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Système Bolloré : comment la France a-t-elle laissé l’argent prendre autant de pouvoir ?

Quand l'argent devient un pouvoir sans contrepoids

Où se trouve réellement le pouvoir dans notre République ?

Jusqu’où peut aller le pouvoir d’un milliardaire lorsqu’il ne se contente plus de peser sur l’économie, mais entend aussi façonner les esprits et influencer la vie politique ? À l’approche des élections de 2027, Attac et l’Observatoire des multinationales publient une version enrichie de leur enquête Le Système Bolloré, de la prédation financière à la croisade politique. Quatre-vingt-dix pages pour décrypter les mécanismes d’un empire où se croisent puissance financière, concentration médiatique, influence culturelle et engagements idéologiques. Derrière le portrait de Vincent Bolloré et de ses réseaux, une question autrement plus vaste se dessine : que devient la démocratie lorsque quelques fortunes privées disposent d’un pouvoir considérable sur l’information, le débat public et la fabrique des opinions ?

Attac et l’Observatoire des multinationales publient une version augmentée et mise à jour du rapport sur les activités du multi-milliardaire paru le 24 avril 2025, Le Système Bolloré, de la prédation financière à la croisade politique. Ce document de 90 pages inclut de nouvelles infographies et informations venant compléter cette enquête sur l’empire Bolloré et sa mise au service de l’extrême droite et de ses idées. Il documente le danger démocratique de premier plan que représente ce système, dont il importe de mesurer l’ampleur dans les mois qui nous rapprochent des élections présidentielles de 2027 pour soutenir les résistances qui s’organisent face à son empire brutal et réactionnaire.

Depuis, le diagnostic qui est fait en conclusion de cette enquête n’a fait que se confirmer, et l’alignement entre le groupe Bolloré et l’extrême droite s’est accru. Plus que jamais, le système Bolloré représente une menace démocratique de premier plan. Il faut en comprendre les rouages pour mieux le combattre : d’où l’importance de cette mise à jour à l’approche des élections présidentielle et législatives de 2027.
Attac sera d’ailleurs présente au Congrès contre le RN à Orléans, ce samedi 24 octobre.

Dans ce nouveau rapport, Attac explique les méthodes brutales de Vincent Bolloré, ses stratégies, son agenda politique d’extrême droite, ses soutiens et complices dans le monde économique et politique. Les principaux ajouts par rapport à la version précédente, détaillés ci-après, portent notamment sur la concentration de pouvoir que Vincent Bolloré a pu accumuler dans le secteur de la culture et des médias, mais également sur ses déboires judiciaires liés à ses activités africaines ainsi que sur ses liens avec d’autres milliardaires favorables à l’extrême-droite (Dassault, Arnault, Stérin…).

Le fait que le système Bolloré se mette de plus en plus ouvertement au service d’une extrême droite réactionnaire – qui remet désormais en cause l’État de droit – ne fait que rendre son danger pour la démocratie plus évident. Se mobiliser contre ce système est une urgence et une nécessité.
La tolérance et le soutien dont le groupe Bolloré continue de bénéficier dans une large partie du monde des affaires et des sphères culturelles et politiques doivent cesser. Il est plus que temps d’y mettre fin. 

