L’Europe, un Etat qui s’ignore
Le paradoxe souligné par l’auteur est que l’« État européen » reste largement invisible dans les représentations politiques. Les citoyens continuent de s’identifier principalement à leur État national, et l’Union européenne est souvent perçue comme une institution technocratique éloignée des peuples. Or, l’auteur suggère ici que l’Union européenne possède déjà les bases d’une véritable puissance politique, mais qu’elle reste limitée par l’absence de reconnaissance de sa nature étatique. L’Europe est pour lui une forme d’État nouvelle, fondée sur le partage de la souveraineté. Un essai remarquable, jouissif et particulièrement éclairant.
Israël après le 7 octobre
Les massacres du 7 octobre 2023 en Israël, suivis de la guerre extrême menée par Israël à Gaza et contre les Palestiniens, ont des conséquences majeures sur l’opinion publique et sur le militantisme antisioniste. En mobilisant les enquêtes de terrain et les sciences sociales, cet ouvrage entend nuancer les visions binaires simplistes, et donner à voir un hors-champ des représentations, au plus près des sociétés réelles. L’auteure propose une analyse dense, rigoureuse et profondément dérangeante dans le bon sens du terme : elle déplace le regard. Là où le débat public international tend à figer Israël dans une image univoque — État militarisé, bloc idéologique homogène — elle restitue une société traversée de fractures, de contradictions et de débats internes souvent invisibilisés.
Le guide de la serre
La serre, longtemps considérée comme un luxe réservé aux professionnels, devient aujourd’hui un outil accessible et indispensable pour tous les amoureux du jardin. Dès les premières pages de ce guide, Guillaume Desfaucheux nous invite à changer de regard. La serre n’est plus un simple abri de verre posé au fond du potager : elle devient un espace de transformation, un microclimat domestique où le temps se plie à la volonté du jardinier, où les saisons s’étirent, se prolongent, se réinventent.
La politique dans les réseaux – Pouvoirs et infrastructures numériques
Internet, assemblage complexe de technologies, a pris une part considérable dans nos vies. Son infrastructure matérielle et logicielle est désormais un outil de gouvernance qui a des conséquences directes sur la liberté d’expression, sur les droits humains et sur la continuité et l’universalité de son fonctionnement. En s’appuyant sur quinze années d’enquêtes informées par la sociologie des tehniques et de l’innovation, cet ouvrage dévoile la « gouvernance de l’Internet par l’infrasturcture ».
Transformer le sang en or
Et si une simple pilule pouvait arrêter le cancer et rapporter des milliards ? Nathan Vardi nous entraîne dans les coulisses d’un pari fou : celui d’une poignée de scientifiques et d’investisseurs qui ont tout risqué, leur carrière et bien davantage, pour mettre au point un traitement révolutionnaire contre la forme de leucémie la plus fréquente. Nathan Vardi s’intéresse à un médicament qui a révolutionné le traitement de la leucémie aux Etats-Unis, mais aussi à l’éthique médicale mise à mal par les fonds d’investissements.
L’effet castor – Les leçons d’un bâtisseur de mondes
Le cœur du propos tient dans une idée simple et vertigineuse : le castor est un « ingénieur écosystémique ». Là où il construit des barrages, l’eau ralentit, s’étale, s’infiltre. Les zones humides renaissent, les nappes phréatiques se rechargent, les incendies perdent en intensité, la biodiversité explose. C’est un traité environnemental puissant en forme de récit incarné plein d’humour, qui nous embarque magistralement sur les traces des castors, ces ingénieurs naturels au potentiel inégalé et qui, questionne brillamment notre rapport au vivant et nos erreurs écologiques passées.
SOS océans en détresse !
Une éthique du combat pour sauver la mer. Paul Watson ne signe pas un simple plaidoyer environnemental : il lance un cri. Un appel direct, urgent, presque viscéral, à la hauteur de la catastrophe silencieuse qui se joue loin des côtes et des regards. Le livre tient à la fois du manifeste, du témoignage et du réquisitoire. Watson construit une analyse qui mêle données scientifiques, expériences de terrain et colère morale. Il s’en prend frontalement à l’hypocrisie politique des sommets internationaux, aux promesses sans lendemain et aux compromis dictés par les intérêts économiques. Il montre comment la logique du profit immédiat neutralise toute décision ambitieuse, comment la diplomatie environnementale se contente trop souvent de déclarations symboliques pendant que la destruction continue.
Le phénomène de la vie
L’ouvrage est fondamental pour comprendre l’éthique de la responsabilité de Hans Jonas – boussole nécessaire à l’heure de l’Anthropocène. Cette enquête, que l’auteur avait commencé d’esquisser alors qu’il était sur le front durant la Seconde Guerre mondiale, et éprouvait sa condition de vivant dans toute sa vulnérabilité, bat en brèche le dualisme de l’âme et du corps qui innerve la philosophie occidentale. Jonas ne cherche pas seulement à corriger certaines thèses biologiques ; il veut réorienter toute la philosophie à partir d’une expérience première — celle d’être un organisme exposé, dépendant, menacé, mais actif.
