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Maïlys Seydoux-Dumas, le fil des saisons

Vert-Millon, huile sur papier, 2024, 31 x 42 cm

Certains artistes peignent le monde ; Maïlys Seydoux-Dumas peint le temps qui le traverse. Depuis plus de trente ans, son œuvre tisse un dialogue intime entre la nature, les souvenirs et les métamorphoses de la vie. En 2026, deux expositions majeures – à la galerie Pierre-Alain Challier à Paris et au Musée Henri Matisse du Cateau-Cambrésis – consacrent enfin une artiste dont chaque création semble retenir la lumière fugace d’une saison avant qu’elle ne disparaisse.

Chez Maïlys Seydoux-Dumas, tout commence par un frémissement. Une branche qui ploie sous le vent, la peau translucide d’une pomme, un visage familier, la mémoire d’une forêt. Rien n’est spectaculaire. Tout est essentiel. Depuis ses premières gravures réalisées à l’École nationale supérieure des Arts décoratifs, où elle entre en 1988 avant d’être diplômée en 1993, l’artiste poursuit une même quête : saisir ce qui échappe au regard, faire apparaître l’invisible qui habite les choses ordinaires.

Formée à la gravure dans l’atelier de Jean Clerté, elle croise très tôt le regard bienveillant du poète Jean Tardieu, qui reconnaît dans son travail une sensibilité rare. Cette rencontre ouvre une autre voie, celle d’une longue complicité avec le sculpteur Haïm Kern. Plus qu’une collaboration, c’est un dialogue artistique qui se noue durant plusieurs décennies, où les mots de l’un accompagnent les images de l’autre, jusqu’à faire naître des œuvres à quatre mains où poésie et matière semblent respirer d’un même souffle.

Maïlys Seydoux-Dumas dans son atelier

Très vite pourtant, la peinture s’impose. Portraits, autoportraits, scènes familiales deviennent le territoire d’une exploration silencieuse du quotidien. Installée dans son atelier parisien du XVIIe arrondissement à partir de 2001, Maïlys Seydoux-Dumas construit une œuvre profondément personnelle. Les galeries Koralewski à Paris puis Fred Lanzenberg à Bruxelles révèlent cette peinture intérieure, dont les couleurs ne racontent pas seulement des paysages mais des états d’âme.

Au fil des années, son langage plastique ne cesse de s’élargir. La lithographie retrouve une place centrale à partir de 2017 avec les albums réalisés en compagnie de Haïm Kern. La galerie Sagot-Le Garrec présente la trilogie Bleu Or Rose et accompagne son travail éditorial, tandis que Le Théâtre des Objets puis Le Périple de l’Étoile poursuivent ce dialogue fertile entre image et texte.

À partir de 2022, une nouvelle métamorphose s’opère. Les œuvres quittent peu à peu la pierre lithographique pour investir le papier peint, puis la tapisserie. Les neuf pièces monumentales de Forêts Intérieures, réalisées pour l’hôpital Saint-Louis de Paris, témoignent de cette évolution où la couleur devient presque une matière végétale. Comme si les arbres, les feuillages et les saisons avaient lentement pénétré la trame même de son œuvre.

« La Haute Bouture », tapis en laine et soie, 2026 (détail)
Manufacture des tapis de Bourgogne

Dans le même mouvement, l’artiste surprend en donnant naissance à des bijoux-sculptures. Ni ornements ni accessoires, ces pièces prolongent son univers pictural dans une autre dimension. Inspirées par la fragilité d’une pelure de pomme ou par l’éclat d’un bouquet, elles prolongent ce que le philosophe Yves Michaud décrit comme une « transmigration de la peinture », lorsque la couleur quitte la toile pour devenir objet, volume et présence.

L’année 2024 marque une étape décisive avec Les Quatre Saisons de l’Hêtre, grande exposition présentée au musée Michel Ciry dans le cadre de Normandie Impressionniste. Les tapisseries et peintures dialoguent avec les sculptures d’Haïm Kern, disparu peu auparavant, dans un hommage empreint de fidélité et d’émotion. La forêt y devient une mémoire vivante où chaque arbre semble porter le souvenir d’une rencontre.

En 2025, le livre Les Nouvelles Pionnières de Catherine Panchout inscrit Maïlys Seydoux-Dumas parmi les figures majeures de la création féminine contemporaine, aux côtés d’Eva Jospin, Laure Prouvost ou Alexandra Loewe. Une reconnaissance qui annonce celle, plus éclatante encore, de l’année suivante.

« Vagabond bleu », huile sur toile, 2025, 39 x 27 cm

Car 2026 constitue sans doute un véritable tournant. Le Musée départemental Henri Matisse du Cateau-Cambrésis lui offre une Carte Blanche exceptionnelle avec Le Fil des Saisons, vaste parcours rétrospectif consacré aux cycles qui irriguent toute son œuvre. Simultanément, la galerie Pierre-Alain Challier déploie sur ses quatre niveaux la plus importante exposition personnelle jamais consacrée à l’artiste. Pastels, peintures, estampes, tapis d’artiste et bijoux émaillés composent un ensemble où chaque médium répond aux autres comme les mouvements d’une même partition.

À cette occasion paraît un important catalogue réunissant les regards du philosophe Yves Michaud et de l’éditrice Kristell Loquet, tandis que la critique d’art Élisabeth Vedrenne lui consacre un long portrait dans Connaissance des Arts. Une reconnaissance institutionnelle qui vient consacrer un parcours demeuré fidèle à lui-même, loin des effets de mode.

« La peinture de Maïlys Seydoux-Dumas est faite de saisons, de secrets, de personnages qu’elle seule connaît », écrit Yves Michaud. Cette phrase pourrait résumer toute son œuvre. Car ses tableaux ne cherchent jamais à représenter le réel ; ils en recueillent le souffle. Les titres viennent après, lorsque la peinture a révélé ce qu’elle savait déjà sans pouvoir encore le dire.

À l’heure où l’art contemporain privilégie souvent le concept ou la démonstration, Maïlys Seydoux-Dumas poursuit un chemin plus rare : celui de la lenteur, de la mémoire et de l’émotion silencieuse. Ses œuvres ne s’imposent pas ; elles s’approchent. Elles demandent le temps d’une promenade en forêt, d’une lumière de fin d’après-midi ou du passage imperceptible d’une saison à l’autre.

Peut-être est-ce là leur plus grande force : nous rappeler que le monde continue de fleurir, discrètement, à l’intérieur de nous.

 

==> Exposition « Le fil des saisons » du 11 juin au 12 septembre 2026 – Galerie Pierre-Alain Challier, 8, rue Debelleyme – 75003 Paris (du mardi au samedi de 11h à 19h)

==> Exposition « Carte Blanche à Maïlys Seydoux-Dumas » du 11 juillet au 6 septembre – Musée départemental Henri Matisse – Palais Fénelon, Place du Commandant Richez – 59360 Le Cateau-Cambrésis

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