Les addendums principaux

  • Le système Bolloré est une machine de guerre culturelle : en témoignent la surreprésentation des livres Fayard et la visibilité disproportionnée du JDNews dans les points Relay, les recrutements de journalistes de la Bollosphère par le service public audiovisuel et les journaux de droite, la mise au pas des maisons d’édition (y compris dans la catégorie des manuels scolaires) et des magazines Prisma, la censure de projets dans le cinéma.. Et ce n’est pas fini puisqu’on sait maintenant que Bolloré a tenté d’acheter les médias d’influence Konbini et Brut en 2025.
  • Face au système Bolloré et aux menaces qu’il fait peser sur le monde de l’édition, du cinéma ou du journalisme, les lois sont inadaptées. Les autorités de régulation, comme l’Arcom, ne sont pas assez dissuasives. Dans les médias comme dans les autres secteurs, la culture du groupe Bolloré a toujours été de jouer avec les règles et d’aller aussi loin qu’il le pouvait tant qu’il ne faisait pas l’objet de véritables sanctions.
  • Le secteur des médias et de la culture représente désormais 90% de l’empire Bolloré. Une partie de ces activités, en déficit, est mise au service de l’extrême droite, financée par la partie mainstream et rentable.
  • Les relations entre Vincent Bolloré, la famille Dassault, Bernard Arnault et Pierre Édouard Stérin : les stratégies de chacun sont complémentaires et permettent aux uns de rendre services aux autres à travers les acteurs médiatiques et économiques qu’ils contrôlent, le tout en favorisant les idées d’extrême droite.
  • Les affaires de corruption autour des entreprises Bolloré n’en finissent plus en Afrique. Les concessions du port de Lomé, au Togo, et de Conakry, en Guinée ont valu au milliardaire une mise en examen et un procès en 2026 liés aux activités d’Havas et aux élections présidentielles togolaises et guinéennes. Vincent Bolloré a été mis en examen en 2018, renvoyé devant le tribunal correctionnel en mars 2026, et son procès est prévu du 7 au 17 décembre 2026. Le 21 mai 2026, le milliardaire a quant à lui déposé plainte contre les juges du tribunal de Paris pour « association de malfaiteurs », « entrave à l’exercice de la justice », « abus d’autorité » et « manquement à la probité » !
  • Le bras de fer judiciaire entre le groupe Bolloré et le fonds activiste CIAM (Charity Investment Asset Management) illustre également les controverses entourant la concentration du pouvoir économique. En avril 2025, la cour d’appel de Paris donnait raison à CIAM en reconnaissant que Vincent Bolloré exerçait un contrôle de fait sur Vivendi, malgré une participation minoritaire au capital. Une décision qui conduisait, en juillet 2025, l’Autorité des marchés financiers à imposer au milliardaire une offre publique de retrait (OPR) au bénéfice des actionnaires minoritaires. Mais le 28 novembre 2025, la Cour de cassation annulait partiellement cette décision, estimant que l’influence personnelle de Vincent Bolloré ne suffisait pas, au regard du droit, à établir un contrôle de fait. Nouveau rebondissement le 8 juillet 2026 : la cour d’appel de Paris, saisie après cassation, rejetait les demandes de CIAM et écartait l’existence d’un contrôle juridiquement caractérisé. Le fonds, qui conteste cette interprétation du pouvoir réellement exercé sur Vivendi, a annoncé son intention de se pourvoir à nouveau en cassation. Au-delà de cette bataille judiciaire, l’affaire soulève une question fondamentale : comment apprécier le pouvoir effectif d’un actionnaire dans un groupe coté lorsque son influence dépasse la seule proportion du capital qu’il détient ?
  • La montée au capital de Rubis (acteur clé du stockage et de la distribution d’hydrocarbures en France et en Europe, mais aussi dans les Antilles et en Afrique) est représentative des méthodes de Vincent Bolloré et de ses investissements dans le secteur des énergies fossiles. Grâce à une de ses filiales luxembourgeoises, Bolloré s’est associé à une homme d’affaires proche de l’extrême droite, Patrick Mollis, pour prendre le contrôle de la structure et ainsi réaliser de larges plus-values. La famille Dassault est aussi actionnaire du groupe Rubis.
  • Avec la cession de ses activités portuaires et logistiques, le groupe Bolloré est maintenant assis sur non pas 5,3 mais 5,6 milliards d’euros. On ignore aujourd’hui quels investissements en bénéficieront.

Quand l’argent devient un pouvoir sans contrepoids

Pour conclure, la question n’est peut-être pas de savoir ce que Bolloré fait de sa fortune, mais comment la République française a pu laisser se constituer un système dans lequel la puissance financière ouvre aussi largement les portes de l’information, de la culture et de l’influence politique. Comment un pays qui se réclame de la liberté de la presse, du pluralisme et de l’égalité démocratique a-t-il pu laisser quelques grandes fortunes acquérir une telle capacité à peser sur le débat public ? Où étaient les garde-fous ? Et pourquoi ont-ils si peu pesé face aux logiques de concentration économique ?

L’argent serait-il devenu plus fort que tout ? Plus fort que les institutions, que les régulateurs, que les principes mêmes sur lesquels repose notre démocratie ? La question n’est pas nouvelle. Dans Pour une télé libre, contre Bolloré (Seuil, 2022), l’économiste Julia Cagé interroge les conditions de l’indépendance des médias face à leurs propriétaires. Dans L’Élysée (et les oligarques) contre l’info (Les Liens qui libèrent, 2022), le journaliste Jean-Baptiste Rivoire explore les relations entre grandes fortunes, pouvoir politique et information. Ces enquêtes montrent combien la propriété des médias est devenue un enjeu démocratique majeur, bien au-delà des seules règles de concurrence.

Il faut donc saluer le travail d’Attac et de l’Observatoire des multinationales, comme celui des journalistes, chercheurs et associations qui s’attachent à éclairer ces mécanismes. Mais leurs révélations posent une question autrement embarrassante : pourquoi faut-il si souvent compter sur la vigilance de la société civile pour mettre en lumière ce que nos institutions devraient être capables de prévenir ?

Le système Bolloré n’est pas seulement l’histoire d’un milliardaire et de ses ambitions. Il est aussi le révélateur des accommodements successifs, des insuffisances de la régulation et des ambiguïtés d’une société qui proclame son attachement au pluralisme tout en acceptant une concentration croissante des moyens de façonner l’opinion.

Une démocratie peut-elle durablement garantir l’égalité politique de ses citoyens lorsque certains disposent, grâce à leur fortune, de moyens sans commune mesure pour se faire entendre et orienter le débat public ? Voilà peut-être la véritable question que soulève cette enquête. Et elle mérite mieux que l’indignation passagère qui accompagne trop souvent les révélations avant que les affaires reprennent leur cours.

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