La forêt du futur – Un défi pour la France
Hervé Le Bouler entraîne le lecteur bien au-delà d’un simple inventaire des forêts nationales : il propose un véritable voyage à travers la France forestière, riche de sa diversité naturelle et de son histoire pluriséculaire, pour révéler à quel point les arbres et leurs écosystèmes sont aujourd’hui confrontés à des ruptures inédites. Changement climatique, attaques d’insectes ravageurs, maladies, tempêtes et incendies…, ces perturbations ne sont pas de simples épisodes isolés, mais les signes avant-cours d’un changement profond du milieu forestier, un changement qui appelle à repenser collectivement notre manière de gérer ces écosystèmes.
L’exclusion culturelle – Manifeste pour une riposte populaire
Le monde de la culture traverse une crise inédite. Les coupes budgétaires se multiplient, accompagnées de discours hostiles envers les artistes. Plus préoccupant encore : ces attaques semblent rencontrer un soutien croissant au sein de l’opinion. Dans ce manifeste, Victorien Bornéat porte un regard lucide sur soixante ans de démocratisation culturelle qui ont laissé les classes populaires au bord du chemin. Il montre comment les idéaux portés par André Malraux ou Jack Lang — ceux d’une culture pour tous — se sont progressivement essoufflés, incapables d’endiguer les inégalités sociales d’accès à la culture.
L’économie peut-elle sauver le climat ?
L’urgence d’agir face au changement climatique n’a jamais été aussi pressante. Les coûts liés à ces perturbations sont extrêmement élevés : baisse des rendements agricoles, effets sur la santé des populations, perte de la biodiversité… Contribuant à l’amélioration de notre niveau de vie, l’économie est aussi responsable de l’augmentation incontrôlée des émissions de gaz à effet de serre. Source du problème, notre système économique est-il capable de répondre efficacement à l’urgence climatique ?
Rébis ou le secret de l’alchimiste
À l’heure où l’ésotérisme connaît un regain d’intérêt mêlant quête spirituelle, écologie intérieure et défiance envers la technoscience, Rébis s’impose comme un objet singulier. Ni simple essai historique, ni manuel symbolique, l’ouvrage revendique autre chose : un véritable traité d’alchimie opérative, ancré dans la pratique autant que dans la métaphysique. Qu’on y voie un héritage symbolique, une quête intérieure ou une véritable technologie sacrée, le livre demeure un ouvrage à part : dense, érudit, parfois déroutant, mais suffisamment cohérent et ambitieux pour relancer, au XXIe siècle, la question d’une alchimie vivante.
Gérer l’inévitable : repères face à la dérive climatique
Plutôt que d’ajouter un plaidoyer de plus pour la transition ou la sobriété, les deux auteurs déplacent le regard sur le dérèglement climatique : il ne s’agit plus seulement d’empêcher la catastrophe, mais d’apprendre à gouverner un monde durablement instable. Le titre résume l’ambition. « Gérer l’inévitable » : non pas renoncer, mais cesser de se raconter que tout peut encore être évité. L’ouvrage s’inscrit dans un courant intellectuel émergent : celui d’une écologie de la gestion des risques, plus proche de la protection civile que de l’utopie verte. Moins héroïque, mais sans doute plus adaptée à la réalité qui vient.
Pour changer le monde, rêvons-le ! Agir avec les imaginaires
L’ouvrage défend une idée simple mais puissante : les imaginaires ne sont pas de simples rêveries, mais des leviers d’action essentiels pour penser et bâtir des avenirs communs. Alors que les démocraties semblent parfois à court de récits inspirants et que les défis sont multiples, il devient urgent de remettre l’imaginaire au cœur des processus collectifs de décision et d’action sociale. C’est un appel à redécouvrir la puissance des rêves partagés. Simple dans sa formule mais profond dans ses implications, ce petit essai collectif invite à penser que changer le monde passe aussi par apprendre à rêver ensemble.
La ferme de Cagnolle
Contrairement aux discours des lobbyistes de l’agro-industrie, ce livre prouve qu’il est possible de produire des légumes de qualité, en quantité, avec un impact environnemental positif — et ce, sans dégrader ni polluer les sols. Ainsi, la voie s’ouvre vers une nouvelle révolution agraire : une révolution de l’agriculture régénérative, une agriculture productive et aggradante des sols, pour nous laisser imaginer la possibilité d’une société d’abondance, au moment même où les ressources commencent à se raréfier sérieusement.
