée Trump.
Mais une question demeure : combien de temps peut-on bâtir des records boursiers sur une poudrière géopolitique ? Car le détroit d’Ormuz reste le détroit d’Ormuz. L’Iran reste l’Iran. Et les lois fondamentales de l’économie n’ont jamais été suspendues par un post sur les réseaux sociaux.
Fidel Martin, Président d’Exoé – Chroniqueur invité






