Classement des « nuisibles » : Stop aux injustices

Start

Savez-vous comment se déroule le processus qui définit tous les trois ans, par département, la liste des espèces soi-disant « nuisibles », renommées plus justement « espèces susceptibles d’occasionner des dégâts » (ESOD), espèces qui pourront ainsi être détruites presque toute l’année selon des méthodes cruelles ? 49 associations de protection de la nature et des animaux demandent au Ministère de la Transition Écologique un audit sur la réglementation des animaux dits « nuisibles ».

Tous les trois ans, le sort d’une partie de ces Espèces Susceptibles d’Occasionner des Dégâts (ESOD), nouvelle expression politiquement correcte utilisée pour remplacer « les nuisibles », est décidé dans chaque département français après la publication d’un arrêté ministériel. Les espèces considérées comme ESOD, dont font partie, entre autres, le renard, la martre, le geai des chênes, la belette, la fouine ou le putois, pourront ainsi être détruites presque toute l’année. Mais comment cette circulaire est-elle réellement appliquée sur le terrain ? Le Ministre de la Transition Écologique doit enfin écouter l’appel émis cette année par de nombreuses associations et députés, et mette en place l’audit neutre souhaité (1) de la réglementation en vigueur relative aux « ESOD » et de son application actuelle, et cela avant la prochaine échéance de classement qui aura lieu en 2022.

Un constat accablant avec une application sur le terrain

Un classement des ESOD théoriquement justifié par des atteintes significatives aux intérêts publiques et privés très éloignée du cadre de travail fixé par les lois.

Une circulaire rédigée en 2012 précise les modalités de mise en œuvre de la procédure de classement des ESOD : la liste par département est fixée après consultation d’une formation spécialisée des Commissions Départementales de la Chasse et la Faune Sauvage (CDCFS) et l’inscription d’une espèce comme ESOD doit être justifiée par des atteintes significatives à la santé, à la flore ou la faune, aux activités agricoles, forestières et aquacoles ou aux formes de propriété.

Mais comment cette circulaire est-elle réellement appliquée sur le terrain ?

C’est sur cette question que se sont penchés deux collectifs créés au sein des régions Grand Est et Auvergne-Rhône Alpes, qui rassemblent les membres d’Association de Protection de la Nature (APN) qui siègent au sein des commissions CDCFS. Les observations, fondées sur les retours d’expérience des différents membres, sont très loin du cadre de travail fixé par les textes de lois et les critiques soulevées sont très souvent observées sur l’ensemble des départements :

Why not enjoy unlimited reading of UP'? Subscribe from €1.90 per week.

  •  Absence de prise en compte des services écosystémiques rendus par les espèces considérées comme nuisibles et ce, bien que démontrés par de nombreuses études scientifiques ;
  • Absence d’évaluation de l’impact de la destruction, chaque année, de plus d’un million d’animaux appartenant à ces espèces considérées « ESOD » depuis la mise en place de la réglementation en vigueur en 2012 ;
  • Les règles de composition des commissions CDCFS (Commissions Départementales Chasse et Faune Sauvage), qui fixent les listes d’espèces « ESOD », favorisent les consommateurs de la nature, en particulier les différents types de chasseurs et piégeurs, au détriment des représentants de l’intérêt général que sont les représentants d’APN (bénévoles et sans conflit d’intérêt avec les décisions) ;
  • Inscription d’espèces sur la liste des « ESOD » malgré l’absence de dégâts significatifs (avec perte économique) et avérés ;
  • Absence de prise en compte de méthodes alternatives à la mise à mort de ces animaux, pourtant exigée par la réglementation européenne pour certaines espèces (oiseaux, martres, putois), tels que les moyens de protection dont l’utilité a été prouvée via des études de terrain.

Demande de réglementation

Les associations, porteuses de cette pétition, demandent la mise en place d’un audit de la réglementation relative aux ESOD et la façon dont celle-ci s’applique sur le terrain.

Ce constat accablant a été détaillé dans un courrier qui demande au Ministère de la Transition Écologique (MTE) la mise en place d’un audit objectif de la réglementation actuelle relative aux ESOD et la manière dont celle-ci s’applique sur le terrain.

Au cours de la dernière année, les membres bénévoles d’Associations de Protection de la Nature de 21 départements qui siègent en CDCFS, ont tour à tour interpellé le MTE au travers de l’envoi d’un courrier directement ou via leurs députés. En parallèle, deux députés de la région Grand Est ont envoyé fin 2019 des questions écrites au MTE (https://www2.assemblee-nationale.fr/questions/detail/15/QE/25608 and https://www2.assemblee nationale.fr/questions/detail/15/QE/27258). Malgré ces multiples sollicitations, le MTE reste à ce jour muet sur cette question.

