À la Cité de l’architecture et du patrimoine, l’exposition « Super cabane ! » célèbre la puissance des gestes modestes et des rêves bâtisseurs. Entre refuges miniatures, architectures sensibles et utopies écologiques, cette dixième édition du concours Mini Maousse invite à repenser notre manière d’habiter le monde. Une traversée poétique où la cabane devient à la fois manifeste, terrain de jeu et promesse d’avenir.
Depuis plus de vingt ans, le concours Mini Maousse explore l’infiniment petit pour mieux interroger l’immensité de nos façons de vivre ensemble. Né en 2003, ce rendez-vous singulier ouvert aux étudiants en architecture, design, art, paysage et ingénierie a fait de la microarchitecture un territoire d’expérimentation libre, où l’inventivité dialogue avec la matière, où les idées prennent la forme fragile et puissante de maquettes, d’abris et de constructions sensibles. Pour sa dixième édition, le concours choisit un thème aussi simple qu’universel : la cabane.
Mais ici, la cabane n’est pas un simple objet nostalgique. Elle devient un manifeste. Avec « Super cabane ! », la Cité de l’architecture et du patrimoine propose une réflexion profonde sur le soin porté au monde, sur la transmission et sur les nouvelles manières de bâtir à l’heure des bouleversements climatiques. L’exposition, présentée jusqu’au 31 mai 2026 dans le hall About, rassemble les projets issus du concours Mini Maousse 10, leurs maquettes, ainsi que quatre prototypes réalisés par les lauréats. À leurs côtés, cinquante-neuf cabanes conçues par des architectes venus d’horizons divers composent une forêt d’idées et de matériaux où l’imaginaire rejoint l’urgence écologique.

Bois brut, fibres naturelles, matériaux biosourcés, éléments recyclés, techniques low-tech : partout, la main retrouve sa place. Les constructions exposées semblent avoir poussé comme des organismes vivants, avec une économie de moyens qui n’exclut jamais la poésie. Chaque cabane raconte une manière de résister à l’uniformité du béton et à l’épuisement des ressources. Chaque structure évoque un retour à l’essentiel, à l’artisanat, à la lenteur des gestes et à l’intelligence collective.
L’exposition s’inscrit dans une réflexion plus vaste portée par le concept de « care-tecture », cette alliance entre architecture, attention à l’autre et conscience écologique. Ici, bâtir ne consiste plus seulement à ériger des murs, mais à fabriquer du lien. Les projets imaginés par les étudiants proposent notamment la construction de cabanes dans les écoles primaires, impliquant les enfants eux-mêmes dans le processus créatif. La construction devient alors un récit partagé, une aventure initiatique où l’on apprend autant à écouter qu’à assembler, autant à rêver qu’à construire.
La cabane possède cette force rare d’être à la fois refuge et ouverture. Elle accueille le jeu, la transmission, l’observation du monde et l’affirmation de soi. Elle rappelle les premiers territoires secrets de l’enfance, ces espaces bricolés où naissent les imaginaires. Mais dans « Super cabane ! », elle acquiert aussi une portée politique. Construire ensemble avec peu, réinventer les usages, transmettre des savoir-faire, coopérer plutôt que consommer : autant de gestes qui dessinent une autre manière d’habiter la planète.

Au fil du parcours, les visiteurs découvrent ainsi des architectures modestes mais visionnaires, capables de transformer la fragilité en ressource. Certaines cabanes semblent suspendues entre ciel et terre, d’autres s’enracinent profondément dans le paysage ; toutes témoignent d’un désir commun de réconcilier création et responsabilité. Loin des grands discours technologiques, elles revendiquent la simplicité, la proximité et l’inventivité collective.
Cette dynamique se prolonge au-delà de l’exposition elle-même. La Cité développe en parallèle plusieurs programmes pédagogiques et de recherche autour de la microarchitecture et des nouveaux récits écologiques. Le projet « Super Cabanes ! » invite les élèves, de la maternelle au lycée, à explorer la notion d’habiter à travers la construction d’abris et l’écriture d’histoires. Pour les étudiants en architecture, la bourse « Dessiner un futur responsable », menée avec le réseau Énsa-éco autour du thème « Les Architectes de l’anthropocène », poursuit cette réflexion sur les responsabilités contemporaines des bâtisseurs. Les lauréats seront révélés lors du vernissage de l’exposition.
Autre temps fort : la master class d’été conduite cette année par l’architecte Bita Azimi autour du thème « Mémoire en urgence ». En écho à l’exposition « Patrimoines en résistance, de Tombouctou à Odessa », elle prolongera cette interrogation essentielle : comment préserver, transmettre et reconstruire dans un monde traversé par les crises ?

Ulf Mejergren Architects (UMA), Suède © Ulf Mejergren
Avec « Super cabane ! », la Cité de l’architecture et du patrimoine ne célèbre pas seulement un concours. Elle ouvre un espace de respiration et d’espérance. Dans ces cabanes de bois, de toile et d’idées circule une même conviction : les architectures les plus modestes sont parfois celles qui portent les plus grands récits. Entre utopie concrète et retour aux gestes premiers, l’exposition rappelle avec délicatesse qu’il existe encore des manières sensibles de construire le futur.
Commissaires : Fiona Meadows, responsable de programme Cité de l’architecture et du patrimoine, Antonella Tufano, professeure de design Paris 1-Panthéon Sorbonne et Cynthia Fleury, philosophe, présidente du jury du concours Mini Maousse 10
Exposition « Super cabane ! », jusqu’au 31 mai 2026 – Cité de l’architecture et du patrimoine, hall About – 1 Place du Trocadéro – 75116 – Paris






