Il existe des objets silencieux qui portent en eux des continents de mémoire. Une boîte oubliée, un masque patiné, un fragment de mur ou un bibelot dérisoire deviennent parfois les dépositaires d’émotions secrètes et les complices invisibles de la création. Avec « Musée sentimental », le Musée des Beaux-Arts de Lyon, le macLYON et le Centre Pompidou ouvrent les portes d’un cabinet sensible où les artistes collectionnent autant des choses que des souvenirs, des rêves et des traces de vie. Une traversée intime de l’art moderne et contemporain, où chaque objet semble murmurer une histoire à celui qui prend le temps de regarder.
Le Pôle des musées d’art de Lyon, Musée des Beaux-Arts/Musée d’art contemporain et le Centre Pompidou présentent l’exposition « Musée sentimental ». Elle explore un aspect fondateur de l’histoire de l’art du XXe siècle : la pratique de la collection chez les artistes et son intégration à leur processus de création.
La mise en scène d’objets issus de champs les plus divers, par assemblage, accumulation, prolifération, présentation dans des dispositifs de vitrines, de boîtes ou encore de sachets… leur confère une dimension nouvelle qui renvoie à la mémoire et à l’émotion. Il s’agit de dévoiler au visiteur l’attachement sentimental que peuvent susciter ces objets, même les plus communs et les plus dérisoires.
Cette exposition, présentée au Musée des Beaux-Arts de Lyon, réunit de manière exceptionnelle des œuvres modernes et contemporaines des trois institutions publiques partenaires et propose un parcours à travers différentes approches, parfois très singulières, de la pratique de la collection d’une soixantaine d’artistes et collectifs des XXe et XXIe siècles.
La notion de « Musée sentimental » trouve un double point d’ancrage dans l’histoire de l’art et des musées. Elle est rappelée en début de parcours dans deux salles introductives. D’une part, avec Alexandre Lenoir, conservateur en charge en 1791 du dépôt, au couvent des Petits-Augustins, des statues religieuses confisquées par la Révolution qu’il transforme en un Musée des monuments français. Ce musée est fondé pour la première fois sur le sentiment et non sur l’étude. D’autre part, avec le « Musée sentimental » de l’artiste Daniel Spoerri, présenté dans sa version initiale en 1977 au cœur du Centre Pompidou. Il se veut un lieu d’inspiration et d’émotion où les objets, choisis et rassemblés selon des critères nouveaux, proposent une expérience stimulante pour l’imagination.
Dans la suite du parcours, des œuvres majeures et rarement prêtées de la collection du Centre Pompidou sont présentées : Le Magasin de Ben (1958-1973), à la fois « centre d’art total » et sculpture évolutive sous le signe de l’accumulation d’écritures et d’objets les plus divers ; ou encore le célèbre Mur de l’atelier d’André Breton (1922-1966), reconstitution fidèle de l’agencement des œuvres et éléments de toutes natures rassemblés par le poète (objets océaniens, précolombiens, masques, objets populaires, pierres, racines…).
Le macLYON expose, parmi d’autres installations, des Mannequins imputrescibles de Henri Ughetto, corps substitutifs conçus dès les années 1970 pour échapper à toute dégradation organique. Des pièces de la série fantastique Weird Family (2015-2026) de Sylvie Selig sont également montrées. Avec ses sculptures-personnages créées à partir de divers objets chinés, l’artiste invente un monde mêlant autobiographie et références aux contes pour enfants.
Parmi les œuvres présentées par le Musée des Beaux-Arts de Lyon, on peut citer Hotel Andromeda (1954) de Joseph Cornell, l’une des boîtes de petit format que l’artiste définissait comme de petits « théâtres de mémoire » en raison de leur apparence de cabinets de curiosités. Une vingtaine d’œuvres sculptées d’Étienne-Martin seront mises en regard du Mur du temps (1963-1995), la reconstitution d’un pan de mur de l’atelier de l’artiste présenté ici pour la première fois.
Parmi les artistes présentés : Le collectif Art & Language, Delphine Balley, Ben, Christian Boltanski, George Brecht, André Breton, Marcel Broodthaers, Mark Brusse, Joseph Cornell, Erik Dietman, Philippe Droguet, Marcel Duchamp, Étienne-Martin, Hans-Peter Feldmann, André Félix, Hervé Fischer, Christian Jaccard , Géraldine Kosiak, Laura Lamiel, le collectif La « S » Grand Atelier, André Masson, Annette Messager, Jean-Luc Moulène, Gabriel Orozco, Jean-Luc Parant, Jean-Pierre Raynaud, Pierre Révoil, Fleury Richard, Sarkis, Max Schoendorff, Sylvie Selig, Daniel Spoerri, Henri Ughetto.
Co-commissariat :
- Sophie Duplaix, Conservatrice en chef des collections contemporaines au Centre Pompidou – Musée national d’art moderne ;
- Sylvie Ramond, Directrice générale du Pôle des musées d’art MBA I macLYON / Directrice du musée des Beaux-Arts de Lyon / Conservatrice en chef du Patrimoine ;
- Isabelle Bertolotti, Directrice du Musée d’art contemporain de Lyon / Conservatrice en chef du Patrimoine
Exposition « Musée sentimental » du 11 septembre 2026 au 14 mars 2027 – Musée des Beaux-Arts de Lyon, 20 Place des Terreaux