Animal Cross, qui coordonne le collectif Auvergne-Rhône-Alpes, a donc décidé de passer à la vitesse supérieure et de rédiger une pétition adressée au Ministère de la Transition Écologique afin que le grand public ait connaissance de ce qui se trame au sein de ces commissions CDCFS et pousse le gouvernement à mettre en place l’audit souhaité.

Cette pétition, soutenue par plus de 40 associations de protection de la nature, est désormais disponible en ligne : https://www.mesopinions.com/petition/nature-environnement/evaluation-reglementation-animaux-dits-nuisibles/147791

(1) Initiative déjà portée dans 21 départements par les membres bénévoles d’Associations de Protection de la Nature qui siègent en CDCFS et qui ont interpellé le Ministère de la Transition Écologique, directement ou via leurs députés, à travers l’envoi d’une requête, qui détaille les dysfonctionnements constatés et demande un audit neutre de la réglementation. Aucune réponse du Ministère de la Transition Écologique n’a été obtenue à ce jour (Mai 2021).

Nous avons un message pour vous…

En octobre dernier nous avons pris l’engagement que UP’ Magazine accordera au dérèglement climatique, à l’extinction des espèces sauvages, à la pollution, à la qualité de notre alimentation et à la transition écologique l’attention et l’importance urgentes que ces défis exigent. Cet engagement s’est traduit par le partenariat de UP’ Magazine avec Covering Climate Now, une collaboration mondiale de 250 médias sélectionnés pour renforcer la couverture journalistique des enjeux climatiques.

Nous promettons de vous tenir informés des mesures que nous prenons pour nous responsabiliser à ce moment décisif de notre vie. La désinformation sur le climat étant monnaie courante, et jamais plus dangereuse qu’aujourd’hui, il est essentiel que UP’ Magazine publie des rapports précis et relaye des informations faisant autorité – et nous ne resterons pas silencieux.

Notre indépendance éditoriale signifie que nous sommes libres d’enquêter et de contester l’inaction de ceux qui sont au pouvoir. Nous informerons nos lecteurs des menaces qui pèsent sur l’environnement en nous fondant sur des faits scientifiques et non sur des intérêts commerciaux ou politiques. Et nous avons apporté plusieurs modifications importantes à notre expression éditoriale pour que le langage que nous utilisons reflète fidèlement, mais sans catastrophisme, l’urgence environnementale.

UP’ Magazine estime que les problèmes auxquels nous sommes confrontés dans le cadre de la crise climatique sont systémiques et qu’un changement sociétal fondamental est nécessaire. Nous continuerons à rendre compte des efforts des individus et des communautés du monde entier qui prennent courageusement position pour les générations futures et la préservation de la vie humaine sur terre. Nous voulons que leurs histoires inspirent l’espoir.

Nous espérons que vous envisagerez de nous soutenir aujourd’hui. Nous avons besoin de votre soutien pour continuer à offrir un journalisme de qualité, ouvert et indépendant. Chaque abonnement des lecteurs, quelle que soit sa taille, est précieux. Soutenez UP’ Magazine à partir d’1.90 € par semaine seulement – et cela ne prend qu’une minute. Merci de votre soutien.

Je m’abonne →

2 Comments
The oldest
Most recent Most Votes
Inline Feedbacks
View all comments
gilliane l
1 month

Et l’homme figurera-t’il un jour dans cette liste ?

Member
marcantoine.debagneaux@***
1 month
Reply to  gilliane l

je crois que c’est déjà fait… et quand l’homme aura disparu de la planète, qui veillera sur ce qui advient à notre belle planète ?

Les microbes : la pièce ignorée du puzzle de la biodiversité
Previous article

Les microbes : la pièce ignorée du puzzle de la biodiversité

Trees in the vineyards to fight against climate change
Next article

Trees in the vineyards to fight against climate change

Latest articles from Biodiversity

JOIN

THE CIRCLE OF THOSE WHO WANT TO UNDERSTAND OUR TIME OF TRANSITION, LOOK AT THE WORLD WITH OPEN EYES AND ACT.
logo-UP-menu150

Already registered? I'm connecting

Inscrivez-vous et lisez three articles for free. Recevez aussi notre newsletter pour être informé des dernières infos publiées.

→ Register for free to continue reading.

JOIN

THE CIRCLE OF THOSE WHO WANT TO UNDERSTAND OUR TIME OF TRANSITION, LOOK AT THE WORLD WITH OPEN EYES AND ACT

You have received 3 free articles to discover UP'.

Enjoy unlimited access to our content!

From $1.99 per week only.
Share
Tweet
Share
WhatsApp
Email
Print