Revue Futuribles n°470
La Revue Futuribles n°470 (janvier-février 2026) vient de paraître. Dans ce premier numéro de 2026, on montre que les armes nucléaires ne peuvent nous assurer ni d’une capacité de dissuasion certaine, ni d’une protection parfaite : nous resterons vulnérables. Autre sujet : s’agissant des dommages liés au changement climatique, comment pourrait-on renforcer la prévention et mieux assurées les victimes, par exemple dans le cadre d’une éventuelle « Sécurité sociale climatique » ? D’autres dossiers nou éclairent sur les grands défis à venir.
Compétitivité et agriculture, l’insoutenable obsession
Max Lefèvre nous offre un livre rare : un ouvrage qui respire la sincérité, l’expérience de terrain et la volonté de comprendre un monde agricole trop souvent réduit à des slogans. Il prend ici le temps de remonter l’histoire, de dévoiler les mécanismes qui ont façonné notre modèle agricole actuel, et d’interroger, sans agressivité mais avec conviction, ce qui ne fonctionne plus. Sont mêlés analyse politique, récit personnel et témoignages sans jamais perdre le lecteur. Loin des essais technocratiques, il parle simple, il parle juste : ses exemples viennent du terrain, de vies agricoles concrètes,
Puissance du pensif
François Jullien propose une méditation exigeante et subtile sur une forme de pensée que la philosophie a longtemps tenue à distance, voire reléguée à l’arrière-plan : une pensée non conceptuelle, indirecte, qui ne cherche pas à définir, mais à laisser advenir. Il explore ce qu’il nomme le « pensif », non comme un manque de rigueur, mais comme une autre puissance de l’esprit. Une belle réflexion sur la nécessité de diversifier nos modes de compréhension du monde, en réhabilitant une intelligence du sensible et du latent.
Dominique Perrault
Cette monographie de l’architecte-urbaniste Dominique Perrault s’impose comme un ouvrage de référence. À travers un riche appareil iconographique et des textes analytiques exigeants, le livre retrace plus de trente ans de pratique architecturale, tout en donnant les clés conceptuelles nécessaires pour comprendre une œuvre à la fois cohérente, radicale et profondément inscrite dans les mutations du monde urbain. La force de cette monographie réside dans sa capacité à articuler pensée théorique et réalité construite.
Sous les toits des cathédrales
Le livre révèle un monde invisible au regard du public : celui des charpentes, des combles et des structures hautes des cathédrales, espaces techniques et symboliques à la fois, où se rencontrent l’ingéniosité des bâtisseurs médiévaux et la lente patine du temps. Huit photographes de talent ont ainsi immortalisé ces lieux, renouant avec l’esprit de la Mission Héliographique du XIXᵉ siècle. Mais ce beau livre rappelle aussi que le patrimoine n’est pas figé, mais vivant, soumis aux exigences de son époque.
Reconnaître le fascisme
Les sociétés démocratiques sont-elles à l’abri d’un retour du fascisme ? Non, dit Umberto Eco, qui nous met en garde contre le masque innocent que prendra le fascisme pour revenir au pouvoir. Reconnaître le fascisme n’est pas seulement un essai de mémoire ou d’histoire : c’est un outil d’analyse politique et morale, une invitation à la vigilance intellectuelle et citoyenne. En cela, le texte demeure essentiel pour comprendre les dérives contemporaines et rappeler que la démocratie n’est jamais acquise, mais toujours à défendre.
Armements et arsenalisations : moyens et mots de la guerre
La guerre a fait son retour dans la réalité politique européenne et la métaphore guerrière continue de s’affirmer comme outil rhétorique. Depuis 2022, le réarmement – démographique, moral, intellectuel – s’impose comme motif récurrent des discours politiques et médiatiques. Cela soulève de nombreux questionnements auxquels la Revue propose des analyses et réflexions.
La société des faux savoirs
Une tension permanente agite nos sociétés de la communication. D’un côté, les citoyens consomment de l’actualité à tout va, se biberonnent à l’information du matin au soir, réclamant des comptes-rendus toujours plus justes et rapides de l’état du monde. De l’autre, les idées reçues, les jugements hâtifs, les théories du complot, les fake news, la désinformation ne cessent de gagner du terrain. » Comment expliquer que l’abondance d’information, loin de clarifier le réel, l’obscurcisse ? Pourquoi la profusion de données n’a-t-elle pas produit plus de discernement, mais au contraire stimulé la confusion ?
La nature à ses justes valeurs
Via un collectif d’experts pluridisciplinaires, ce petit manifeste propose de regarder la crise écologique non seulement comme un empilement d’alarmes scientifiques, mais comme le symptôme d’une crise plus profonde : une crise des valeurs que nos sociétés assignent à la nature. Il nous amène à comprendre que préserver la Terre ne se limite pas à des mesures techniques ou réglementaires, mais qu’il passe par une transformation profonde de nos valeurs, de nos imaginaires, de nos cadres collectifs.























